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Golfe : l’axe Koweït-Pakistan propulse Islamabad au premier plan et renforce son influence stratégique

(Rome, 27 juillet 2026). Trois ans après sa signature, le Koweït ratifie un accord de coopération militaire avec le Pakistan, sur fond de regain des tensions dans le Golfe. Au-delà de sa portée technique, ce rapprochement illustre la montée en puissance d’Islamabad comme acteur sécuritaire régional, au risque de fragiliser son rôle de médiateur entre l’Iran, les monarchies du Golfe et les États-Unis

Dans un contexte de tensions renouvelées dans le Golfe, et alors qu’il se retrouve fréquemment impliqué dans les ripostes iraniennes aux frappes américaines contre les infrastructures de la République islamique, le Koweït a franchi une étape importante en ratifiant un accord de coopération en matière de défense mutuelle avec le Pakistan. Cet accord attendait sa finalisation officielle depuis sa signature initiale, il y a trois ans, écrit Andrea Muratore dans le portail «Inside Over».

Koweït-Pakistan : des liens en plein essor

«L’accord, publié au journal officiel du Koweït, «Kuwait Alyaoum», confère une valeur juridique à un accord-cadre de coopération signé par le Koweït et le Pakistan en juin 2023, portant sur la formation militaire, l’expertise en matière de défense, la coopération en matière de renseignement et les échanges technologiques», note «Middle East Online». Le média explique que le Koweït considère désormais la puissance d’Asie centrale comme un fournisseur clé de garanties de sécurité.

Sur le plan formel, l’accord est purement technique et se concentre sur les aspects opérationnels et pratiques concrets de la coopération sécuritaire. Toutefois, cette ratification, qui intervient trois ans après la signature du mémorandum bilatéral de juin 2023, s’inscrit dans un contexte de négociations visant une coopération plus ambitieuse.
La semaine dernière, Reuters révélait dans une analyse exclusive que le Koweït et le Pakistan négocieraient actuellement une extension de cet accord. Cette extension envisagée pourrait inclure le déploiement de troupes et de systèmes de défense aérienne pakistanais dans le petit émirat du Golfe, en contrepartie d’investissements koweïtiens massifs dans le secteur énergétique pakistanais, notamment des accords prioritaires d’approvisionnement en pétrole.
Si l’on ignore encore si, sous quelle forme et à quel calendrier ces discussions se concrétiseront, le message politique est toutefois sans ambiguïté, et s’inscrit pleinement dans le cadre stratégique du conflit dans le Golfe, plaçant le Pakistan dans une position à la fois plus dynamique et plus exposée.

Vers un pacte à la saoudienne ? Pas encore

Le Koweït, toujours marqué par le traumatisme historique de l’invasion irakienne de 1990, qui a ouvert la voie à la première guerre du Golfe, se sent vulnérable malgré la présence de moyens militaires américains sur son sol. Le «Financial Times» l’a récemment désigné comme la «cible la plus facile» pour l’Iran dans le cadre de représailles à des attaques de ses adversaires, soulignant qu’avec 1.318 frappes de drones et de missiles enregistrées depuis le 28 février, le pays se classe juste derrière les Émirats arabes unis en termes d’attaques subies.

Se tourner vers le Pakistan traduirait le profond scepticisme qu’entretiennent désormais de nombreux pays du Golfe à l’égard des garanties de sécurité américaines, un sentiment déjà manifeste lorsque plusieurs monarchies arabes se sont tournés vers l’Ukraine pour développer des capacités militaires modernes de lutte anti-drones.

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Une telle démarche élargirait également le réseau de partenariats d’Islamabad ; notons qu’en 2025, le Pakistan a signé un accord stratégique de défense mutuelle majeur avec l’Arabie saoudite. Ce pacte a instauré un cadre de sécurité collective qui, selon de nombreux experts, susceptible d’étendre de fait le parapluie nucléaire pakistanais jusqu’à Riyad, et avait déjà conduit au déploiement d’environ 8.000 soldats et de systèmes de défense aérienne pakistanais dans le royaume, gardien des lieux saints de l’islam, au cours de la troisième guerre du Golfe.

Le scénario difficile du Pakistan

L’analyste Annas Mallick, spécialiste des affaires pakistanaises, rappelle toutefois que l’accord ratifié par le Koweït est loin de ce modèle saoudien. En revanche, la dynamique politique qu’il inaugure mérite toute l’attention.
Elle témoigne des ambitions régionales d’Islamabad, qui cherche non seulement à étendre son influence, mais aussi à adresser un message à l’ensemble des protagonistes du conflit, y compris à l’Iran. Le Pakistan observe en effet une évolution significative du cadre sécuritaire que le mémorandum de cessez-le-feu, finalement restée sans lendemain, d’Islamabad, avait tenté de façonner : stabilisation du conflit, détente entre l’Iran et les pays du Golfe, possibilité pour le Pakistan de jouer un rôle de médiateur entre Washington et Téhéran, et rétablissement des flux énergétiques sécurisés via le canal d’Ormuz.

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Or, la reprise des hostilités entraîne désormais de nouveaux développements, tels que la résurgence des milices houthies au Yémen dans une logique anti-saoudienne. Comme le souligne «Arab News», cette situation inquiète Islamabad, car elle pourrait compromettre tout effort diplomatique.
Afficher une plus grande ouverture à un engagement accru dans le Golfe pourrait renforcer la position politique du Pakistan en tant que garant de la sécurité collective. Mais cette évolution devra être soigneusement conciliée avec son rôle de médiateur. Islamabad entend favoriser le dialogue entre Téhéran et ses rivaux régionaux tout en évitant qu’une aggravation des tensions ne l’entraîne, comme le relève «Responsible Statecraft», vers une implication directe dans le conflit si Riyad décidait d’activer le mécanisme de défense collective.
Le Koweït semble confiant quant à la crédibilité et à la pérennité potentielle de la garantie de sécurité offerte par le Pakistan. Reste au pays de Shehbaz Sharif à démontrer que le renforcement de son soutien militaire aux pays du Golfe ne compromettra pas les efforts de médiation d’un pays charnière qui s’est progressivement retrouvé au centre des équilibres régionaux, dans une position aussi stratégique que délicate.

La fin du monopole sécuritaire américain ?

Pour de nombreux experts, le rapprochement entre le Koweït et le Pakistan traduit avant tout une évolution profonde de la perception stratégique des monarchies du Golfe. Il ne s’agit pas d’un désengagement américain au sens strict (les États-Unis conservent des bases, des capacités militaires sans équivalent et demeurent le principal garant de la sécurité régionale) mais d’une confiance moins absolue dans la permanence de cette protection.

Un nouveau casse-tête stratégique pour Téhéran

Si les discussions entre le Koweït et le Pakistan devaient déboucher sur un déploiement permanent de forces pakistanaises, après celui déjà engagé en Arabie saoudite, l’Iran pourrait y voir une évolution stratégique significative. Plusieurs spécialistes consultés estiment qu’une telle configuration contribuerait à renforcer l’architecture de sécurité sunnite dans le Golfe, en offrant aux monarchies un partenaire militaire musulman doté d’une armée expérimentée et, surtout, de l’arme nucléaire.

Le Pakistan entretient des relations complexes avec Téhéran, marquées à la fois par des tensions frontalières, une coopération sécuritaire ponctuelle et d’importants impératifs économiques, qui laissent penser à un «encerclement/endiguement» de l’Iran. Islamabad cherche jusqu’à présent à préserver un équilibre délicat : rassurer ses partenaires arabes sans apparaître comme un acteur directement engagé dans une stratégie de confrontation avec la République islamique.

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