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Iran : Narges Mohammadi, Prix Nobel de la paix entre la vie et la mort, son cas suscite une vive émotion

(Rome, 03 mai 2026). Entre la vie et la mort, la prix Nobel iranienne Narges Mohammadi cristallise une nouvelle vague d’indignation internationale. Hospitalisée d’urgence après une grave crise cardiaque, la dissidente est au cœur d’accusations visant les autorités iraniennes, accusées d’avoir retardé ses soins malgré un état critique devenu alarmant. Un combat qui dépasse le simple enjeu de sa survie

La course contre la montre pour sauver la vie de Narges Mohammadi a remis la question des droits humains en Iran au cœur du débat international. Détenue depuis des mois à la prison de Zanjan, la dissidente a été transportée d’urgence à l’hôpital suite à une grave dégradation de son état de santé : selon sa famille et la fondation qui porte son nom, elle serait en danger de mort, explique Francesca Salvatore dans «Il Giornale».

Les informations convergent vers un tableau clinique extrêmement critique, aggravé par des mois de soins inadéquats et des retards dans l’accès à un traitement spécialisé, dénoncent ses proches. Selon ses avocats, qui lui ont rendu visite, elle aurait été victime d’un infarctus fin mars. À cette époque, elle apparaissait pâle, amaigrie et avait besoin d’une infirmière pour marcher.

État critique et hospitalisation d’urgence

Vendredi, sa famille a annoncé que la femme, âgée de 54 ans, avait été transférée depuis la prison située dans le nord-ouest de l’Iran vers un hôpital local, qualifiant ce transfert de «dernière minute» et potentiellement fatal. Mohammadi aurait été transférée à l’hôpital de Zanjan après plusieurs épisodes de perte de connaissance et un infarctus.

La fondation familiale décrit une «détérioration catastrophique» et indique que l’activiste se trouve en soins intensifs cardiologiques, avec des paramètres instables et sous assistance en oxygène.

La presse internationale confirme également la gravité de la situation : Mohammadi a subi un grave infarctus, accompagnée d’une perte de connaissance et chute dangereuse de sa tension artérielle. Son frère, qui vit en Norvège, a déclaré samedi à la BBC que «sa tension artérielle a chuté de façon dramatique et ils n’ont pas réussi à la stabiliser».

Les accusations : soins refusés et responsabilité des autorités iraniennes

L’affaire a pris une forte dimension politique. Des membres de sa famille, des avocats et des organisations de défense des droits humains accusent les autorités iraniennes de lui avoir refusé des soins adéquats depuis des mois, contribuant ainsi à la détérioration de son état de santé.

Ils dénoncent notamment le refus de la transférer dans un établissement spécialisé de Téhéran, où elle pourrait être prise en charge par son équipe médicale.

Le président du Comité Nobel norvégien a lancé un appel direct : sans soins appropriés, sa vie est entre les mains des autorités iraniennes. La famille est encore plus catégorique : maintenir Mohammadi en prison, dans les conditions actuelles, équivaut à une condamnation à mort.

L’affaire Mohammadi et la pression internationale sur Téhéran

L’hospitalisation de la lauréate du prix Nobel ravive les tensions entre l’Iran et la communauté internationale concernant le respect des droits fondamentaux. Mohammadi est une figure emblématique de la lutte pour les droits des femmes et contre la peine de mort dans le pays.

En 2021, elle a commencé à purger une peine de 13 ans pour «activités de propagande contre l’État» et «collusion contre la sûreté de l’État», accusations qu’elle a toujours rejetées. En décembre 2024, elle a bénéficié d’une libération temporaire pour raisons de santé de la tristement célèbre prison d’Evin à Téhéran.

Arrêtée de nouveau en décembre 2025, elle a été condamnée à plusieurs années de prison supplémentaires après avoir été reconnue coupable d’«association de malfaiteurs et de complot» ainsi que d’«activités de propagande», selon son avocat.

  • Une indignation qui dépasse le cas Mohammadi

L’affaire Mohammadi provoque aujourd’hui une vague de colère bien au-delà des frontières iraniennes. Pour de nombreux Iraniens, mais aussi pour les défenseurs des droits humains à travers le monde, son état symbolise une dérive plus profonde : celle d’un pouvoir accusé de traiter avec mépris la dignité de ses propres citoyens, y compris lorsqu’il s’agit d’un droit fondamental comme l’accès aux soins.

Le refus présumé d’une prise en charge médicale rapide et adaptée choque, d’autant plus qu’il touche une femme devenue l’une des voix les plus connues de la lutte pour les libertés et les droits des femmes en Iran. Aux yeux de ses soutiens, laisser une détenue gravement malade attendre jusqu’à l’urgence vitale avant d’intervenir revient à transformer la privation de soins en instrument de pression politique.

Dans les réactions internationales, nombreux sont ceux qui dénoncent non seulement le traitement réservé à Mohammadi, mais aussi un système où l’état de santé des prisonniers peut devenir secondaire face aux impératifs sécuritaires et idéologiques. Cette indignation nourrit une pression croissante sur Téhéran, appelé à respecter des principes considérés comme universels : protéger la vie humaine, garantir des soins médicaux décents et préserver la dignité des détenus, quelles que soient leurs opinions politiques.

  • Un régime de plus en plus isolé sur la scène internationale

Au-delà de l’émotion suscitée par le sort de Narges Mohammadi, l’affaire pose une question plus large : quelle crédibilité internationale peut encore espérer conserver un régime régulièrement accusé de bafouer les droits les plus élémentaires de sa propre population ? Selon un spécialiste iranien en exil, le traitement réservé à la dissidente iranienne alimente l’image d’un pouvoir prêt à employer des méthodes jugées brutales et archaïques pour faire taire toute voix critique.

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