(Rome, 03 mai 2026). Les États-Unis ont annoncé le retrait progressif de 5.000 soldats américains stationnés en Allemagne (sur 38.000), dans le cadre d’une révision stratégique de leur dispositif militaire en Europe. Cette décision intervient dans un climat de fortes tensions entre Donald Trump et le chancelier allemand Friedrich Merz, tandis que le président américain menace également l’Italie et l’Espagne de réductions similaires de présence militaire au sein de l’OTAN
Retrait progressif des troupes américaines
Dans un délai de six à douze mois, les États-Unis retireront 5.000 soldats américains d’Allemagne. Cet ordre, annoncé par le chef du Pentagone, Pete Hegseth, fait suite aux récentes déclarations de Donald Trump, qui a indiqué son intention d’envisager une réduction de la présence militaire américaine dans le pays, sur fond de tensions croissantes avec le chancelier allemand Friedrich Merz, rapporte le journal «Il Fatto Quotidiano».
Cette mesure résulte d’une révision stratégique de la présence militaire américaine en Europe et tient compte des besoins opérationnels ainsi que de la situation sur le terrain. Les États-Unis maintiennent de nombreuses bases militaires en Europe depuis des décennies, bases essentielles pour les opérations mondiales, notamment au Moyen-Orient.
L’Allemagne abrite des installations stratégiques telles que le Commandement européen des États-Unis (EUCOM) à Stuttgart et la base aérienne de Ramstein, centre névralgique du transport et de la logistique militaires. Actuellement, environ 86.000 soldats américains sont déployés en Europe, dont environ 38.000 en Allemagne. Ce nombre varie régulièrement en raison des rotations et des exercices militaires. Depuis l’annonce de l’administration Trump il y a quelques jours, Berlin a réagi en affirmant être préparée à cette éventualité.
Les menaces de Trump s’étendent à l’Italie et à l’Espagne
Ces derniers jours, la menace de Trump de s’en prendre aux «mauvais élèves» de l’OTAN qui ne l’ont pas aidé dans la guerre en Iran, s’est également étendue de l’Allemagne à l’Italie jusqu’à l’Espagne. Interrogé dans le Bureau ovale sur la possibilité d’une réduction des effectifs à Rome et à Madrid, le commandant en chef a répondu «probablement oui». « L’Italie n’a été d’aucune aide. Et l’Espagne a été déplorable», a-t-il ajouté. «C’est l’OTAN. Il ne s’agit même pas de savoir à quel point ils sont mauvais.
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Ce serait différent s’ils s’étaient exprimés avec courtoisie», a expliqué Trump. «Regardez le niveau d’assistance qu’ils fournissent à l’Ukraine. Ils ont créé un désastre en Ukraine : le chaos total. Le plus incroyable, c’est qu’ils ont utilisé le détroit d’Ormuz, alors que nous, nous ne l’utilisons pas», a-t-il souligné, faisant allusion au fait que ce passage maritime est davantage utile aux Européens qu’aux Américains. Pour rappel, l’Italie accueille environ 13.000 soldats américains répartis sur plusieurs bases, tandis que l’Espagne en compte environ 4.000.
Rupture avec Trump et tensions internes en Allemagne
L’accueil chaleureux réservé au chancelier allemand à la Maison-Blanche en mars dernier, il y a moins de deux mois, semble désormais bien lointain. En quelques heures, Trump a lancé une double attaque contre Friedrich Merz : d’abord, en annonçant sa volonté de réduire le nombre de soldats américains stationnés en Allemagne, puis en conseillant au chancelier de se concentrer sur «l’Ukraine et son pays en ruine» plutôt que sur l’Iran.
Cette situation ne fait qu’accroître la pression sur un dirigeant de plus en plus affaibli, déjà aux prises avec des problèmes internes et isolé même au sein des conservateurs qui, selon Welt, envisagent déjà de désigner un successeur au cas où la situation dégénérerait en crise et en gouvernement minoritaire. Avec Trump, le chancelier allemand paie le prix des déclarations acerbes qu’il a faites il y a quelques jours, lorsqu’il est allé jusqu’à affirmer que les États-Unis sont totalement «dépourvus de stratégie pour sortir du conflit en Iran», ajoutant que les dirigeants de Téhéran «humilient toute une nation», en parlant des Etats-Unis. Ce dernier passage a rendu furieux le magnat.
Une situation politique délicate pour Merz
Le moment choisi pour les attaques de Trump ne pouvait pas être pire pour le dirigeant de la CDU, dont la popularité a chuté dans les sondages, tandis que l’AFD devance l’Union de cinq points avec 27 % des intentions de vote. Et le chancelier serait de plus en plus isolé, même au sein de son propre parti : c’est Bild qui a révélé que, dans ce contexte, il pourrait se présenter devant le Bundestag et demander un vote de confiance. Dans une assemblée, rappelons-le, la majorité repose actuellement sur seulement 12 voix. Dans une Allemagne en proie à la crise, les 174 lois adoptées durant la première année de mandat ne suffisent pas, et ses réformes ne semblent guère convaincantes.
- Les «mauvais élèves» de l’OTAN selon Trump
En visant ouvertement l’Allemagne, puis l’Italie et l’Espagne, Donald Trump ravive une rhétorique devenue familière : celle des alliés européens considérés comme des «mauvais élèves» de l’OTAN. À ses yeux, plusieurs partenaires historiques des États-Unis profiteraient de la protection américaine sans fournir d’efforts suffisants, qu’il s’agisse des dépenses militaires, du soutien aux opérations américaines ou de l’engagement géopolitique au sein de l’Alliance.
- Une relation ambiguë avec l’Alliance atlantique
Cette nouvelle offensive politique illustre aussi l’ambivalence persistante de Trump à l’égard de l’OTAN. Selon les circonstances, le président américain alterne entre la dénonciation d’une organisation qu’il juge coûteuse et déséquilibrée pour Washington, et l’utilisation même de cette alliance comme levier de pression diplomatique contre les Européens.
Cette contradiction nourrit une forme d’ironie politique : Trump critique régulièrement l’utilité de l’OTAN tout en exigeant davantage de solidarité et d’alignement de la part de ses membres lorsqu’il s’agit des intérêts stratégiques américains.
Pour conclure, nous confie un analyste italien, au-delà des annonces militaires, cette séquence révèle surtout une tension profonde dans la relation transatlantique. Donald Trump continue d’entretenir un rapport paradoxal avec l’OTAN : il en minimise parfois l’utilité, tout en s’appuyant sur son poids stratégique pour reprocher aux Européens leur manque de loyauté ou d’implication. En qualifiant certains alliés historiques de «mauvais élèves», il expose une vision transactionnelle de l’Alliance, où le partenariat militaire semble désormais conditionné à l’alignement politique et aux simples intérêts immédiats de Washington.