(Rome, 29 juin 2026). Malgré les démentis de Téhéran, Donald Trump affirme que des négociations entre responsables américains et iraniens se tiendront dès demain à Doha, une éventualité évoquée aussi par plusieurs médias. Au cœur des discussions se trouve la sécurité du détroit d’Ormuz, alors que les tensions militaires persistent dans le Golfe malgré un fragile accord de désescalade
Un ballet de démentis et de confirmations s’est engagé entre l’Iran et les États-Unis au sujet de négociations visant à sécuriser le passage des navires dans le détroit d’Ormuz. Téhéran a démenti les informations circulant hier concernant une réunion avec les États-Unis prévue mardi à Doha, réunion au cours de laquelle, selon Axios, la question du détroit d’Ormuz devait être abordée. Ce détroit a récemment été le théâtre d’actions réciproques qui fragilisent la trêve précaire entre les États-Unis et le régime des ayatollahs, comme le rapporte l’agence italienne «AGI».
Trump : «Téhéran a demandé une réunion ; elle aura lieu demain à Doha»
Suite au démenti iranien, le président Donald Trump a insisté sur le fait que les pourparlers annoncés pour demain à Doha entre négociateurs américains et iraniens auraient bien lieu. «L’Iran a demandé une réunion. Elle aura lieu demain à Doha», a-t-il écrit sur Truth.
Witkoff et Kushner attendus à Doha
Les envoyés spéciaux du président américain, Steve Witkoff et Jared Kushner, participeront à la réunion prévue demain à Doha avec leurs homologues iraniens. C’est ce qu’a annoncé Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison Blanche, lors d’un entretien avec Fox News. Il a également été rapporté qu’outre les discussions de haut niveau, des pourparlers techniques sont en cours et que «Trump souhaite voir le processus de paix se concrétiser».
Téhéran dément la tenue de négociations avec Washington à Doha
«Aucune réunion technique des groupes de travail n’est prévue cette semaine», a déclaré Kazem Gharibabadi, vice-ministre iranien des Affaires étrangères et membre de l’équipe de négociation, cité par les agences de presse iraniennes.
«Bien que les consultations avec le Qatar, notamment sur le suivi du respect des engagements par l’autre partie, se poursuivent comme à l’accoutumée, les informations circulant dans certains médias au sujet de prétendus pourparlers techniques à Doha ne sont pas confirmées», a-t-il insisté.
«Le premier cycle de pourparlers techniques n’aura lieu que lorsque les conditions seront réunies et qu’un accord sur la date et le lieu», a-t-il précisé. Toutefois, «les consultations par l’intermédiaire de pays médiateurs» se poursuivent, a-t-il noté.
Première rencontre entre l’Iran et Oman sur le détroit
Parallèlement, l’Iran et Oman ont tenu leur première réunion depuis la signature de l’accord entre Téhéran et Washington pour discuter du contrôle du détroit d’Ormuz. Le ministère iranien des Affaires étrangères a annoncé que les deux pays exercent leur souveraineté sur ce couloir maritime, stratégique pour le commerce mondial.
«La première réunion du Comité conjoint sur Ormuz s’est tenue à Mascate» afin d’échanger «des points de vue sur la gestion future» du détroit, a écrit sur X le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, sans fournir d’autre précision.
L’Iran met en garde contre tout itinéraire alternatif à Ormuz
L’Iran a averti que toute tentative d’utiliser des itinéraires alternatifs à celui longeant ses côtes dans le détroit d’Ormuz risquait d’«accroître les tensions» dans la région, alors que les tensions persistent avec les États-Unis malgré le protocole d’accord signé le 17 juin, et l’ouverture des pourparlers en Suisse.
Le contrôle d’Ormuz reste au centre des désaccords
Au cœur du différend demeure le contrôle du détroit d’Ormuz, cette voie maritime stratégique séparant l’Iran d’Oman. Durant la guerre lancée contre l’Iran par les États-Unis et Israël le 28 février, Téhéran avait fermé le détroit, provoquant de graves répercussions sur le commerce mondial, les hydrocarbures et une flambée des prix du pétrole. Bien que le passage ait été rouvert la semaine dernière, la République islamique n’autorise l’utilisation que d’un seul couloir de navigation longeant ses côtes et menace de prendre des mesures contre les navires qui ne le respecteraient pas.
