(Rome, 24 mai 2026). Un fragile compromis semble émerger entre Washington et Téhéran après des semaines de tensions régionales. Mais derrière les annonces optimistes de Donald Trump, plusieurs points explosifs restent en suspens : le contrôle du détroit d’Hormuz, les sanctions américaines et surtout le programme nucléaire iranien, qui continue d’inquiéter Israël
Donald Trump : «je ne suis pas pressé»
Le cadre général d’un accord entre les États-Unis et l’Iran pour mettre fin à la guerre a été arrêté, du moins selon les déclarations de Donald Trump samedi soir. Toutefois, aucun texte définitif n’a encore été signé par les parties concernées, rapporte le journal «Il Tempo». Selon certaines rumeurs, cela prendra «plusieurs jours», et le président américain a également déclaré avoir demandé à ses représentants de «ne pas précipiter les choses, car le temps joue en notre faveur».
Une «Déclaration d’Islamabad» en préparation
L’hypothèse, avancée par les médias, est qu’une nouvelle série de négociations aura lieu le 5 juin et que l’accord, présenté sous la forme d’un mémorandum d’entente, pourrait être baptisé «Déclaration d’Islamabad», car il serait annoncé par le Pakistan, principal médiateur dans ce dossier, sans que les parties négociatrices aient besoin d’être présentes. Cependant, plusieurs points de désaccord persistent. L’agence iranienne Tasnim évoque notamment des «clauses» sur lesquelles Washington continuerait de faire obstruction, au risque de compromettre l’ensemble du processus.
Les principales dispositions du projet d’accord
Les agences de presse iraniennes Fars et Tasnim, toutes deux liées aux Pasdaran, ont publié plusieurs éléments du projet de mémorandum. Le texte stipulerait, en premier lieu, un engagement mutuel de non-agression : les États-Unis et leurs alliés s’abstiendraient d’attaquer l’Iran ou ses partenaires régionaux, tandis que Téhéran s’engagerait à s’abstenir de toute frappe préventive contre les intérêts américains ou alliés. De plus, Washington lèverait les sanctions visant le pétrole iranien et la fin des hostilités sur tous les fronts, y compris au Liban. Selon Tasnim, l’accord inclurait également «le retrait des forces de combat américaines de la zone entourant l’Iran».
Le détroit d’Ormuz au cœur des négociations
Le détroit d’Ormuz et le blocus naval américain des ports iraniens devraient être levés dans un délai de 30 jours, et 60 jours seraient consacrés aux négociations sur la question nucléaire. Sur ce dernier point, Tasnim souligne qu’à ce stade, «l’Iran n’a pris aucun engagement et que la question nucléaire n’a absolument pas été abordée». Des précisions sont également apportées concernant la réouverture du détroit d’Ormuz, qui, selon Tasnim, est conditionnée par la levée effective du blocus naval américain et «le respect des autres engagements américains contenus dans le mémorandum d’entente», notamment la libération des avoirs iraniens. Toujours concernant Ormuz, Fars souligne que «d’après les derniers échanges de textes, en cas d’accord, le détroit d’Ormuz restera sous contrôle iranien».
Des signaux contradictoires sur le nucléaire iranien
Cependant, les positions de l’Iran sur l’énergie nucléaire demeurent ambigües : alors que les Gardiens de la révolution iraniens assurent n’avoir pris aucune concession en la matière, certaines sources laissent entendre que Téhéran aurait accepté de renoncer à ses stocks d’uranium hautement enrichi.
Le président Massoud Pezeshkian a déclaré : «Nous sommes prêts à rassurer le monde sur le fait que «nous ne cherchons pas à nous doter de l’arme nucléaire». Pezeshkian a ensuite rappelé que tout accord devait être soumis à l’approbation du Guide suprême Mojtaba Khamenei. Selon des sources américaines, cette validation a déjà été obtenue.
Israël reste méfiant
La question nucléaire préoccupe également le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, qui a fait part de ses inquiétudes hier lors d’un entretien téléphonique avec Trump. «Nous avons convenus que tout accord définitif avec l’Iran devait éliminer la menace nucléaire. Cela implique le démantèlement des installations nucléaires iraniennes et l’élimination des matières nucléaires enrichies de son territoire», a déclaré Netanyahu sur les réseaux sociaux.
Le Liban toujours sous tension
Le Premier ministre israélien a également rejeté l’idée d’inclure un cessez-le-feu au Liban dans le mémorandum. La trêve, déjà en vigueur et signée par les gouvernements de Tel-Aviv et de Beyrouth, est violée quotidiennement par le Hezbollah et l’armée israélienne, dont les raids continuent de faire des victimes civiles, notamment des secouristes se rendant sur les lieux des attaques.
- Une négociation sous pression permanente
Le report des pourparlers au 5 juin alimente de nombreuses interrogations diplomatiques. Officiellement, il s’agirait de finaliser les derniers détails techniques du mémorandum. Mais dans les cercles stratégiques, certains observateurs y voient une possible manœuvre de Donald Trump visant à maintenir l’Iran dans une dynamique de confiance provisoire tout en conservant l’option militaire comme levier de pression.
La déclaration du président américain (affirmant ne pas être «pressé») peut être interprétée comme le signe d’une stratégie de négociation fondée sur l’usure et le rapport de force. En laissant entendre qu’un accord est proche, Washington pourrait chercher à éviter une escalade immédiate tout en gardant la possibilité de reprendre des frappes ciblées afin d’obtenir davantage de concessions, notamment sur le nucléaire et sur l’influence régionale de Téhéran.
- Le Liban, maillon explosif des discussions
L’insistance iranienne à associer le dossier libanais aux négociations régionales suscite de fortes inquiétudes à Beyrouth comme à Tel Aviv. Pour Téhéran, le Hezbollah demeure un levier stratégique essentiel dans l’équilibre régional face à Israël.
Du côté israélien, cette équation est perçue comme une menace directe. Le Premier ministre Benyamin Netanyahu refuse qu’un éventuel compromis avec l’Iran permette au Hezbollah de sortir renforcer politiquement ou militairement.
Dans ce contexte, certains analystes n’excluent pas qu’Israël envisage une opération d’ampleur destinée à affaiblir durablement, voire à «décapiter», la chaîne de commandement du Hezbollah si Tel-Aviv estime qu’un accord américano-iranien risque de consolider l’axe pro-iranien au Liban.
- Le détroit d’Ormuz : un verrou stratégique mondial
La question du contrôle du détroit d’Ormuz demeure sans doute le point le plus sensible du futur accord. Passage vital pour une part considérable des exportations mondiales de pétrole et de gaz, Ormuz représente un enjeu stratégique dépassant largement le cadre du conflit irano-américain.
L’idée de laisser ce corridor maritime sous contrôle iranien inquiète de nombreuses puissances occidentales et asiatiques. Les marchés redoutent qu’en cas de nouvelle crise, Téhéran ne puisse utiliser le détroit comme instrument de pression géopolitique, provoquant une flambée des prix de l’énergie et des perturbations majeures dans le commerce mondial.
- Entre diplomatie fragile et risque d’escalade
À ce stade, le projet d’accord apparaît donc moins comme une paix définitive que comme une tentative de gel temporaire des tensions. «Derrière les annonces diplomatiques», affirme un expert italien, «subsistent des divergences profondes sur le nucléaire iranien, le rôle régional du Hezbollah et la sécurité énergétique mondiale».