(Rome, 31 août 2026). Le Golfe persique replonge dans la tourmente. Une attaque contre l’île iranienne de Larak, suivie d’une intense salve de missiles, ravive les craintes d’un affrontement direct entre les États-Unis et l’Iran, dans une région déjà sous très haute tension. Cet événement, faisant redouter un nouvel engrenage militaire, fait craindre une aggravation rapide de la crise et de ses répercussions sur l’ensemble de la zone
Riposte iranienne aux raids américains
L’Iran a attaqué des objectifs militaires américains au Moyen-Orient en représailles aux premières frappes américaines visant son territoire depuis un mois. Cette attaque marque une nouvelle escalade dans le conflit qui ravage la zone : les Gardiens de la révolution ont déclaré avoir riposté à l’attaque américaine de la veille en frappant deux bases aériennes américaines en Jordanie avec des missiles balistiques, causant des «dégâts importants». L’armée jordanienne a affirmé avoir intercepté huit missiles, sans préciser leur provenance, tandis que les Émirats arabes unis ont signalé être «confrontés à une menace de drone» iranienne au-dessus de leurs eaux territoriales après que Téhéran a revendiqué avoir ciblé du personnel militaire américain sur une base aérienne locale et abattu un drone américain au-dessus du détroit d’Ormuz, comme le rapporte Andrea Riccardi dans «Il Tempo».
L’armée américaine justifie sa frappe sur l’île de Larak
La veille, les États-Unis avaient annoncé avoir attaqué des lanceurs de missiles iraniens sur la petite île de Larak. Washington a déclaré que ses frappes visaient à empêcher l’Iran de déployer de nouvelles mines marines dans le détroit d’Ormuz, quelques jours seulement après que les États-Unis ont annoncé avoir achevé le déminage de cette voie stratégique. «Les forces américaines ont mené une action limitée et précise contre les unités de pose de mines qui représentaient une menace imminente dans le détroit d’Ormuz», a déclaré le Commandement central américain (CENTCOM).
Le régime iranien invoque la légitime défense
Les Gardiens de la révolution iraniens ont affirmé que les frappes américaines visant Larak avaient fait des «victimes» et que leur riposte ultérieure en Jordanie était «une réponse à l’agression aérienne américano-sioniste». Le ministère iranien des Affaires étrangères a également condamné les attaques américaines contre Larak et justifié les frappes en Jordanie comme un acte de «légitime défense». «Nous ne cherchons pas la guerre, mais nous apporterons une réponse décisive aux agresseurs», a indiqué le président iranien Massoud Pezeshkian dans une déclaration diffusée à la télévision d’État avant de se rendre au Kirghizistan pour un sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai. Ce bloc, qui regroupe notamment la Russie de Vladimir Poutine et la Chine de Xi Jinping, vise à contrer l’influence occidentale.
Le sommet de l’OCS : entre inquiétude, attente et calcul stratégique
Pour les participants au sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) organisé au Kirghizistan, et notamment pour la Russie et la Chine, la crise représente un défi majeur. Les participants auront intérêt à éviter qu’une confrontation entre Washington et Téhéran ne dégénère en guerre régionale, susceptible de déstabiliser les routes énergétiques et commerciales ainsi que l’ensemble de l’équilibre stratégique eurasien.
Moscou et Pékin pourraient également chercher à évaluer la solidité des alliances et les intentions réelles des protagonistes. La perspective d’une extension du conflit pose une question centrale : l’OCS peut-elle demeurer un simple forum de concertation ou sera-t-elle contrainte d’affirmer davantage sa dimension politique et stratégique face à une crise susceptible de remodeler les rapports de force internationaux ?
Hypothèse : les CGRI face au dilemme de l’initiative selon l’équation du «perdant doit passer à l’attaque» ?
Affaiblis par une succession de confrontations et soumis à une pression militaire et politique croissante, les Gardiens de la révolution islamique (CGRI) pourraient être tentés de reprendre l’initiative ?, s’interrogent plusieurs stratèges militaires. Dans une logique stratégique où «un perdant doit passer à l’attaque», une action préventive pourrait être envisagée non seulement comme une démonstration de force, mais aussi comme un moyen de modifier un rapport de force devenu défavorable.
Sur ce thème : Quelles pourraient être les conséquences si l’Iran déclenche la guerre préventive ?
Cette hypothèse reste toutefois périlleuse. Une offensive préventive risquerait de transformer une confrontation limitée en conflit régional ouvert, en entraînant dans l’escalade les puissances directement ou indirectement présentes dans la région du Golfe. La véritable interrogation porte donc moins sur la volonté de riposter que sur la capacité des différents acteurs à mesurer le seuil au-delà duquel une démonstration de force ne pourrait plus être contrôlée.
Entre guerre économique et tensions militaires
L’échange de tirs entre les États-Unis et l’Iran est survenu alors que l’administration Trump semblait privilégier la «guerre économique» plutôt que les frappes militaires.
«Les forces américaines surveillent de près la zone et restent prêtes à protéger la libre circulation des échanges commerciaux dans cette voie maritime vitale», a déclaré le capitaine Tim Hawkins, porte-parole du Commandement central américain (CENTCOM). La dernière attaque américaine contre l’Iran avant celle d’hier remontait au 29 juillet, en réponse à une tentative d’attaque surprise contre les forces américaines dans la région. Début juillet, le CENTCOM avait mené des attaques contre l’Iran pendant treize nuits consécutives, et l’Iran, en représailles, avait riposté en frappant des installations américaines et celles de ses alliés dans la région du Golfe, notamment au Koweït, à Oman, en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis.