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Soudan : Abdel Fattah al-Burhan ferme la porte aux négociations avec les FSR et promet de «reprendre chaque centimètre»

(Rome, 07 octobre 2026). Alors que la guerre au Soudan entre dans une nouvelle phase, le chef de l’armée soudanaise, Abdel Fattah al-Burhan, écarte toute perspective de négociations avec les Forces de soutien rapide (FSR). Déterminé à poursuivre l’offensive, il affirme que son armée ira jusqu’à reprendre l’ensemble des territoires contrôlés par les FSR. Dans le Kordofan, dix civils ont été tués ; dans le Nil Bleu, on dénombre 5.500 déplacés en trois jours. Washington appelle à un dialogue civil

«Nous reprendrons chaque centimètre». C’est par ces mots que le général Abdel Fattah al-Burhan, chef de l’armée soudanaise et président du Conseil souverain de transition, a fermé mardi 6 octobre la porte aux négociations avec les Forces de soutien rapide (FSR), les paramilitaires qu’il combat depuis trois ans et demi. L’«option militaire», a-t-il déclaré, se poursuivra tant que les milices n’auront pas été évincées du Soudan.

Comme le rapporte le portail italien «Notizie Geopolitiche.net», le discours, diffusé en direct par l’agence d’État soudanaise SUNA et relayé par la chaine Al-Jazeera, a été prononcé lors d’un rassemblement au «Village 5», près de Meroé, dans l’État du Nord, l’une des régions restées fermement sous le contrôle de l’armée. L’événement marquait l’inauguration d’une école secondaire. «Les forces armées poursuivront l’option de la victoire militaire jusqu’à ce que l’ensemble du territoire national soit débarrassé de la rébellion», a ajouté le général, saluant au passage le soutien des habitants de la zone aux soldats.

L’Arabie Saoudite et les Emirats : deux visions concurrentes du Soudan

Depuis le début de la guerre, le conflit soudanais dépasse largement l’affrontement entre l’armée dirigée par Abdel Fattah al-Burhan et les Forces de soutien rapide (FSR) de Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hamidati. Les rivalités entre puissances régionales, notamment l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, contribuent également à façonner le rapport de force.

Riyad entretient des relations étroites avec al-Burhan et avec les autorités issues de l’armée. Plusieurs analyses classent désormais l’Arabie saoudite parmi les acteurs alignés sur les forces armées soudanaises, aux côtés notamment de l’Égypte.

Tandis que la situation est différente pour les Émirats arabes unis. Abou-Dhabi est en effet considéré par plusieurs analystes comme le principal soutien extérieur des FSR, notamment à travers des réseaux d’approvisionnement en armes et de financement. Les autorités émiraties, quant à elles, démentent fournir un soutien militaire aux belligérants.

Un an de trêves avortées

La déclaration d’al-Burhan intervient après une année durant laquelle les deux camps se sont renvoyé des propositions de trêve sans jamais se retrouver à la même table. En novembre 2025, Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hamidati, commandant des paramilitaires, avait annoncé une suspension humanitaire de trois mois fondée sur le plan du «Quad», le groupe de médiation composé des États-Unis, de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et de l’Égypte, que l’armée venait tout juste de rejeter. En juillet dernier, les milices avaient accepté une nouvelle trêve, mais avaient refusé de se retirer des territoires conquis. Les Forces de soutien rapide (FSR) n’ont pas commenté les propos d’al-Burhan.

Dix civils tués au Kordofan

Alors que le général s’exprimait dans le nord, on dénombrait au Kordofan occidental les victimes d’une nouvelle attaque. Dix civils ont été tués et plusieurs autres blessés dans le village d’Abou Ajal, situé dans la zone rurale au sud-est de la ville d’En Nahoud. L’accusation portée contre les FSR émane du Comité d’urgence de Dar Hamar, une organisation caritative locale, qui fait état de «multiples violations à l’encontre des civils». Les milices n’ont pas non plus réagi à cet épisode.

