(Rome, 1er novembre 2026). Des hypothèses, des considérations et des interrogations sur les violences dans les rues d’Europe. Les violences gagnent en visibilité les places européennes. Derrière les affrontements et les tensions, des intérêts politiques, économiques ou idéologiques pourraient trouver leur compte dans un climat d’insécurité qui fragilise les sociétés européennes et attise les divisions. Mais qui exploite ces crises, qui en tire profit et quels intérêts se cachent derrière leur instrumentalisation ?
Plutôt que (ou au-delà) de se consacrer à la politique intérieure, voire de s’en laisser distraire (qu’il s’agisse des divisions au sein du champ large de la coalition alternative ou de celles qui agitent le camp du centre-droit), il serait peut-être temps, à gauche comme à droite, de s’interroger sur la coïncidence, fortuite, pour le moins improbable de ces foyers de violence qui embrasent les rues d’Europe, et non seulement en Italie. Des rues situées dans des pays gouvernés, indifféremment, par la droite ou par la gauche. Nous assistons à l’émergence d’une «Union européenne de la rue», plus active que celle, institutionnelle, issue des traités, écrit Francesco Damato dans son décryptage dans le média «Start Magazine».
Pourquoi tant de manifestations simultanées ?
Pourquoi une telle concentration de manifestations simultanées ? Rappelons-nous, pour ceux d’entre nous qui ont connu cette époque, que les «années de plomb» s’étaient, elles aussi, étendues bien au-delà des frontières italiennes. Certes, seule l’Italie a connu l’enlèvement, au milieu du sang de son escorte, et la séquestration durant 55 jours, de la figure politique la plus marquante, la plus influente et la plus mal protégée : Aldo Moro.
Une régie unique peut-elle exister ?
Pourquoi ? S’interroge l’auteur. Existe-t-il une orchestration unique, dont ne se rendent pas compte ceux qui s’y prêtent en tenues et avec les méthodes des plus violents, parmi lesquels figurent parfois des mineurs ? Faut-il imputer tout ce désordre aux dirigeants européens que Poutine a d’ailleurs interpellés pour repousser les soupçons qui pesaient rapidement sur lui ? Ou bien est-ce justement au Kremlin que se trouve le centre névralgique de cette espèce de guerre parallèle ou complémentaire à celle déclenchée par ce même Poutine contre l’Ukraine ? Une guerre que la Russie ne parvient pas à gagner par des moyens militaires, en raison de l’aide apportée à l’Ukraine par l’Occident, et qu’elle tente, au contraire, de remporter en déstabilisant l’Europe.
Poutine est-il le seul à y trouver son compte ?
Mais sommes-nous bien certains (voilà une autre question indiscrète, disons-le ainsi) que la déstabilisation de l’Europe ne serve que les intérêts de Poutine ? Ne profite-t-elle pas aussi, par exemple, aux États-Unis, sous la forme de plus en plus inquiétante qu’incarne le président Donald Trump ? Celui-ci se méfie, c’est le moins que l’on puisse dire, des Européens, et préfère poursuivre un rapport privilégié avec le Tsar, une relation qui, depuis la rencontre du 15 août de l’an dernier en Alaska, n’est même plus vraiment dissimulée aux yeux des médias. Une rencontre, d’ailleurs, au cours de laquelle les militaires américains trébuchèrent sur les tapis déroulés pour le passage de l’invité.
Donald Trump et Vladimir Poutine : le désordre européen et la convergence des intérêts
Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, l’Europe fait face à une accumulation de crises : guerre à ses frontières, tensions sur les dépenses militaires, débats sur l’immigration, polarisation politique et inquiétudes quant à la solidité de l’alliance transatlantique et enfin les aides militaires apportées à Kiev. Dans ce contexte, les rapports entre Donald Trump et Vladimir Poutine soulèvent une question essentielle : leurs orientations politiques respectives contribuent-elles à fragiliser la cohésion européenne, et dans quelle mesure ?
Washington et Moscou : des intérêts parfois convergents ?
Les présidents Trump et Poutine défendent des visions du pouvoir et de l’ordre international qui peuvent entrer en résonance sur certains sujets, même si leurs objectifs ne sont pas nécessairement identiques.
Les interrogations portent notamment sur la place de l’OTAN, le partage du coût de la défense européenne, les conditions d’un règlement de la guerre en Ukraine et les relations avec les gouvernements européens. Les déclarations de Donald Trump sur les engagements militaires américains et sa manière d’aborder les négociations avec Moscou peuvent alimenter les inquiétudes des alliés européens quant à la fiabilité du soutien américain.
Pour le Kremlin, un affaiblissement de la solidarité entre les États-Unis et les Européens pourrait représenter un avantage stratégique.
La question est alors précise : les décisions de Washington favorisent-elles, volontairement ou non, certains objectifs stratégiques de Moscou ?
Nombreux sont les experts en stratégie qui estiment que Moscou dispose potentiellement d’un intérêt stratégique à voir l’Europe affaiblie et moins unie.
Et si la véritable bataille pour l’Europe se jouait aussi dans ses divisions internes ? Entre les ambitions de Vladimir Poutine, les choix stratégiques de Donald Trump et les fragilités politiques des démocraties européennes, les lignes de fracture se multiplient. Sans qu’une coordination entre Washington et Moscou ne soit démontrée, certaines évolutions peuvent objectivement servir les intérêts russes en affaiblissant la cohésion occidentale.
«Krasnov», l’ombre du soupçon
Et si la relation entre Donald Trump et la Russie cachait une histoire plus complexe qu’un simple rapprochement diplomatique ? En février 2025, une accusation spectaculaire a ravivé les interrogations sur les liens entre le président américain et Moscou : un ancien responsable des services de sécurité kazakhs, a affirmé que le KGB aurait recruté Trump en 1987 sous le nom de code «Krasnov». Une révélation qui a rapidement circulé sur les réseaux sociaux, mais dont les éléments de preuve restent insuffisants.
A lire : Krasnov, l’«agent» dans l’ombre du pouvoir
Selon l’ancien responsable, le recrutement présumé aurait eu lieu à l’époque où Trump, alors homme d’affaires, se rendait à Moscou pour explorer des perspectives immobilières. Toutefois, l’ancien responsable n’a pas produit de documents authentifiant cette affirmation. Des vérifications journalistiques ont également soulevé des interrogations sur les fonctions qu’il occupait à l’époque et sur sa capacité à connaître un éventuel dossier de recrutement.
L’enjeu n’est pas de faire de «Krasnov» la preuve d’une manipulation russe de la politique américaine. Il est tout à fait légitime d’examiner les conséquences stratégiques des décisions prises à Washington, notamment lorsqu’elles fragilisent la confiance des Européens dans les garanties de sécurité américaines ou lorsqu’elles compliquent le soutien à l’Ukraine.