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Le Liban et Israël reprennent les pourparlers à Rome sur fond d’une dangereuse escalade

(Rome, 04 août 2026). Alors que les tensions militaires s’intensifient à la frontière et que le risque d’un embrasement régional demeure élevé, le Liban et Israël s’engagent dans un nouveau cycle de pourparlers. Ces discussions, menées dans un climat de profonde méfiance, ont lieu à Rome jusqu’au 6 août, suite à la signature de l’accord-cadre à Washington le 26 juin, visent à prévenir une nouvelle escalade et à explorer des pistes de désescalade malgré la persistance des différends sécuritaires et politiques

Un nouveau cycle de pourparlers entre Israël et le Liban a débuté aujourd’hui à Rome : les délégations conduites respectivement par Yechiel Leiter et Simon Karam se retrouvent dans la capitale jusqu’au jeudi 6 août pour faire avancer les négociations visant à mettre en œuvre l’accord-cadre signé le 26 juin à Washington, écrit Cecilia Scaldaferri dans l’agence italienne «AGI».

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Cette réunion fait suite au lancement, le 21 juillet, du dispositif des «zones pilotes» sur le terrain, en commençant par le village de Zawtar Al-Gharbiya, dans le sud du Liban. Le déploiement progressif de l’armée libanaise y a débuté, avec pour mission de reprendre le contrôle du village et de sécuriser la zone en démantelant les installations du Hezbollah. Parmi les défis, un premier groupe d’habitants est revenu et, hier, le Premier ministre libanais Nawaf Salam a souligné que des efforts étaient en cours pour parvenir à des «retraits israéliens progressifs du territoire libanais, aboutissant à un retrait complet».

Antonio Tajani : «Rome est la capitale de la paix»

Le déploiement de l’armée a été salué par les États-Unis, pays médiateur dans le processus de négociation, comme un «résultat direct des pourparlers» tenus les 14 et 15 juillet, également à Rome ; la ville a été qualifiée de «capitale de la paix» par le ministre des Affaires étrangères, Antonio Tajani. Ce dernier, qui s’est entretenu par téléphone hier avec MM. Leiter et Karam, a salué les premiers résultats observés dans les «zones pilotes» et a encouragé les parties à poursuivre dans un esprit constructif, en identifiant des solutions communes permettant de donner la pleine mise en œuvre de l’accord-cadre.

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L’ambassadeur des États-Unis à Beyrouth, Michel Issa, a également exprimé l’espoir d’une «issue positive» à ces nouveaux pourparlers, soulignant sur X qu’il «reste beaucoup de travail technique à accomplir pour garantir la sécurité des civils sur le terrain». Le représentant diplomatique de Washington a mis en garde contre une précipitation qui risquerait de «mettre en péril les civils mêmes que ce processus est censé protéger». D’où l’appel de M. Issa aux parties à «prendre le temps nécessaire pour bien faire les choses dès le départ», afin que le déploiement dans «les prochaines zones pilotes» puisse s’effectuer plus efficacement.

Les dossiers sur la table à Washington

Pour la première fois depuis le début des négociations, Washington entend en élargir le champ d’action. Un porte-parole du département d’État américain a souligné que les questions à l’ordre du jour incluent «des progrès dans la mise en œuvre du processus de zone pilote, le règlement des questions frontalières en suspens, la garantie d’un désarmement vérifié du Hezbollah, le démantèlement complet des infrastructures terroristes dans le sud du Liban et la réalisation de progrès concrets vers un accord global de paix et de sécurité».

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Beyrouth a également étoffé la délégation envoyée à Rome : aux côtés de M. Simon Karam figurent l’ambassadrice du Liban à Washington, Nada Moawad ; le directeur des opérations du commandement de l’armée, le général Georges Rizkallah (accompagné de cinq officiers spécialisés) ; le conseiller juridique de la présidence, Antoine Sfeir ; ainsi que l’expert en affaires maritimes Najib Massihi. Côté israélien, M. Leiter est accompagné du conseiller adjoint à la sécurité nationale, Joseph Draznin.

Vives critiques de l’Iran à l’encontre du président Aoun : «Partial et facteur de division»

Dans le contexte actuel, Beyrouth se retrouve pris en étau entre deux fronts, à commencer par la scène politique intérieure, où l’opposition du Hezbollah, soutenu par le mouvement Amal du président du Parlement, Nabih Berri, se fait fortement entendre. Naïm Qassem, haut responsable du groupe chiite pro-iranien, a réitéré aujourd’hui sa ferme opposition à ces pourparlers, affirmant que ce nouveau cycle (le septième en face-à-face) ne ferait qu’apporter au peuple libanais «honte, humiliation et compromissions continues».

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Le successeur du dirigeant historique Hassan Nasrallah, éliminé par Israël en 2024, a violemment critiqué le président libanais Joseph Aoun, déclarant qu’il «n’a pas agi en arbitre ou en facteur d’union, mais s’est montré partisan et facteur de division, ce qui est incompatible avec sa fonction et avec la ‘force du Liban’».

