L'actualité du Proche et Moyen-Orient et Afrique du Nord

Allemagne : Merz s’en prend à l’AfD après son succès en Saxe-Anhalt et qualifie la «remigration» de «nettoyage ethnique»

(Rome, 09 septembre 2026). La victoire historique de l’AfD en Saxe-Anhalt inflige un sérieux revers à la CDU de Friedrich Merz. Au Bundestag, le chancelier a choisi la confrontation directe, accusant le parti d’extrême droite de faire de la «remigration», un projet de «nettoyage ethnique», et de jouer le jeu de Moscou

Un discours ferme contre l’extrême droite

Les cris des députés d’Alternative pour l’Allemagne couvrent parfois la voix du chancelier, mais Friedrich Merz ne cède pas. «Le terme ‘remigration’ n’est rien d’autre qu’un synonyme de nettoyage ethnique», a-t-il déclaré depuis la tribune du Bundestag lors du débat général de mercredi matin, selon l’AFP. «Un nettoyage ethnique fondé sur la couleur de peau et l’origine». C’est le discours le plus virulent jamais prononcé par le chef de la Démocratie chrétienne contre l’extrême droite allemande, comme le rapporte le portail italien «Notizie Geopolitiche».

Un contexte électoral historique

Le moment est aussi lourd que les mots. Dimanche, en Saxe-Anhalt, Land de l’est dont la capitale est Magdebourg, l’AfD a recueilli 43,8 % des suffrages, soit le double de son score de 2021, tandis que la CDU de Friedrich Merz a chuté à 17,2 %, son pire résultat dans la région. Avec 39 sièges sur 83, l’extrême droite n’est plus qu’à trois sièges de la majorité absolue. Pour la première fois depuis l’après-guerre, un parti d’extrême droite est en passe de gouverner un Land allemand.

Merz passe à l’offensive sur tous les fronts

Friedrich Merz a multiplié les offensives sur tous les fronts :

  • Sur le plan économique : il s’est opposé à ceux qui promettent des expulsions massives : «Pas une seule maison de retraite, pas un hôpital, pas un restaurant ne pourrait fonctionner» si les promesses d’expulsions massives de l’AfD étaient mises en œuvre ;
  • Sur la Russie : il a accusé l’AfD, parti pro-russe, de soutenir les efforts du Kremlin pour déstabiliser l’Allemagne, notamment après l’attaque par drones déjouée le 4 août à l’aéroport de Leipzig, que Berlin attribue à Moscou. «De votre part, Madame Weidel, il n’y a eu aucune réaction sur ce qui s’est passé à Leipzig. Vous faites partie du problème que nous avons en Allemagne». Alice Weidel, co-présidente du parti, avait pris la parole avant lui pour déclarer que «les jours de la coalition de Merz sont terminés» et que les électeurs veulent «enfin un changement de cap».

À Magdebourg, la vraie bataille commence

À Magdebourg, la véritable bataille fait déjà rage. Ulrich Siegmund, 35 ans, tête de liste de l’AfD dans le Land, tend la main «à tous ceux qui souhaitent œuvrer avec lui à une transformation politique fondamentale». Le facteur décisif est le BSW, parti populiste de gauche de Sahra Wagenknecht, qui a fait son entrée avec cinq sièges. Le BSW affirme qu’il ne votera pas pour Siegmund, mais reconnaît qu’exclure l’AfD serait un affront envers les électeurs. Le scénario le plus probable, explique un historien de l’université George Mason, est celui d’un gouvernement minoritaire soutenu par le BSW sur des textes législatifs clés, ou celui de députés franchissant le Rubicon. Si le cordon de sécurité cède dans un Land, c’est le principe qui est bafoué : c’est là, et non à Magdebourg, que réside le véritable enjeu.

Dix ans d’ascension pour l’AfD

Pourquoi une telle fermeté de la part d’un chancelier dont la popularité est au plus bas ? Parce que le barrage cède aussi au niveau national. Sepp Müller, chef adjoint du groupe CDU au Bundestag, avait déclaré avant le scrutin qu’en cas de victoire nette, l’AfD devrait avoir le mandat de former un gouvernement. Quant au Tino Chrupalla, coprésident national du parti, il a proclamé sur la chaîne de télévision publique ARD que le «mur de feu» (le cordon sanitaire allemand) avait été «définitivement rejeté par les électeurs».

La progression a été méthodique :

  • Première place en Thuringe en 2024 avec 32,8 % des voix ;
  • Plus de 20 % aux élections législatives de 2025, faisant de l’AfD la principale force d’opposition ;
  • Le nombre de sièges a doublé cette année dans le Bade-Wurtemberg et en Rhénanie-Palatinat. Aujourd’hui, l’AfD domine les sondages nationaux avec un programme incluant la lutte contre l’immigration, le rétablissement des relations avec Moscou, la réduction de l’aide à Kiev et la sortie de la zone euro, tandis que les services de renseignement fédéraux la qualifient d’«extrême droite», une étiquette que le parti rejette comme étant politique.

Un tabou qui vacille

Pourtant, le tabou qui vacille aujourd’hui est plus ancien que n’importe quel sondage. Depuis la fondation de la République fédérale en 1949, aucun parti situé à droite de la CDU n’a jamais dirigé de gouvernement régional : c’était le pacte tacite sur lequel l’Allemagne d’après-guerre s’est construite. À Magdebourg, trois voix ont suffi à le briser.

Un parti d’extrême droite allemande aux accents pro-Moscou et anti-européenne

Au-delà de la question migratoire, estime un expert italien, la qualification d’«extrême droite» employée par Friedrich Merz renvoie aussi au projet politique de l’AfD : rapprochement avec Moscou, opposition aux sanctions contre la Russie, la réduction de l’aide à l’Ukraine et la remise en cause de l’ancrage européen de l’Allemagne. Le parti défend désormais explicitement une sortie de la zone euro, tandis que son orientation pro-Moscou est régulièrement dénoncée par ses adversaires.

Recevez notre newsletter et les alertes de Mena News


À lire sur le même thème