(Rome, 17 avril 2026). Dans un contexte de tensions persistantes au Moyen-Orient et d’enjeux cruciaux pour l’approvisionnement énergétique mondial, la sécurisation du détroit d’Ormuz s’impose comme une priorité internationale. Aux côtés de la France et du Royaume-Uni, l’Italie se dit prête à contribuer à une mission navale multinationale, sous réserve d’un accord parlementaire, afin de garantir la liberté de navigation dans ce passage stratégique par lequel transite une part essentielle du commerce mondial
L’engagement italien dans une mission internationale
L’Italie «est prête à jouer son rôle» dans l’initiative multinationale pour le détroit d’Ormuz, notamment en y déployant ses propres navires. «Bien entendu, sous réserve de l’autorisation parlementaire nécessaire», a déclaré la Première ministre Giorgia Meloni. Le Premier ministre britannique Keir Starmer et le Président français Emmanuel Macron, avec d’autres dirigeants, ont annoncé conjointement depuis Paris le lancement des préparatifs d’une mission internationale visant à garantir la sécurité de la navigation dans le détroit d’Ormuz, soulignant la nécessité d’une réouverture «durable et praticable» de cette voie maritime essentielle au commerce mondial. Emmanuel Macron a précisé que Paris et Londres ont «déjà entamé une coordination» afin de créer une mission «neutre, totalement indépendante de toute partie belligérante», avec pour objectif de «soutenir et sécuriser les navires marchands» dans le Golfe. Il a également annoncé la tenue d’une réunion opérationnelle à Londres la semaine prochaine, comme le rapporte Tommaso Manni dans le quotidien italien «Il Tempo».
Une mission défensive et internationale
Keir Starmer a indiqué que les deux pays mèneront cette initiative, à laquelle «plus d’une douzaine de pays» se sont déjà engagés à contribuer avec des moyens. «Il s’agira d’une mission strictement pacifique et défensive visant à rassurer le trafic commercial et à appuyer les opérations de déminage», a-t-il déclaré. «La réouverture du détroit est une nécessité et une responsabilité mondiales : nous devons relancer les flux énergétiques et commerciaux, réduire les prix pour les citoyens et rétablir la paix et la stabilité», a ajouté le Premier ministre britannique.
Un enjeu central pour le Moyen-Orient
La réouverture du détroit d’Ormuz «constitue un élément essentiel à toute solution au conflit du Moyen-Orient», a souligné la Première ministre italienne Giorgia Meloni. «L’importance de la réouverture d’Ormuz dans le processus de négociation est particulièrement évidente au vu des récents développements», a-t-elle ajouté, faisant référence aux annonces de l’Iran concernant la réouverture du détroit en réponse au cessez-le-feu au Liban, et plus précisément à la période de cessez-le-feu négociée entre les États-Unis, l’Iran et Israël. La liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz «est une question absolument centrale pour notre pays, pour l’Europe et pour la communauté internationale dans son ensemble». Cette objectif «nécessite un effort multidimensionnel : diplomatique, sécuritaire et même humanitaire, notamment en pensant aux marins bloqués dans le Golfe et aux pays directement touchées par la crise. Dans tous ces domaines, l’Italie est prête à faire sa part».
Contribution navale et conditions
L’Italie, a déclaré la Première ministre, se dit «prête à mettre ses unités navales à disposition, sous réserve de l’autorisation parlementaire nécessaire conformément à nos règles constitutionnelles», dans le cadre de l’initiative multinationale émergente pour la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz. Une telle présence internationale dans ce détroit «ne pourra être mise en œuvre qu’après la cessation des hostilités», a-t-elle précisé, «en coordination avec tous les acteurs régionaux et internationaux et dans une optique exclusivement défensive», a souligné Mme Meloni, notant qu’un «plein consensus» s’était dégagé sur ce point lors de la réunion. Cet engagement s’inscrirait «dans la continuité du travail que nous avons déjà accompli pour défendre la liberté de navigation», a-t-elle rappelé, en évoquant les opérations européennes «Aspides» et «Atalanta». De son côté, l’Italie mène «une importante action de planification au niveau national».
Un enjeu économique mondial majeur
«Il s’agit manifestement d’affirmer un principe fondamental du droit international, un principe qui s’applique au détroit d’Ormuz et, de toute évidence, à tout autre passage dont dépendent les chaînes d’approvisionnement mondiales», a poursuivi Meloni. «Mais c’est aussi une question d’une importance économique considérable», a-t-elle ajouté, soulignant qu’environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié transite par le détroit d’Ormuz, ainsi que d’importantes quantités d’engrais, «un autre enjeu fondamental dont dépend la sécurité alimentaire de millions de personnes, notamment dans les contextes les plus fragiles».
Un repositionnement stratégique de Rome
Le choix de Giorgia Meloni de s’aligner sur ses partenaires européens plutôt que de suivre la ligne de Donald Trump s’explique par plusieurs facteurs. D’une part, Rome cherche à réaffirmer son ancrage au sein de l’Union européenne et à éviter un isolement diplomatique sur un dossier aussi sensible que la sécurité énergétique. De l’autre, la dépendance italienne (et plus largement européenne) aux flux transitant par le détroit d’Ormuz pousse à privilégier une approche collective et stabilisatrice plutôt qu’une posture unilatérale. Ce repositionnement traduit aussi une volonté de crédibiliser Rome comme acteur responsable sur la scène internationale.
Une initiative franco-britannique sous contrainte
L’initiative portée par Emmanuel Macron et Keir Starmer apparaît, sur le papier, comme une réponse pragmatique pour sécuriser une artère vitale du commerce mondial. Toutefois, sa viabilité reste conditionnée à un élément clé : l’évolution des tensions entre Washington et Téhéran. En l’absence d’un règlement durable ou d’un cessez-le-feu solide, le risque est réel de voir cette mission perçue comme une prise de position implicite, malgré son ambition affichée de neutralité. Cela pourrait compliquer son déploiement et limiter l’adhésion de certains acteurs internationaux.