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Le bouclier anti-missiles et anti-drones russes : fonctionnement et coût potentiel de la défense européenne

(Rome, 24 septembre 2026). Face à la multiplication des drones russes aux portes de l’Europe, les Pays européens renforcent leurs dispositifs de défense aérienne. Mais entre systèmes antimissiles, intercepteurs et technologies anti-drones, le coût de ce bouclier en construction se chiffre déjà en milliards d’euros : un Gerbera coûte quelques milliers de dollars, tandis qu’un intercepteur Patriot coûte des millions. La leçon ukrainienne montre la nécessité des canons, des lasers et des drones anti-drones

En Europe, c’est l’anxiété grandissante

L’angoisse grandit en Europe face aux opérations russes aux frontières de l’OTAN. Des sources de la CIA, s’exprimant auprès de diplomates des pays baltes, alimentent les craintes, même pour des pays éloignés du nouveau rideau de fer qui s’étend désormais vers l’Est, notamment la France, l’Italie et l’Espagne. Le cauchemar concerne notamment le lancement éventuel de drones Gerbera depuis des navires de la flotte fantôme russe. Cette menace, qui s’inscrit dans l’escalade hybride russe, est particulièrement insidieuse, car la défense contre des drones à bas coût est complexe et, surtout, très onéreuse, écrit Alberto Bellotto dans «Il Giornale».

Le centre du sujet : la question du coût.

Le principal problème posé par les drones comme le Gerbera ou les vecteurs similaires est le coût. Sa production ne dépasse pas 10.000 dollars et représente une double menace pour tout système de défense. Conçu à l’origine pour saturer les systèmes de défense aérienne, le Gerbera, avec ses nouvelles configurations équipées d’ogives explosives pesant jusqu’à 10 kg, pose un problème supplémentaire : les systèmes de défense sont obligés de l’abattre par crainte qu’il ne transporte à son bord une charge dangereuse.

Le principal défi concernant les drones réside donc dans le rapport coût-efficacité. Si un Gerbera ou un Shahed coûte entre 10.000 et 50.000 dollars, mais pour les intercepter, on utilise un système Patriot avec des intercepteurs coûtant entre 4 et 5 millions de dollars, le rapport coût-efficacité peut dépasser 250 fois, une disproportion qui devient insoutenable pour les défenses européennes. Cette asymétrie a déjà été constatée par les États-Unis et les pays du Golfe pendant la guerre contre l’Iran, lorsque les drones kamikazes des Pasdaran ont contraint les pays voisins à investir dans des systèmes d’interception coûteux.

L’Italie directement concernée

Ce même déséquilibre affecte directement l’Italie. Le système SAMP/T utilisé par l’armée italienne utilise des missiles Aster 30, dont le coût unitaire est estimé à plus de 2 millions d’euros. Utiliser un tel missile contre un Gerbera, coûtant environ 10.000 dollars, reviendrait à employer un intercepteur valant environ 150 fois sa cible.

Lire aussi : France, Italie, Espagne : la Russie préparerait des attaques par drones depuis la mer

La France également concernée

Pour la France, le point intéressant est que le SAMP/T (surnommé «Mamba») constitue déjà la composante terrestre de défense aérienne et antimissile française, mais que son évolution vers le SAMP/T NG est actuellement accélérée. Les contrats publics permettent de donner un ordre de grandeur, mais pas toujours un prix unitaire parfaitement comparable au coût d’un Gerbera. Paris dispose déjà d’une capacité de défense avancée sol-air de moyenne portée. Mais le système actuel doit évoluer pour répondre à des menaces plus nombreuses, plus rapides et plus difficiles à intercepter.

Selon un expert en matière de défense, le problème est non seulement de savoir si la France peut intercepter un drone russe, mais elle doit pouvoir le faire à un coût compatible avec une guerre potentiellement caractérisée par des attaques massives et répétées.

