(Rome, 03 juin 2026). La justice tunisienne a prononcé de lourdes condamnations dans l’affaire de l’«appareil secret» présumé du mouvement islamiste Ennahda. Trente-cinq personnes, dont le chef du parti Rached Ghannouchi et l’ancien chef du gouvernement Ali Larayedh, ont été reconnues coupables de plusieurs infractions. Les peines vont de dix ans de prison à la réclusion à perpétuité, dans un dossier lié notamment aux assassinats des opposants Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi en 2013
De lourdes peines prononcées par la justice antiterroriste
La chambre pénale spécialisée dans les affaires de terrorisme du tribunal de première instance de Tunis a rendu son verdict dans l’affaire dite «appareil secret» du mouvement islamiste Ennahda, infligeant des peines allant de 10 ans de prison à la perpétuité, tel que rapporté par l’agence «Nova News».
Selon une source judiciaire citée par l’agence de presse nationale TAP, le tribunal a reconnu les accusés coupables de plusieurs infractions à caractère terroriste, notamment la création et l’appartenance à une organisation terroriste, ainsi que la mise à disposition de compétences et d’expertise au profit de celle-ci.
Parmi les peines les plus lourdes figure celle de Mustapha Khedher, condamné à la perpétuité assortie d’une peine de sûreté de 96 ans. La même peine, assortie de 76 ans, a été prononcée contre Ridha Barouni, Taher Boubahri, Kamel Aïfi et sept autres accusés.
Le tribunal a également condamné Fathi Beldi à la réclusion à perpétuité assortie d’une peine de 50 ans, Abdelaziz Degsni à la perpétuité assortie d’une peine de 37 ans, Kamel Bedoui à la réclusion à perpétuité assortie d’une peine de 32 ans et Samir Hanachi à la perpétuité assortie de 30 ans de sûreté.
Rached Ghannouchi et Ali Larayedh parmi les condamnés
Parmi les autres accusés figurent le chef du mouvement et ancien président du Parlement tunisien, Rached Ghannouchi, condamné à la réclusion à perpétuité assortie d’une peine de sûreté de 30 ans, ainsi que l’ancien Premier ministre Ali Larayedh. D’autres peines ont été prononcées : 48 ans de prison pour Kaïs Bacar, 46 ans pour Belhassen Naccache, 42 ans pour Ali Larayedh et 34 ans pour Ali Ferchichi, ainsi que des peines supplémentaires allant de 10 à 18 ans pour d’autres accusés.
Le tribunal a en outre ordonné, pour l’ensemble des condamnés, une mesure de contrôle administratif de cinq ans à l’issue de l’exécution de leur peine.
Une affaire liée à l’assassinat de Belaïd et de Brahmi
L’affaire concerne 35 accusés, dont des figures importantes du mouvement, et a été ouverte suite à une plainte déposée en 2022 par le parquet et le comité de défense des hommes politiques de gauche Chokri Belaid et Mohamed Brahmi, assassinés en 2013. Selon le comité de défense, l’«appareil secret» d’Ennahda serait impliqué dans ces assassinats et aurait mené des activités d’espionnage au sein des institutions étatiques.
Un verdict aux répercussions politiques majeures
Avec ce jugement, la justice tunisienne clôt une étape importante d’un dossier qui alimente depuis plusieurs années le débat politique et judiciaire dans ce pays. Les condamnations prononcées contre plusieurs dirigeants et cadres du mouvement el-Ennahda, dont Rached Ghannouchi et Ali Larayedh, pourraient avoir des répercussions durables sur l’avenir d’Ennahda et sur l’équilibre de la scène politique intérieur.
Selon un analyste local, plusieurs spéculations sont généralement évoqués après une telle condamnation : un affaiblissement durable d’Ennahdha, dont une partie importante de la direction est déjà emprisonnée ou poursuivie ; une montée des tensions politiques et sociales, notamment si les partisans du mouvement considèrent ces condamnations comme motivées politiquement plutôt que judiciairement ; Des contestations limitées, sous forme de recours judiciaires, de déclarations politiques ou de mobilisations ponctuelles ; Un risque de polarisation accrue, dans un contexte tunisien déjà marqué par des difficultés économiques, sociales et institutionnelles.