(Rome, 09 septembre 2025). Les frappes israéliennes sur Doha, visant des négociateurs du Hamas en pleine discussion de paix, bouleversent l’équilibre fragile du Moyen-Orient. Tandis que Netanyahou revendique l’opération et que des soupçons d’implication américaine émergent, la crédibilité des processus diplomatiques régionaux est plus que jamais remise en cause
Un saut dans l’inconnu pour le Moyen-Orient, un coup dur pour la diplomatie internationale. Les bombes sur le Qatar, huitième théâtre d’opérations de Tel-Aviv, constituent une menace supplémentaire pour la stabilité du système géopolitique régional, nous explique Andrea Muratore dans les colonnes du portail «Inside Over».
Israël se resserre autour des bombardements visant les négociateurs du Hamas : Benyamin Netanyahu assume «l’entière responsabilité» des frappes contre Doha, capitale du Qatar, qui ont pris pour cible des responsables de l’organisation qui contrôle Gaza alors qu’ils discutaient de la proposition de paix et de la libération des otages. Même le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, salue «l’excellente opération de Tsahal» laquelle retarde la libération de ces otages pour lesquels Netanyahu n’en faisait pas assez. Tandis que les nationalistes de Tel-Aviv se réjouissent, de sérieuses questions se posent.
Première question : Israël pourrait-il encore sérieusement parler d’une «guerre pour libérer les otages» à Gaza après avoir bombardé les négociateurs ? Si cette thèse semblait auparavant fallacieuse et insatisfaisante, le roi est désormais à nu.
Deuxième point : qui l’aurait cru ? Des sources OSINT et plusieurs commentateurs informés au fait évoquent une implication américaine plausible. Ryan Grim de «DropSite» a écrit : «Trump a envoyé une proposition de paix au Hamas, lequel s’est réuni pour en discuter à Doha, où les États-Unis mènent la médiation des pourparlers et disposent d’une base militaire (Al-Oudeid), et Israël les a bombardés, vraisemblablement avec le soutien des États-Unis».
Pour Grim, «l’attaque de Doha visait les négociateurs du Hamas qui s’étaient réunis pour discuter de l’offre de cessez-le-feu proposé par Trump, tout comme Trump avait conduit de fausses négociations nucléaires avec l’Iran afin de tuer les négociateurs iraniens». Les sources font également état d’avions américains et britanniques en vol avant l’attaque.
Si attaque aérienne il y a eu, il est difficile d’imaginer que le Qatar n’ait pas été informé. Doha dispose d’une excellente défense antiaérienne et possède des Rafale, des Typhoon et des F-15. Est-il possible qu’il n’ait rien su et ait été surpris ?
Un expert italien affirme que la légitimité du discours israélien sur une «guerre pour libérer les otages» est sérieusement compromise, puisqu’il s’agit ici d’avoir ciblé les mêmes négociateurs impliqués dans le processus. «Cette attaque soulève de vives interrogations sur la cohérence des stratégies de médiation au Moyen-Orient», a-t-il ajouté. Et notre source de conclure : «la revendication de l’opération par Netanyahu, conjuguée aux soupçons d’un soutien américain, met en lumière les tensions entre actions militaires et initiatives diplomatiques, fragilisant davantage les perspectives d’un processus de paix crédible».
Et enfin, qui fera encore confiance aux promesses de négociation des États-Unis et d’Israël après cette manœuvre visant les responsables du Hamas dans un pays tiers ? Qui pourra rétablir les conditions d’un dialogue et d’un engagement d’un débat politique constructif ? Ce qui a été mis à mal, c’est l’ordre international lui-même, la certitude qu’il restait encore une possibilité de dialogue pour pacifier le Moyen-Orient, la perspective d’un accord capable de mettre un terme à des guerres sans fin. Trois mois après l’Iran, le Hamas est lui aussi pris entre l’enclume américaine et le marteau israélien. Donald Trump et Benyamin Netanyahu ont choisi de faire de la force le seul critère de jugement pour l’avenir politique de la région. La décision de recourir à la force comme unique levier risque d’ouvrir une phase durablement instable pour la région, avec de graves conséquences pour tous.