Cette zone constitue le nouveau front de la guerre. Les Forces de soutien rapide concentrent leurs troupes au Kordofan occidental, tandis que l’armée progresse vers En Nahoud et Al Khouway après ses succès remportés dans le Kordofan septentrional voisin. Plus au sud, dans l’État du Nil Bleu, plus de 5.500 personnes ont quitté leurs villages en trois jours en raison de la dégradation de la situation sécuritaire, d’après l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). En août dernier, dans cette même zone, plus de vingt civils avaient été tués dans la localité de Geisan.

Un bilan déjà lourd : des dizaines de milliers de morts, 13 millions de déplacés

Le conflit a éclaté en avril 2023, lorsque al-Burhan et Hamidati se sont opposés sur le plan d’intégration des paramilitaires au sein de l’armée régulière. Depuis lors, le conflit a fait des dizaines de milliers de morts et environ 13 millions de déplacés, selon les estimations de l’ONU.

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El Fasher, chef-lieu du Darfour-du-Nord, est tombée aux mains des milices fin octobre 2025 après dix-huit mois de siège. Une mission d’enquête des Nations unies a conclu en juillet que les massacres, les viols collectifs et la famine délibérément imposée à la population constituaient un génocide, et a averti qu’El-Obeid, chef-lieu du Kordofan-du-Nord, risquait de subir le même sort car elle est encerclée.

El-Fasher : les images satellites révèlent une tentative de faire disparaître les traces des massacres

Dans un rapport publié le 16 décembre 2025, le «Humanitarian Research Lab» (HRL) de la «Yale School of Public Health» affirme avoir identifié les traces d’une campagne systématique de mise à mort et de destruction des preuves à El-Fasher, après la prise de la ville par les Forces de soutien rapide (FSR), le 26 octobre 2025. L’analyse couvre la période allant du 26 octobre au 28 novembre.

A lire : Soudan : selon un rapport de «Yale University», les FSR accusées de dissimuler les massacres à El-Fasher

Parler de «dissimulation» signifie que les FSR se seraient non seulement livrées à des massacres, mais elles auraient aussi entrepris à faire disparaître les traces matérielles de ces crimes. Toutefois, les informations font état d’une opération qui aurait comporté trois procédés principaux : l’ensevelissement de corps ; leur incinération ainsi que leur déplacement ou leur regroupement dans différents sites.

Le contrepoint de Washington

Le discours prononcé à Meroé intervient au lendemain d’un message de nature opposée en provenance de Washington. Lundi, Massad Boulos, conseiller pour les affaires arabes et africaines et envoyé du président Donald Trump, a écrit sur la plateforme X que la paix au Soudan passait «par un dialogue national inclusif, porté et dirigé par les Soudanais eux-mêmes, avec une transition vers un gouvernement dirigé par des civils». En septembre, le Département d’État avait clairement affirmé que ni l’armée ni les paramilitaires, ni leurs chefs respectifs, ne «représentent un gouvernement légitime et constitutionnel pour le pays».

Al-Burhan, quant à lui, revendique sur le terrain la légitimité que Washington lui refuse à la table des négociations. À la formule américaine, le général a opposé une autre réponse : «L’option militaire se poursuivra tant que le dernier rebelle n’aura pas quitté le pays».

L’ombre de l’ex-Wagner et les intérêts russes au Soudan

La présence de Wagner au Soudan ne date pas de la guerre déclenchée en avril 2023. Le groupe s’y était implanté dès 2017, à la faveur du rapprochement entre Moscou et le régime d’Omar el-Bachir.

Sur ce thème : L’ombre du groupe Wagner au Soudan

(L’ex) Wagner s’était alors intéressé à deux secteurs particulièrement stratégiques : la sécurité et l’exploitation de l’or. Des sociétés liées au groupe, notamment «Meroe Gold» et «M-Invest», ont obtenu des positions importantes dans le secteur minier soudanais. L’Union européenne a elle-même décrit ces deux entreprises comme des sociétés-écrans liées aux opérations de Wagner au Soudan. Avant la guerre, Wagner avait développé des relations avec plusieurs acteurs de l’appareil sécuritaire soudanais, et pas uniquement avec un seul camp. Des responsables américains avaient notamment affirmé en 2023 que Wagner avait fourni aux paramilitaires (FSR) des missiles sol-air.

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