La leçon ukrainienne : un laboratoire pour l’OTAN

Le conflit en Ukraine a constitué un important terrain d’expérimentation pour les systèmes de défense de l’OTAN, notamment en matière de lutte contre la menace des drones. Selon les estimations, entre 2025 et 2026, des dizaines de milliers de drones se sont abattus sur le territoire ukrainien. L’année dernière, d’après des sources à Kiev, au moins 54.000 lanceurs de type Shahed et Gerbera ont frappé le pays. Un chiffre qui a déjà été atteint cette année et devrait dépasser les 70.000 d’ici décembre prochain.

Une défense multiforme

Dans ce contexte, Kiev a dû développer un bouclier différent des systèmes Patriot, SAMP/T et le S-300, afin de limiter des coûts insoutenables à long terme. Par conséquent, en peu de temps, Kiev a développé un système de défense basé sur des canons, la guerre électronique et, surtout, des drones intercepteurs.

Ces dernières années, explique encore Alberto Bellotto, citant Reuters, Kiev a réussi à développer des drones intercepteurs à un coût relativement faible, environ 2.000 dollars ; le SkyFall P1-SUN peut même coûter environ 1.000 dollars. Cependant, cet outil reste encore relativement rudimentaire, notamment comparé aux nouvelles versions de drones à réaction que déploie la Russie, souvent télé-pilotées. Face à ces nouvelles variantes à réaction, le taux d’interception ukrainien a chuté à environ 60 %, contre environ 90 % auparavant face aux modèles plus lents.

Un bouclier complexe à mettre en place

L’expérience ukrainienne montre à l’OTAN que, pour contrer une menace telle que celle des drones bon marché, il est nécessaire de disposer d’un système multicouche composé non seulement de missiles et de drones intercepteurs, mais aussi d’autres types d’armes. C’est le cas, par exemple, des canons antiaériens de 35 mm (comme ceux du système Skynex) qui font exploser leurs projectiles à proximité de la trajectoire du drone, le frappant avec une nuée de sous-projectiles.

Les solutions innovantes et économiques

Une autre arme potentiellement efficace sans coûts excessifs est la mitrailleuse. Kiev a mis sur pied des groupes mobiles de lutte anti-drones équipés de mitrailleuses lourdes et de canons de petit calibre. À cela s’ajoutent des armements expérimentaux, tels que les systèmes à micro-ondes (dont le britannique RFDEW), caractérisés par un coût d’engagement extrêmement faible, ainsi que les systèmes laser, comme le «DragonFire».

En outre, le projet Freyja, qui, aujourd’hui, ne constitue pas la réponse principale, vise avant tout la défense contre les missiles balistiques. L’Ukraine et ses partenaires européens travaillent à développer un intercepteur dont un prototype est envisagé pour le premier semestre 2027. Le projet est donc encore loin de constituer un système opérationnel comparable au SAMP/T.

Le cas du «DragonFire» est différent. Ce système laser à haute énergie, développé par «MBDA-UK», «QinetiQ» et l’italien «Leonardo», a déjà réussi lors d’essais britanniques à détruire des drones volant à grande vitesse, jusqu’à environ 650 km/h. Londres a signé en 2025 un contrat de 316 millions de livres pour commencer à déployer cette capacité sur des bâtiments de la Royal Navy à partir de l’an prochain.

Le Coyote Block 3NK : l’intercepteur réutilisable contre les essaims de drones

Il existe également des drones intercepteurs qui, afin de réduire davantage les coûts, s’appuient sur des systèmes réutilisables. C’est le cas du «Coyote Block 3NK». Il utilise une charge explosive et est consommable après son interception. Le «Coyote Block 3NK» emporte au contraire une charge utile non cinétique. Conçu pour atteindre l’essaim, neutraliser les cibles grâce à des systèmes ne nécessitant pas forcément une collision directe, puis regagner son point de lancement. Surtout, le véhicule peut rester en attente dans une zone, intercepter plusieurs cibles, puis être récupéré et réutilisé. Pour conclure, avec le «Coyote Block 3NK», les Américains cherchent à remplacer la logique : «un drone, un missile» par une autre logique : «un intercepteur réutilisable contre plusieurs drones».

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