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Allemagne : l’AFD s’impose en Saxe-Anhalt. Merz accuse le coup, «une défaite retentissante»

(Rome, 07 septembre 2026). La percée de l’AFD en Saxe confirme le déplacement du paysage politique allemand vers la droite radicale et fragilise un peu plus l’autorité de Friedrich Merz, pour lequel, cette défaite, qualifiée de «dramatique», met en lumière la fragilité du camp conservateur face à la montée en puissance de l’extrême droite allemande. Ce scrutin révèle les tensions qui traversent la première puissance économique de l’UE et pourrait peser sur les orientations de Berlin, tant sur la scène européenne que dans sa politique étrangère

Un séisme politique pour la CDU

La victoire historique de l’AFD (extrême droite) en Saxe-Anhalt constitue un revers cinglant pour le système partisan allemand. Friedrich Merz, reconnaissant sa défaite, s’est dit sous le choc : l’objectif du parti est la «destruction totale de la CDU» et «aucune coopération n’est possible» avec l’AFD, a déclaré le chancelier allemand lors de la réunion de la direction fédérale de la CDU. Selon Bild, il s’est dit «profondément choqué» par le résultat des élections, écrit Tommaso Manni dans le journal «Il Tempo».

La victoire de l’AFD «ébranle notre parti jusque dans ses fondements. Nous ne pouvons pas fermer les yeux et revenir à la normale, ni moi, ni le gouvernement fédéral», a déclaré Merz. Le chancelier a réaffirmé que la CDU reste fermement ancrée «dans les principes d’Adenauer et de Kohl». «Nous avons une Constitution solide, nous disposons de tous les outils pour la défendre contre un gouvernement régional d’extrême droite, mais nous vivons un bouleversement au sein de notre parti», a souligné Merz. «Nous n’avons pas réussi à renouer le contact émotionnel avec la population». Le «soutien émotionnel de la population» fait défaut, a déclaré le dirigeant de la CDU, «nous ne pouvons l’ignorer». La CDU, a-t-il ajouté, a «subi une défaite cuisante» aux élections. Cela représente une «rupture profonde pour le parti».

La «surprise» de Friedrich Merz face à cette défaite est, à elle seule, révélatrice. Comment le chancelier peut-il se dire «profondément choqué» par un résultat qui sanctionne directement son propre parti ? Au-delà de l’ampleur du revers, c’est surtout la progression de l’AFD qui semble avoir pris de court Berlin : la droite radicale n’apparaît plus comme une force de protestation cantonnée aux marges de l’échiquier politique, mais comme une prétendante crédible à l’exercice du pouvoir. Pour Merz, le problème devient donc autant électoral que stratégique : comment contenir l’AFD sans reprendre à son compte une partie de son discours, au risque de légitimer davantage son ascension ?

L’AFD vers la formation d’un gouvernement en Saxe-Anhalt

Ce résultat ouvre une phase inédite en Saxe-Anhalt, où l’AFD ambitionne de gouverner la région pour la première fois depuis 1945. Le chef régional du parti, Ulrich Siegmund, a annoncé l’ouverture de négociations pour tenter de former une majorité. «Bien sûr, nous allons entamer des discussions et voir s’il existe des groupes parlementaires ou des députés désireux de relever ce défi historique avec nous. Les pourparlers ont déjà commencé cette nuit», a-t-il déclaré aux journalistes.

Alice Weidel critique sévèrement Friedrich Merz

Selon Alice Weidel, co-présidente du parti, la victoire électorale de l’Alternative pour l’Allemagne (AFD) démontre que le chancelier Friedrich Merz est un «fardeau» pour le pays. «Jamais un chancelier n’a été aussi impopulaire que Friedrich Merz, qui est devenu un obstacle majeur au développement prospère de l’Allemagne», a déclaré Mme Weidel à la presse, assurant que son parti vise à obtenir au moins 40 % des voix aux prochaines élections législatives, prévues en 2029.

Les déclarations de Weidel changent toutefois la donne

Après le triomphe de l’AFD en Saxe-Anhalt, Alice Weidel a déclaré que la CDU «ne gagnera plus jamais une élection» et a présenté le résultat comme un désaveu définitif du parti de Merz. Plusieurs analystes qualifient sa déclaration de «provocation politique», et qu’elle «touche un point particulièrement sensible» : la CDU vient de subir son pire résultat régional depuis des décennies, avec environ 17 %, tandis que l’AFD atteint 43,8 %.

Mais «les attaques d’Alice Weidel ne suffisent pas encore à faire secouer le fauteuil de Merz à la tête de la CDU, mais elles interviennent au moment où, pour la première fois, une partie de l’Union commence à s’interroger publiquement sur sa capacité à contenir l’AFD», disent encore les analystes.

Un appel au changement politique

Pour Mme Weidel, «les élections en Saxe-Anhalt ont montré que les Allemands aspirent à un changement politique». «Les citoyens de ce pays ne veulent plus que la situation perdure», a-t-elle affirmé, appelant à la fin de «l’immigration clandestine, des frontières ouvertes, de la criminalité galopante commise par des étrangers et du refus de procéder aux expulsions».

Friedrich Merz déstabilisé, le RN français embarrassé

Cette percée allemande met également le Rassemblement national (RN) dans une position délicate. Alors que la victoire de l’AFD devrait, en apparence, constituer un motif de satisfaction pour une formation qui partage avec elle une partie de ses combats souverainistes et identitaires, le RN se montre particulièrement discret. Ce silence n’est probablement pas anodin. Depuis la rupture avec l’AFD au Parlement européen, Marine Le Pen cherche à préserver la stratégie de «normalisation» du RN et ses ambitions de conquête du pouvoir en France. Saluer trop ostensiblement le triomphe de l’AFD reviendrait à raviver une proximité dont le parti français cherche, à l’heure actuelle, à se démarquer.

À cette prudence s’ajoute une autre fragilité, plus interne : les tensions entre Marine Le Pen et Jordan Bardella. La question allemande intervient alors que le RN doit déjà gérer une compétition croissante autour de son leadership et de sa stratégie. Bardella, qui cherche à inscrire le RN dans une dynamique européenne plus large et à renforcer son propre poids international, n’a pas nécessairement les mêmes intérêts politiques que Marine Le Pen. La victoire de l’AFD devient ainsi un révélateur : derrière l’apparente unité de la droite nationaliste européenne, les intérêts nationaux, les ambitions personnelles divergent profondément.

Le paradoxe est donc saisissant : au moment même où l’AFD réalise une percée historique en Allemagne, la droite radicale européenne apparaît moins unie qu’il n’y paraît. Merz est confronté à la montée d’une force qu’il peine à contenir ; le RN, lui, hésite entre proximité idéologique et impératif de respectabilité. Et entre Marine Le Pen et Jordan Bardella, la question allemande pourrait bien devenir un nouvel épisode de la bataille (voire un bras de fer à bas bruit) pour définir la place du RN dans la recomposition de la droite européenne.

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