Les raids se poursuivent au Sud-Liban

Alors que les tensions politiques restent vives, la situation sur le terrain demeure extrêmement tendue : les troupes de Tsahal continuent d’opérer au Sud-Liban et ont mené ces derniers jours de nombreux bombardements et destructions dans plusieurs localités, dont certains des raids les plus violents depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu en juin. Parmi les sites ciblés figure le château de Beaufort, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. L’armée israélienne a déclaré avoir utilisé 700 tonnes d’explosifs pour faire sauter un réseau de tunnels souterrains du Hezbollah sous la crête de Beaufort, en représailles à une attaque menée par le groupe chiite pro-iranien contre des soldats de Tsahal, en violation du cessez-le-feu.

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Aoun a dénoncé une «escalade extrêmement dangereuse» et une «menace directe pour le processus de négociation», et les Nations Unies ont également exprimé leur profonde préoccupation face à «l’ampleur des explosions et des démolitions en cours». De son côté, le chef de l’État libanais peut se prévaloir  du succès de sa rencontre à Washington avec le président Donald Trump le 21 juillet. Aucune indication concrète n’a été donnée par le patron de la Maison Blanche, mais celui-ci a multiplié les promesses d’«aide» et une sympathie générale envers le nouveau dirigeant libanais, en fonction depuis un an et demi après une longue impasse politique.

Les incertitudes entre Tel-Aviv et Beyrouth

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a également été reçu par Trump à la Maison Blanche la semaine dernière, lors d’une rencontre très attendue et souhaitée par le dirigeant israélien. Cependant, l’issue de cette rencontre s’est avérée plus incertaine, dans un contexte particulièrement tendu entre les deux alliés.

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Dans ce contexte, de nombreuses incertitudes et obstacles persistent sur la voie des négociations entre les deux pays : tandis que Beyrouth ambitionne d’étendre les zones pilotes, avec la «libération» de villes d’une importance symbolique et matérielle capitale, situées à l’intérieur de la zone tampon délimitée par la Ligne jaune, désignée par Tsahal comme une «frontière temporaire», Israël, de son côté, a déjà clairement indiqué qu’il n’entendait pas procéder à de nouveaux retraits sans des mesures plus décisives de l’armée libanaise contre le Hezbollah.

Des positions toujours difficilement conciliables

Au-delà des considérations de politique intérieure, les négociations demeurent confrontées à un obstacle fondamental : l’écart persistant entre les exigences des deux parties. La position israélienne reste conditionnée à un démantèlement durable des infrastructures militaires du Hezbollah dans le sud du Liban et à son désarmement effectif, présenté comme un préalable indispensable à tout retrait complet de ses forces des zones encore occupées. De son côté, le Liban continue d’inscrire ces discussions dans le cadre de la mise en œuvre des résolutions internationales, tout en devant composer avec les équilibres politiques internes et le poids du Hezbollah sur la scène nationale.

Une date chargée de mémoire

Le lancement de ce nouveau cycle de pourparlers intervient à une date hautement symbolique. Le 4 août marque l’anniversaire de l’explosion qui a ravagé le port de Beyrouth en 2020, faisant plus de 200 morts, des milliers de blessés et détruisant une partie importante de la capitale libanaise.

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Six ans après cette tragédie, dont les conséquences politiques, économiques et institutionnelles continuent de peser sur le Liban, cette coïncidence confère à ces discussions une portée qui dépasse largement le seul cadre sécuritaire.

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Elle rappelle les fragilités persistantes de l’État libanais au moment où celui-ci est appelé à négocier sur l’un des dossiers les plus sensibles de sa souveraineté.

Une délégation qui suscite des interrogations

La composition de la délégation libanaise constitue l’un des principaux sujets de débat. Plusieurs observateurs consultés ce jour relèvent notamment l’absence du ministre des Affaires étrangères, Joe Raggi, pourtant directement concerné par des négociations impliquant la politique extérieure du Liban. Selon ces experts, cette mise à l’écart résulterait d’un arbitrage politique au sommet de l’État, attribué à la volonté du président Joseph Aoun, sous la pression du président du Parlement, Nabih Berri, de conserver la maîtrise du dossier. D’autres y voient également une manière d’écarter un ministre appartenant au bloc parlementaire du parti des Forces libanaises (FL), dirigé par le principal pilier des souverainistes, Samir Geagea, dont les prises de position en faveur d’un désarmement complet du Hezbollah sont régulièrement au cœur du débat politique national. Si ces interprétations restent sujettes à controverse, elles illustrent les profondes rivalités institutionnelles et partisanes qui entourent la conduite de ce dossier stratégique.

Entre tentative de gestion de risque et un règlement durable

À ce stade, ce nouveau cycle de pourparlers apparaît davantage comme une tentative de gestion des risques que comme le prélude à un règlement durable. Entre les divisions internes libanaises, les exigences sécuritaires israéliennes et les rapports de force régionaux, les marges de compromis restent étroites. La portée symbolique du 4 août rappelle néanmoins qu’au-delà des considérations diplomatiques et militaires, l’enjeu demeure celui de la stabilité d’un Liban toujours confronté aux séquelles de ses crises successives et à la nécessité de réaffirmer (et de réformer) l’autorité de l’État face aux défis sécuritaires et institutionnels.

Par Léa P.

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