(Rome, 27 mai 2026). Le conflit entre Israël et le Hezbollah franchit un nouveau seuil critique. En étendant ses opérations terrestres au-delà du Litani, Tsahal intensifie la pression sur le sud du Liban, tandis que Washington tente d’éviter une offensive sur Beyrouth susceptible de faire exploser les fragiles négociations avec l’Iran. Sur le terrain, les combats s’étendent, les victimes s’accumulent et la région s’enfonce un peu plus dans le risque d’embrasement
Incursions terrestres au-delà du fleuve Litani
L’armée israélienne a lancé des opérations terrestres au Liban, au-delà de la Ligne Jaune. «Nous sommes en guerre contre le Hezbollah, j’ai ordonné d’accélérer encore davantage», a tonné le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, dont le gouvernement a approuvé l’extension de l’offensive au-delà de la Ligne Jaune dans le sud du pays, avec des incursions terrestres et des frappes aériennes, tout en excluant, pour l’heure, Beyrouth, conformément à le demande de l’administration Trump, rapporte Chiara Clausi dans son analyse dans «Il Giornale».
Le conflit entre l’État hébreu et le Hezbollah, qui a fait une trentaine de morts en seulement 24 heures hier, pourrait compromettre les négociations entre les États-Unis et l’Iran. Israël et le Hezbollah, mandataire du régime des ayatollahs, continuent de s’affronter malgré le cessez-le-feu du 16 avril.
Washington tente de contenir l’escalade
L’armée israélienne a affirmé avoir frappé plus de 70 sites du Hezbollah à travers le pays au cours des dernières 24 heures. Jusqu’à présent, toutefois, Israël s’est abstenu de bombarder Beyrouth et d’autres zones situées hors du sud libanais, sous la pression de Washington, soucieux de ne pas compromettre les discussions avec Téhéran.
La République islamique a exigé l’arrêt des frappes israéliennes au Liban comme condition préalable à toute négociation avec les États-Unis visant à mettre fin au conflit. L’armée israélienne, pour sa part, a admis avoir des difficultés à contenir la menace quotidienne d’attaques de drones menées par le Hezbollah contre ses troupes au Liban et contre les localités du nord d’Israël.
Combats autour du fleuve Litani
Les échanges de tirs sont incessants. Le groupe chiite a fait état d’affrontements rapprochés avec des soldats israéliens qui «avançaient vers Zaoutar el-Charquiya», une ville du district de Nabatiyeh, située au nord du fleuve Litani et en dehors de la zone tampon de facto établie par Israël au sud du Liban.
Le Parti des «miliciens de Dieu» a revendiqué l’utilisation de missiles, d’obus d’artillerie et de drones kamikazes, précisant que ces affrontements ont eu lieu après le bombardement du village par les Israéliens.
«À Tel-Aviv, le discours sécuritaire s’est durci après des mois d’attaques de drones et de tirs transfrontaliers», affirme un expert militaire libanais. «Les responsables israéliens considèrent désormais que la destruction de l’arsenal stratégique du Hezbollah constitue une condition indispensable au retour de la stabilité dans le nord d’Israël. Autrement dit, Tsahal ne fait aujourd’hui qu’exécuter la ligne qu’elle avait publiquement tracée : en finir avec la capacité militaire du Hezbollah», a-t-il ajouté.
Selon le média israélien «Ynet», les soldats israéliens ont lancé ces derniers jours des opérations terrestres au-delà du fleuve Litani, qui marque la «ligne jaune» de la trêve, avec pour objectif d’éloigner davantage le Hezbollah de la frontière israélienne, notamment pour réduire la menace de drones explosifs.
Le bilan de victimes s’alourdit
Parallèlement, le nombre de victimes ne cesse d’augmenter. L’Agence nationale libanaise rapporte que les secouristes ont récupéré 12 corps après des raids israéliens sur la ville de Machghara. La nuit dernière, Tsahal a poursuivi son escalade, bombardant des dizaines de localités dans les districts de Nabatiyeh, Jezzine, Tyr, Bint-Jbeil et Sidon. Craignant une nouvelle offensive contre la capitale, des habitants ont commencé à fuir les quartiers sud de Beyrouth, notamment Dahiyeh, bastion historique du Hezbollah.
Crainte d’un embrasement régional
En Israël, des responsables des communautés situées le long de la frontière nord ont annoncé la fermeture des écoles. Les tensions s’exacerbent. Le chef d’état-major de Tsahal, le général Eyal Zamir, aurait déclaré aux ministres, lors d’une réunion de sécurité, que «les immeubles du quartier de Dahiyeh à Beyrouth devraient être détruits» en réponse à la menace des drones. Le mouvement chiite perçoit les pourparlers israélo-libanais comme une menace existentielle, craignant qu’un cessez-le-feu ne réduise considérablement son influence et le prive de son pouvoir.
La patience d’Israël envers le Hezbollah semble avoir atteint ses limites.
«La vérité, c’est que nous avons les mains liées, et cela doit changer rapidement», a déclaré un responsable israélien. Benyamin Netanyahu a indiqué que, lors d’un appel téléphonique, le président Trump avait également «réaffirmé le droit d’Israël à se défendre contre les menaces sur tous les fronts, y compris au Liban».
Tsahal applique sa doctrine «jusqu’au bout»
Depuis le début de l’escalade, Israël n’a jamais dissimulé son objectif stratégique : neutraliser durablement le Hezbollah et empêcher le mouvement chiite de reconstituer sa capacité militaire à la frontière nord. L’extension des opérations au-delà du Litani s’inscrit dans cette logique. Pour l’état-major israélien, il ne s’agit plus de contenir la menace, mais de la démanteler méthodiquement, en ciblant les infrastructures, les réseaux logistiques et la chaîne de commandement du Parti de Dieu.
Le Hezbollah face à son isolement politique
Dans le même temps, le mouvement chiite apparaît de plus en plus isolé sur la scène libanaise. Les forces souverainistes, emmenées notamment par son principal pilier Samir Geagea, multiplient les appels en faveur du monopole de l’État sur les armes et soutiennent l’application des résolutions internationales exigeant le désarmement des milices.
Le décret du gouvernement libanais appelant le Hezbollah à remettre ses armes a accentué cette pression politique interne. Mais le Parti de Dieu refuse toute concession, estimant que son arsenal demeure indispensable face à Israël et qu’un désarmement signerait la fin de son influence régionale.
Washington, théâtre d’une recomposition régionale
Les discussions en cours à Washington entre responsables libanais et israéliens donnent une dimension supplémentaire à cette séquence. Derrière les négociations sécuritaires se dessine une tentative de redéfinition des équilibres au Liban et dans la région.
Pour Israël, l’objectif serait de transformer l’affaiblissement militaire du Hezbollah en basculement politique durable. Pour une partie des souverainistes libanais, la conjoncture actuelle représente peut-être la première occasion, depuis des décennies, de remettre en cause l’existence d’une force armée autonome échappant à l’autorité de l’État.