L'actualité du Proche et Moyen-Orient et Afrique du Nord

L’Iran poursuit ses frappes : les dommages causés aux américains et la solidité de l’arsenal du régime

(Rome, 30 mars 2026). Malgré les frappes israélo-américaines, l’Iran conserve une capacité de nuisance significative. Après plus d’un mois de conflit, Téhéran continue de frapper avec missiles et drones, adaptant sa stratégie pour durer et mettre à l’épreuve les défenses de ses adversaires

Combien de temps l’Iran peut-il encore continuer à frapper dans cette troisième guerre du Golfe ? La République islamique a subi de lourdes pertes lors de l’offensive israélo-américaine, mais après plus d’un mois de conflit, une réalité structurelle s’impose : Téhéran dispose toujours de missiles et de drones lui permettant de frapper Israël, les bases américaines dans le Golfe et les infrastructures économiques et sécuritaires de l’Asie du Sud-Ouest ?, s’interroge Andrea Muratore dans le portail italien «Inside Over».

Au début du conflit, le 28 février dernier, les annonces se sont multipliées. Israël et les États-Unis ont rapidement déclaré, sans confirmation visuelle pour les analystes OSINT, avoir détruit 80 % des lanceurs iraniens, et les prévisions abondaient selon lesquelles la résistance de Téhéran et sa capacité de dissuasion et de riposte ne pourraient durer qu’une semaine et demie au maximum.

L’Iran dispose encore de nombreux missiles

De toute évidence, il n’en a pas été ainsi. Les tirs de missiles et de drones n’ont pas été aussi nombreux que durant les trois premiers jours de guerre, mais ils sont progressivement devenus plus ciblés, plus décentralisés et, surtout, plus efficaces. Après la phase de saturation initiale, Téhéran a cherché à exploiter l’épuisement progressif des réserves d’artillerie et de missiles balistiques antiaériens de ses ennemis et des États de la région. L’analyste militaire Rosemary Kelanic a bien résumé la trajectoire iranienne : d’une allure de coureur de fond, la République islamique est passée à celle d’un marathonien. Dans cette perspective, l’idée d’un épuisement rapide des frappes balistiques iraniennes sous l’effet des frappes est à relativiser.

A lire : L’Iran organise sa défense en vue d’un affrontement avec les États-Unis : les sites nucléaires sous «bouclier»

Les données comparant les tirs de drones et de missiles balistiques depuis le début de la guerre et durant les quatre premières semaines montrent que l’Iran est loin d’avoir épuisé ses stocks de missiles balistiques, tandis que les tirs de drones ont atteint un pic, mais se maintiennent à une moyenne mobile élevée d’environ 100 tirs par jour.

L’analyse des tirs de drones et de missiles iraniens depuis le début du conflit

«Selon des estimations crédibles, les Iraniens possèdent un arsenal de 1.000 à 1.500 missiles balistiques, ainsi que des missiles de croisière et des drones, sans compter un stock de lanceurs-transporteurs et de carburant pour leurs munitions à propergol liquide», a déclaré au «Financial Times» Lynette Nusbacher, ancienne conseillère en renseignement du gouvernement britannique. Elle ne considère pas les capacités de projection de Téhéran comme vaincues, soulignant que «certains des missiles iraniens les plus modernes sont à propergol solide, ce qui les rend plus rapides à lancer et plus fiables. Cela pourrait déjà rendre toute attaque iranienne potentiellement plus meurtrière». Un point important à souligner si l’on envisage la possibilité que les États-Unis cherchent à résoudre le problème militaire par une action cinétique et de force à proximité du territoire contrôlé par Téhéran.

Même une offensive terrestre ferait face aux missiles iraniens

L’hypothèse d’un débarquement pourrait notamment concerner l’île stratégique de Kharg, épicentre de la production pétrolière iranienne, que Trump a déclaré pouvoir être «facilement prise» par les États-Unis, et, où Washington et Tel-Aviv ont déjà mené des frappes contre des infrastructures militaires. De plus, Téhéran contrôle l’île de Larak, située à l’entrée du détroit d’Ormuz, qui en constitue un point d’accès stratégique.

A lire : Le plan américain pour s’emparer de l’île de Kharg : des Marines et des parachutistes

Il y a aussi Abou Moussa, l’île la plus importante de l’archipel des Tounb (Abou Moussa, Grande et Petite Tounb), d’où il serait possible d’établir une zone interdite afin de faciliter le passage des navires en provenance d’Ormuz. Toutes ces options restent cependant suspendues à l’épée de Damoclès d’un éventuel piège de missiles et de drones iraniens. Téhéran pourrait cibler activement les forces navales et les troupes américaines qui tenteraient une telle action, dont la réalisation, sans garantie de neutralisation des défenses de la République islamique, serait pour le moins risquée.

Lire aussi : Iran : engagement des Marines et des moyens amphibies. L’analyse des scénarios de débarquement

Comme l’a déclaré le politologue Vali Nasr : «Plus cette guerre dure, plus l’Iran gagne en influence et plus les calculs stratégiques d’Israël et des États-Unis semblent voués à l’échec». Pour Téhéran, les armes balistiques garantissent la prolongation du conflit et la capacité d’infliger des dommages considérables à ses adversaires, ce qui alourdit le coût du conflit rendant son avenir totalement incertain. Un problème stratégique majeur pour ceux qui pensaient possible un effondrement rapide des capacités de combat de la République islamique.

Des capacités sous pression, entre incertitudes industrielles et relais régionaux fragilisés

Si l’Iran démontre une résilience certaine dans la conduite de ses frappes, des interrogations persistent quant à sa capacité à soutenir l’effort dans la durée. «Les doutes entourant l’accès aux ressources et aux composants nécessaires à la fabrication de nouveaux missiles pourraient, à terme, peser sur le renouvellement de ses stocks et limiter l’intensité de ses opérations», affirme un officier régional (Ret.) sous anonymat.

Le rôle des mandataires régionaux

Parallèlement, l’efficacité de ses mandataires régionaux, tels que les Houthis, apparaît affaiblie. Le Hezbollah, en particulier, a été durablement ébranlé par la perte de nombreux commandants expérimentés, remplacés en partie par des cadres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Si cette reprise en main permet une coordination plus directe avec Téhéran, elle souligne aussi les fragilités d’un réseau d’alliés dont la capacité d’initiative et d’adaptation pourrait s’en trouver réduite face à un conflit qui s’inscrit dans la durée.

Recevez notre newsletter et les alertes de Mena News


À lire sur le même thème