(Rome, 12 avril 2026). Après 21 heures de négociations intenses au Pakistan, les discussions entre l’Iran et les États-Unis se sont soldées par un nouvel échec. En cause : des divergences profondes sur le nucléaire, le contrôle du détroit d’Hormuz et l’influence régionale de Téhéran, révélant une fracture diplomatique désormais difficile à combler. L’échec des pourparlers confirme la détérioration structurelle des relations entre les deux pays, malgré le fait qu’ils aient constitué une étape importante depuis 1979
La très attendue session de négociations entre l’Iran et les États-Unis s’est une nouvelle fois soldée par un échec, après environ 21 heures de discussions au Pakistan. Les négociations ont achoppé sur trois points clés : le programme nucléaire iranien, le contrôle stratégique du détroit d’Ormuz et le rôle régional de Téhéran, notamment à travers ses alliés au Liban et au sein de ce qu’on appelle l’«Axe de la Résistance», écrit Francesca Salvatore dans «Il Giornale».
Cet échec reflète une fracture structurelle désormais bien établie : Washington et Téhéran ne s’accordent même plus sur les conditions minimales de toute négociation. Le vice-président américain J.D. Vance a déclaré que Téhéran avait refusé d’accepter les conditions de Washington après 21 heures de discussions à Islamabad. «La mauvaise nouvelle, c’est que nous n’avons pas trouvé d’accord, et je pense que c’est bien plus mauvais pour l’Iran que pour les États-Unis», a déclaré le chef de la délégation américaine aux journalistes peu avant de quitter le Pakistan.
Parallèlement, le ministère iranien des Affaires étrangères a pour sa part déclaré ce matin que personne ne s’attendait à ce que les négociations avec les États-Unis aboutissent à un accord dès la première session.
Le nœud inconciliable du nucléaire
Le principal point de rupture demeure le programme nucléaire iranien. Les États-Unis insistent sur un «engagement vérifiable et définitif» empêchant l’Iran de développer des capacités nucléaires militaires, notamment par des restrictions sur l’enrichissement d’uranium, les missiles balistiques et son réseau d’alliés régionaux.
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Téhéran, à l’inverse, rejette ces conditions, les qualifiant d’«excessives» et d’incompatibles avec sa souveraineté stratégique. Selon des sources iraniennes, Washington a tenté d’imposer des exigences jugées «maximalistes», sans garantir un allègement clair des sanctions économiques.
Toutefois, sur ce point, Vance a laissé entendre qu’un accord restait possible, déclarant que «nous repartons d’ici avec une proposition très simple : une méthode d’entente qui représente notre offre finale et optimale», ajoutant : «Nous verrons si les Iraniens l’accepteront».
Ormuz, un levier énergétique
Le détroit d’Ormuz représente l’un des points les plus sensibles de l’ensemble de la crise. Téhéran a directement lié la question nucléaire aux conditions de navigation dans le détroit, faisant de cette question un levier de négociation parallèle.
Les pourparlers se sont déroulés alors que deux destroyers lance-missiles de l’US Navy traversaient le détroit, a rapporté un responsable américain, marquant le premier transit de navires de guerre américains depuis le début du conflit avec l’Iran il y a six semaines. Ce responsable, non autorisé à s’exprimer publiquement, a indiqué que cela marquerait le début du processus de réouverture du détroit à la navigation commerciale.
Le Commandement central des États-Unis (CENTCOM) a ensuite souligné avoir entamé des opérations de déminage des eaux iraniennes, les mines étant disséminées dans le détroit. «Aujourd’hui, nous avons entamé le processus de création d’un nouveau corridor et nous partagerons bientôt cette voie maritime sécurisée avec le secteur maritime afin de favoriser la libre circulation des marchandises», a déclaré l’amiral Brad Cooper, commandant du CENTCOM.
Le front régional
Le troisième grand point de blocage concerne la présence régionale de l’Iran, notamment en Méditerranée orientale et au Liban. Les États-Unis et leurs alliés exigent que l’Iran cesse de soutenir les groupes armés alliés, notamment le Hezbollah au Liban, considéré comme un acteur clé de la dissuasion régionale face à Israël.
Téhéran se montre inflexible sur ce point, considérant ses relais comme garantie de sécurité stratégique ainsi qu’un élément d’équilibre face à Israël et aux États-Unis.
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Cela rend les négociations encore plus complexes : la question libanaise est indissociable de la question nucléaire, car elles relèvent de la même architecture de sécurité régionale.
Dans le cadre de son plan de négociation en dix points, Téhéran a exigé la fin des attaques israéliennes contre le Hezbollah comme condition essentielle à tout accord final.
Une surprise affichée côté iranien
Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, s’est dit surpris de voir les discussions échouer dès la première session, soulignant que Téhéran ne s’attendait pas à une rupture aussi rapide. «Une déclaration qui tranche avec la profondeur des divergences observées, et qui laisse entrevoir soit un pari diplomatique mal calibré, une volonté de rejeter la responsabilité de l’échec sur Washington», estime un analyste régional.
Des lignes rouges incompatibles
Au cœur du blocage, les exigences américaines sur le nucléaire, le programme balistique et les réseaux de mandataires régionaux restent perçues par Téhéran comme une atteinte directe à sa souveraineté. Pour la République islamique, ces piliers constituent non seulement des instruments de défense, mais aussi les fondements de sa stratégie d’influence.
Le dossier Hezbollah, point d’inflexibilité
Enfin, le rôle du Hezbollah demeure un point de crispation majeur. Téhéran refuse toute concession sur ce dossier, considérant le mouvement comme un pilier essentiel de sa profondeur stratégique.
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Un expert militaire libanais affirme que «cette position s’est même durcie après l’échec du Hezbollah à imposer un basculement politique au Liban par la force, marqué par une tentative avortée de série d’assassinats de responsables politiques». Dans ce contexte, toute tentative de dissocier la question libanaise du reste des négociations apparaît illusoire.