«Aucune autre institution ni aucun autre pays» que l’Iran n’est responsable de la gestion du détroit, a déclaré le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, lors d’une visite officielle à Bagdad. Le chef de la diplomatie a également averti que «toute ingérence» dans la gestion du passage maritime entraînerait «des retards dans sa réouverture et une intensification des tensions». Ces déclarations font suite à l’annonce par Oman de l’ouverture temporaire d’un itinéraire alternatif, une initiative présentée comme étant coordonnée avec les Nations unies pour évacuer les marins et les navires bloqués dans la zone.
Nouveaux incidents militaires
Des dizaines de navires auraient emprunté cette voie ces derniers jours. Par ailleurs, depuis jeudi dernier, deux navires ont été touchés par des projectiles d’origine non identifiée. Les États-Unis imputent la responsabilité de ces attaques à l’Iran et ont riposté en bombardant des cibles iraniennes deux jours durant. De son côté, Téhéran a réagi en lançant des missiles et des drones vers plusieurs pays du Golfe, notamment le Koweït et Bahreïn. À la suite de ces échanges de tirs, le Qatar a annoncé la mort de l’un de ses ressortissants, touché par des éclats tombés sur son embarcation en pleine opération militaire dans la région.
Araghchi a exhorté toutes les parties à «ne pas laisser le protocole capoter», soulignant que l’objectif de l’accord est de préparer le terrain pour un traité définitif après une période de négociation de 60 jours. En vertu de cet accord, l’Iran entamera un dialogue avec le sultanat d’Oman pour définir la future gestion du détroit et des services maritimes, en concertation avec les autres États riverains du Golfe et conformément au droit international.
Tensions entre l’Iran et Bahreïn
Un conseiller du Guide suprême iranien a averti Bahreïn que Téhéran frapperait le pays du Golfe avec une force accrue en cas de provocation. «Un avertissement sérieux est adressé aux Bahreïnis afin qu’ils connaissent leurs limites et ne jouent pas avec leur destin, a déclaré Ali Akbar Welayati, cité par l’agence de presse semi-officielle Tasnim.
L’Iran affirme avoir attaqué une base de la marine américaine à Bahreïn vendredi et samedi derniers en représailles aux frappes américaines. Téhéran affirme que les États-Unis utilisent des bases militaires dans la région pour mener des opérations contre le territoire iranien, une allégation démentie par les États arabes du Golfe. Manama a appelé à une intervention de l’ONU, affirmant que les derniers raids iraniens violent sa souveraineté et compromettent «les chances de désescalade et de stabilité dans la région».
Bahreïn, qui compte une importante population chiite, a arrêté des dizaines de personnes ces derniers mois, les accusant d’entretenir des liens avec les forces armées de Téhéran.
Déblocage annoncé de fonds iraniens
L’Iran devrait prochainement récupérer 6 milliards de dollars de ses avoirs gelés, grâce à un protocole d’accord signé avec les États-Unis. Le président Massoud Pezeshkian a salué «une grande victoire pour le peuple iranien», évoquant notamment «la levée des sanctions sur le pétrole et le secteur pétrochimique». Il a précisé que «6 des 12 milliards de dollars d’avoirs iraniens détenus au Qatar seront débloqués et restitués au pays, tandis que les procédures pour le rapatriement des fonds restants sont en cours».
Une accalmie encore incertaine
Malgré les annonces contradictoires et les signaux d’ouverture affichés par Washington comme par Téhéran, l’avenir du détroit d’Ormuz reste suspendu à l’évolution des discussions diplomatiques. Entre menaces de nouvelles représailles, rivalités régionales et négociations encore floues, la moindre escalade pourrait remettre en cause le fragile équilibre obtenu ces dernières semaines. Dans ce contexte, estiment plusieurs experts proches du dossier, la rencontre annoncée à Doha pourrait constituer un premier test de crédibilité pour la reprise du dialogue entre les deux camps.