(Rome, 23 avril 2026). Un homme soupçonné de liens avec le Hezbollah et impliqué dans l’attentat meurtrier contre un avion commercial en 1994 a été extradé du Venezuela vers le Panama. Cette opération, fruit d’une coopération étroite entre plusieurs pays, relance un dossier vieux de plusieurs décennies et illustre le renforcement des actions internationales contre le terrorisme. Douze membres de la communauté juive panaméenne et trois citoyens américains ont perdu la vie
Une coopération internationale qui s’intensifie
La coopération entre le Venezuela de Delcy Rodriguez et les États-Unis de Donald Trump se poursuit. Et elle ne se limite pas aux secteurs pétrolier et économique. Le rapprochement entre les deux pays, suite à l’arrestation de l’ancien dirigeant du régime, Nicolas Maduro, prend désormais une dimension liée à la justice internationale, écrit Rossana Miranda dans le portail «Formiche.net».
L’extradition d’un suspect clé
Le dernier élément de preuve en date est l’extradition vers le Panama d’Ali Zaki Hage Jalil, un homme accusé par les autorités panaméennes et américaines de complicité dans l’attentat à la bombe contre un avion de ligne en 1994. L’attentat avait fait 21 morts, dont 12 membres de la communauté juive du Panama et trois citoyens américains.
Le Venezuela «a approuvé ce vendredi la demande d’extradition» d’Ali Zaki Hage Jalil en vue de son jugement, a annoncé le ministère des Affaires étrangères du Panama dans un communiqué. Les proches des victimes ressentent «un grand espoir de justice» après l’annonce de l’extradition, a indiqué Karina Smith, dont le grand-père a été tué dans l’attentat. Selon le ministère, les autorités américaines ont également manifesté «de l’intérêt» pour l’affaire en raison de la présence de citoyens américains parmi les victimes, et «il existe des indices du lien entre le détenu et une organisation terroriste internationale».
Des liens présumés avec le Hezbollah
Selon les États-Unis et Israël, Hage Jalil serait membre du Hezbollah, l’organisation terroriste chiite. Son extradition s’est déroulée sous haute sécurité, d’après Interpol.
Kevin Marino Cabrera, ambassadeur des États-Unis au Panama, a déclaré que «cette extradition envoie un message clair : l’administration Trump a la mémoire longue et une portée d’action encore plus large».
Parcours personnel et origines
Hage Jalil a été arrêté au Venezuela le 5 novembre 2025, sur l’île de Margarita. L’homme possède la nationalité vénézuélienne (obtenue la même année) mais est né à Maicao, en Colombie, en 1968. Au milieu des années 1970, ses parents, Zaki Mohamed Hage Ahmed et Amina Jalil Hage, d’origine libanaise, se sont installés sur l’île de Margarita. Sa famille déménage ensuite à Caracas, où il a obtenu un diplôme en gestion d’entreprises.
Vie au Panama après l’attentat
Ce n’est que dans les années 1990 que l’homme s’installe dans la zone franche de Colón, au Panama, où il devient directeur d’entreprise. Il y reste jusqu’à peu après l’attentat dont il est accusé, selon la BBC.
Le 19 juillet 1994, un avion de la compagnie Alas Chiricanas, décollant de l’aéroport France Field de Colón à destination de Panama City, explose quelques minutes après le décollage, faisant 21 morts.
Le déroulement de l’attentat
Douze des victimes étaient membres de la communauté juive locale, trois étaient de nationalité américaine et quatre sont israéliennes. L’une des victimes, identifiée comme Lya Jamal ou Ali Hawa Jamal, portait une valise contenant des explosifs qui ont été activés par radio. Hage Jalil avait loué une voiture, sous une fausse identité, avec l’acteur de l’attentat. Quelques jours après la tragédie, il a été arrêté avec un camion rempli de munitions, d’armes et d’autres équipements militaires. Le même jour, 85 membres de l’Association mutuelle israélite argentine ont été tués dans un attentat à Buenos Aires.
Retour au Venezuela et nouvelles révélations
De retour sur l’île Margarita, Hage Jalil a ouvert un hôtel-restaurant. En 2017, les services de renseignement israéliens ont remis un rapport au gouvernement panaméen concernant l’implication du Hezbollah dans l’attentat ; c’est dans ce rapport que le nom du suspect est apparu pour la première fois. Le FBI avait offert une récompense de 5 millions de dollars pour toute information permettant son arrestation.
Une affaire emblématique du terrorisme international
L’extradition d’Ali Zaki Hage Jalil remet en lumière les réseaux transnationaux accusés de soutenir ou de faciliter des actes terroristes à travers le monde. Les accusations portées par les États-Unis et Israël, qui relient le suspect au Hezbollah, s’inscrivent dans un ensemble plus large d’enquêtes visant l’organisation chiite libanaise pro-Téhéran, régulièrement pointée du doigt pour ses activités au-delà du Moyen-Orient.
Le Hezbollah au cœur des préoccupations sécuritaires
Considéré par plusieurs pays comme une organisation terroriste, le Hezbollah est accusé d’avoir étendu ses opérations à l’international, notamment en Amérique latine, où des réseaux logistiques et financiers auraient été établis. Si ces accusations font l’objet de débats et de contestations, elles nourrissent néanmoins une vigilance accrue des services de renseignement et des autorités judiciaires à l’échelle mondiale.
Justice internationale et mémoire des attentats
Plus de trente ans après les faits, cette affaire souligne la persistance des efforts pour traduire en justice les responsables présumés d’attentats meurtriers. Elle illustre également la capacité des États à coopérer malgré des divergences politiques, dans le but de répondre à des crimes qui dépassent les frontières nationales et marquent durablement les sociétés.
L’attente de justice des victimes et de leurs proches
«Au-delà des enjeux diplomatiques et sécuritaires», estiment plusieurs analystes, «cette affaire ravive l’espoir de nombreuses familles touchées par des violences attribuées à des réseaux liés au Hezbollah. Plusieurs proches de victimes, notamment libanaises, expriment le souhait de voir l’organisation répondre de ses actes devant la justice internationale». Pour eux, la reconnaissance des responsabilités et l’établissement de la vérité constituent une étape essentielle vers la réparation, après des décennies marquées par l’impunité et le silence.