(Rome, 25 mai 2026). Entre flou diplomatique, menace nucléaire et bataille pour le contrôle du détroit d’Ormuz, l’accord esquissé entre Washington et Téhéran laisse ouvertes toutes les questions essentielles. La trêve n’est pour l’heure qu’une promesse. Car derrière les annonces, se cachent des questions explosives : où est l’uranium enrichi, qui contrôle vraiment le pouvoir à Téhéran et jusqu’où l’Iran entend-il imposer sa loi à Ormuz ? Peu de certitudes concernant le dossier libanais
D’un accord «largement finalisé» samedi après-midi à un accord à conclure «sans précipitation» dimanche matin. Les revirements de Donald Trump en l’espace de vingt-quatre heures illustrent à eux seuls les nombreuses incertitudes qui entourent l’entente censée conduire les États-Unis et l’Iran vers une trêve de 30 à 60 jours. Les principales interrogations portent à la fois sur la menace nucléaire iranienne, sur laquelle Donald Trump prétend avoir décidé d’attaquer le 28 février, et le détroit d’Ormuz, sur lequel Téhéran maintient un blocus susceptible de déclencher une crise mondiale similaire à celle de 2008. Mais derrière ces deux principales inconnues se cachent beaucoup d’autres, à commencer par la question du pouvoir en Iran. Autrement dit, dans le contexte flou créé par l’élimination du Guide suprême, qui ratifiera l’accord avec les États-Unis ? D’autres zones d’ombre concernent le rôle de la Chine dans la région, celui d’Israël et le sort du Liban, pays en proie à des troubles, explique Gian Micalessin dans «Il Giornale».
La question nucléaire
Il s’agit du sort des 440 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 % encore détenus par l’Iran après les bombardements américains qui ont mis fin à la «Guerre des Douze Jours» en juin 2025. Or, ce matériau serait aujourd’hui enfoui sous les décombres recouvrant les tunnels souterrains du site nucléaire d’Ispahan. Selon Washington, Téhéran est disposé à remettre l’uranium enrichi, mais à des conditions encore à définir, lors de la seconde phase des négociations. Cependant, selon des sources à Téhéran, le mémorandum d’entente actuel ne comporte aucun engagement sur cette question nucléaire, qui ne sera abordée que dans les 30 à 60 prochains jours. Bien que, selon Trump, la question nucléaire iranienne soit le véritable «casus belli», elle demeure sans solution. Sur le plan intérieur américain, cette ambiguïté risque de se transformer en piège politique pour un président qui a toujours affirmé être entré en guerre pour empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire.
L’incertitude d’Ormuz
L’Iran a pour sa part assuré son intention de rouvrir le détroit d’Ormuz au transit dès la signature de l’accord. Mais le régime ne semble pas prêt à abandonner le rôle qu’il s’est lui-même attribué de puissance régulatrice du passage maritime.
Ce rôle est contraire aux principes de la liberté de navigation, qui interdisent à un État de dicter ses propres règles de passage dans un détroit international ou de percevoir des droits de transit.
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Pourtant, ces dernières semaines, le Parlement iranien a adopté une loi conférant à la République islamique le rôle d’autorité compétente pour le transit à Ormuz. Hier, dimanche, Mohsen Rezaei, ancien conseiller du défunt Guide suprême Ali Khamenei, a expliqué que la gestion du détroit est un «droit légal». Pendant ce temps, certains médias proches du régime iranien relancent l’idée de faire payer à des groupes comme Google, Meta et Microsoft une forme de redevance pour le passage, via le détroit d’Ormuz, des câbles sous-marins qui acheminent quotidiennement des milliards de dollars de transactions financières.
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Israël et le Liban
Benyamin Netanyahu, exclu des négociations avec Téhéran, continue de réaffirmer sa volonté de maintenir l’initiative militaire au Liban. Il refuse de la subordonner à un quelconque accord entre les États-Unis et l’Iran. Téhéran, quant à lui, maintient que l’accord avec les États-Unis doit inclure la fin des frappes contre le Hezbollah et toutes ses milices chiites mandataires au Moyen-Orient.
Le mystère Mojtaba Khamenei
Selon des responsables américains cités par Axios, «le Guide suprême Mojtaba Khamenei a approuvé le cadre général de l’accord». Mais en réalité, nul ne sait avec certitude si Khamenei junior est en vie. Et encore, s’il est en mesure d’exercer un pouvoir effectif. Reste donc une question centrale : qui détient aujourd’hui les véritables leviers du pouvoir en Iran ? En bref, on ignore même qui est l’autorité iranienne chargée de ratifier un éventuel accord avec les États-Unis.
Le rôle de Pékin
Longtemps périphérique au Moyen-Orient, la Chine acquiert une place stratégique grâce à la réorientation du commerce iranien. Les flux commerciaux de Téhéran transitent de moins en moins par les ports émiratis, mais davantage par celui de Gwadar au Pakistan. Ce port construit et exploité par la Chine dans le cadre des projets de la Route de la Soie, confère à Pékin une influence croissante dans l’équilibre régional.
Conclusion :
- Washington sous pression
À la Maison-Blanche, Donald Trump joue désormais une partie risquée. En présentant l’intervention militaire contre l’Iran comme une opération destinée à neutraliser définitivement la menace nucléaire, le président américain s’est exposé à un possible retour de bâton politique. Car si les stocks d’uranium enrichi demeurent intacts ou hors de contrôle, l’opinion publique américaine pourrait rapidement considérer cette guerre éclair comme un succès inachevé, voire comme une démonstration de faiblesse diplomatique.
- Ormuz, une ligne rouge mondiale
Autre point de friction majeur : le détroit d’Ormuz. Contrairement au canal de Suez (infrastructure nationale administrée par l’Égypte) Ormuz relève du droit international et des principes de libre navigation. La volonté iranienne d’y imposer une autorité financière apparaît dès lors inacceptable pour les puissances occidentales comme pour les grandes économies asiatiques dépendantes des flux énergétiques du Golfe. Sur ce point, aucune ambiguïté ne semble tolérable : transformer Ormuz en levier géopolitique permanent reviendrait à placer l’économie mondiale sous menace constante.
- Netanyahu poursuit sa guerre
À Jérusalem, Benyamin Netanyahu ne paraît d’ailleurs accorder qu’un crédit limité à un accord encore dépourvu de détails concrets. Exclu des négociations, le Premier ministre israélien continue d’affirmer que la campagne militaire contre le Hezbollah se poursuivra indépendamment des discussions entre Washington et Téhéran. Pour Israël, la priorité reste l’achèvement définitif de l’axe pro-iranien au Liban (les miliciens du parti de Dieu), même au risque de fragiliser davantage une trêve déjà précaire.
- Le pari stratégique de Pékin
En arrière-plan, la Chine avance avec discrétion. Le basculement progressif du commerce iranien vers le port pakistanais de Gwadar, au détriment des infrastructures portuaires des Émirats arabes unis longtemps utilisées par Téhéran lors du déclenchement des Sanctions, révèle une recomposition stratégique de grande ampleur. Selon les experts, Pékin sécurise ainsi un corridor commercial directement intégré aux Nouvelles Routes de la soie, tout en renforçant son influence sur l’océan Indien et les voies énergétiques du Golfe. Un analyste italien affirme que «derrière la crise irano-américaine, c’est donc aussi une nouvelle bataille d’influence mondiale qui se dessine».