(Rome, 02 mai 2026). Alors que Washington accélère ses ventes d’armements aux monarchies du Golfe dans un contexte de fortes tensions régionales, plusieurs pays européens font face à d’importants retards dans la livraison de systèmes américains, notamment les missiles Patriot. Une situation qui touche également la Suisse, déjà reléguée derrière l’Ukraine dans l’ordre des priorités américaines. Le département d’État américain a approuvé la vente de missiles Patriot au Qatar pour 4 milliards de dollars. L’Europe doit s’attendre à de longs retards dans les livraisons d’armes américaines, selon le Financial Times
Vente accélérée au Qatar
Le secrétaire d’État Marco Rubio a estimé que la situation d’urgence dans ce pays du Golfe nécessitait une action immédiate et a donc renoncé à l’examen préalable du Congrès, a indiqué le département d’État américain, comme le rapporte l’agence «Blue News».
Les détails des contrats approuvés
Les approbations comprennent :
- 4,01 milliards de dollars pour des services de soutien à la défense aérienne et antimissile Patriot pour le Qatar :
- 992,4 millions de dollars pour des systèmes d’armes de précision avancés (APKWS).
D’autres pays concernés au Moyen-Orient
L’accord concerne également d’autres pays susceptible d’être pris pour cibles par les représailles de Téhéran dans le contexte du conflit au Moyen-Orient.
Le Koweït a reçu l’autorisation d’acquérir un système de commandement et de contrôle intégré d’une valeur de 2,5 milliards de dollars, tandis qu’Israël a reçu l’autorisation d’acquérir des APKWS d’une valeur de 992,4 millions de dollars.
Les Émirats arabes unis ont aussi reçu l’autorisation d’acquérir le système APKWS pour 147,6 millions de dollars.
L’Europe confrontée à des retards
Parallèlement, les États-Unis ont déjà averti leurs alliés européens, notamment le Royaume-Uni, la Pologne, la Lituanie et l’Estonie, qu’ils devaient s’attendre à d’importants retards dans les livraisons d’armes. Le Financial Times a rapporté que le Pentagone a informé les alliés de prévoir de «sérieux retards» dans la livraison de certains systèmes de missiles.
Ces retards sont en partie liés aux inquiétudes concernant le niveau des stocks d’armes américains, compte tenu des volumes importants de missiles et de munitions utilisés dans la guerre en Iran.
Un analyste italien rappelle que «cette évolution souligne les tensions croissantes entre engagements globaux des États-Unis, impératifs industriels de défense et attentes de leurs partenaires occidentaux».
La Suisse également touchée
La fourniture des systèmes Patriot américains est également une source de vive préoccupation pour la Suisse. Washington a déjà reporté les livraisons à la Suisse de plusieurs années, en donnant la priorité à l’Ukraine. La priorité semble être, désormais, accordée aux pays du Golfe.
C’est précisément parce que les alliés européens restent solidement ancrés dans le camp occidental que Washington peut se permettre de les faire patienter davantage. À l’inverse, les monarchies du Golfe disposent aujourd’hui d’une marge de manœuvre diplomatique beaucoup plus large et pratiquent un équilibre entre plusieurs grandes puissances. Pour les États-Unis, le risque stratégique n’est donc pas le même.
- Une redistribution des priorités stratégiques américaines
Cette série d’accords illustre clairement le recentrage des priorités américaines au Moyen-Orient, dans un contexte marqué par les tensions avec l’Iran et les risques de déstabilisation régionale. «En accélérant les ventes d’armes au Qatar, au Koweït, à Israël et aux Émirats arabes unis, Washington cherche à renforcer rapidement les capacités défensives de ses partenaires du Golfe», estime un officier (Ret.) italien.
- La montée en puissance de la Chine et de la Russie
La Chine est devenue un acteur économique majeur dans le Golfe et développe progressivement une coopération sécuritaire et technologique avec plusieurs monarchies de la région.
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Les États du Golfe pratiquent aujourd’hui une diplomatie dite «multi-alignée» : ils coopèrent avec Washington, Pékin et parfois Moscou simultanément. Les États-Unis cherchent donc à éviter que cette diversification ne s’étende trop au domaine militaire stratégique.
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