(Rome, 28 mai 2026). La tension remonte d’un cran entre Washington et Téhéran. Après de nouvelles frappes américaines contre des installations iraniennes près du détroit d’Ormuz, les Gardiens de la révolution ont revendiqué une riposte visant une base américaine, faisant craindre une nouvelle escalade militaire dans la région malgré les négociations en cours
Alors que les négociations se poursuivent pour parvenir à un accord, l’armée américaine a abattu dans la nuit quatre drones lancés par l’Iran et frappé un centre de contrôle dans la ville portuaire de Bandar Abbas, selon des médias américains qui citent des sources anonymes mercredi soir. L’attaque contre Bandar Abbas, rapporte l’agence italienne «AGI», a empêché le lancement d’un cinquième drone, selon CNN et le New York Times, et fait suite à des frappes qualifiées d’«légitime défense» par l’armée américaine, menées dans la nuit de lundi à mardi contre des sites de missiles et des navires mouilleurs de mines iraniens.
Un site militaire iranien frappé
«Aujourd’hui, les forces du Commandement central américain ont abattu quatre drones d’attaque iraniens à usage unique qui représentaient une menace dans la région du détroit d’Ormuz», a déclaré un responsable sous couvert d’anonymat. «Les forces américaines ont également frappé une station de contrôle au sol iranienne à Bandar Abbas, qui s’apprêtait à lancer un cinquième drone», a ajouté le responsable. Ces nouvelles frappes interviennent quelques jours seulement après une attaque menée par l’armée américaine contre plusieurs sites de missiles et de mouilleurs de mines dans la même zone, une action que les responsables américains avaient alors qualifiée d’«autodéfense».
Ces frappes avaient été perçues comme un test important du cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran, mais n’avaient finalement pas entraîné de reprise des combats à grande échelle. Mercredi, le responsable américain a décrit les dernières actions comme «mesurées, purement défensives et destinées à maintenir le cessez-le-feu».
La condamnation de Téhéran et la riposte militaire
Le ministère iranien des Affaires étrangères a condamné ce qu’il a qualifié de violations du cessez-le-feu par les États-Unis suite aux attaques contre la ville portuaire de Bandar Abbas, dans le sud du pays, et a exprimé sa solidarité avec Oman après que le président Donald Trump a menacé de «les faire sauter». Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmail Baqaei, a déclaré que l’Iran «prendra toutes les mesures nécessaires pour défendre sa souveraineté nationale» et a condamné ce qu’il a qualifié de «rhétorique menaçante des responsables américains à l’encontre de l’Iran et de plusieurs pays de la région».
Les forces iraniennes ont ouvert le feu sur quatre navires qui tentaient de franchir le détroit d’Ormuz, a rapporté la chaîne de télévision d’État IRIB, le jour même où Washington lançait de nouvelles attaques dans le sud de l’Iran.
«Quatre navires ont tenté de traverser le détroit d’Ormuz et d’entrer dans le golfe Persique sans se coordonner avec les forces de sécurité», a écrit IRIB sur Telegram, précisant que l’incident s’est produit vers 00h35, heure locale (21h05 GMT mercredi), sans toutefois fournir de détails sur les navires concernés. «Ils ont été avertis, mais après avoir ignoré l’avertissement, des tirs de sommations ont été effectués, les forçant à faire demi-tour», a ajouté la chaine.
Les Pasdarans visent une base américaine
«Les Gardiens de la révolution iraniens ont pris pour cible une base américaine en représailles aux attaques américaines dans le sud du pays», a rapporté la chaîne iranienne IRIB.
«A la suite de l’agression menée ce matin par les forces militaires américaines contre une position située à proximité de l’aéroport de Bandar Abbas, à l’aide de missiles aériens, la base aérienne américaine d’où l’attaque est partie a été visée à 04h50 (01h20 GMT)», a déclaré le Corps des gardiens de la révolution islamique, selon l’IRIB.
Aucun détail n’a été fourni sur la localisation de cette base, bien que le Koweït, allié des États-Unis, ait indiqué avoir riposté aux attaques de missiles et de drones de jeudi matin.
- Entre escalade militaire et diplomatie sous pression
Malgré l’intensification des affrontements dans la région du détroit d’Ormuz, les canaux diplomatiques entre Washington et Téhéran n’ont pas été totalement rompus. Selon plusieurs sources proches des négociations, des discussions indirectes se poursuivent par l’intermédiaire d’Oman et du Qatar afin d’éviter une détérioration incontrôlable de la situation. Les autorités américaines maintiennent que leurs opérations relèvent de «l’autodéfense» et affirment vouloir préserver le cessez-le-feu fragile instauré ces dernières semaines.
Sur le front libanais, les provocations du Hezbollah (tirs de missiles, attaques de drones, accrochages avec Tsahal) sont étroitement liées aux négociations américano-iraniennes, car le mouvement chiite libanais pro-Téhéran reste l’un des principaux leviers régionaux de l’Iran.
Pour les spécialistes régionaux, le Hezbollah agit à la fois comme acteur autonome libanais et comme carte stratégique iranienne dans le bras de fer diplomatique en cours avec Washington.
Dans ce contexte explosif, les prochaines heures pourraient s’avérer décisives : soit les négociations parviennent à contenir l’escalade, soit la succession de représailles risque d’entraîner un nouvel embrasement régional aux conséquences imprévisibles.