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Liban : Beyrouth sous frappes, Israël étend le théâtre des opérations

(Rome, 19 mars 2026). Sous le feu de frappes israéliennes de plus en plus intenses, Beyrouth et le sud du Liban s’enfoncent dans une nouvelle phase du conflit. Au-delà de l’objectif affiché de contenir Hezbollah, l’offensive semble redessiner les équilibres territoriaux et politiques, au risque de plonger durablement le pays dans une crise profonde

Une escalade militaire qui redessine le conflit

Les récentes frappes israéliennes sur Beyrouth et le sud du Liban marquent une escalade qui dépasse le simple objectif d’endiguer le Hezbollah et semble viser à redessiner la géographie du conflit. Le bombardement du centre de la capitale et la destruction systématique des ponts sur le fleuve Litani témoignent d’une stratégie destinée à rompre la continuité territoriale, à isoler des zones entières et à préparer le terrain pour une possible présence militaire prolongée, écrit Giuseppe Gagliano dans son décryptage dans le portail italien «Notizie Geopolitiche».

Beyrouth, une capitale sans zones sûres

Frapper des quartiers centraux et densément peuplés comme Bachoura, Basta et Zqaq al-Blat revêt une forte portée symbolique et politique. Plus aucune zone de Beyrouth ne semble à l’abri, et le message est clair : le Hezbollah ne disposera plus de refuges urbains, tandis que l’État libanais révèle son incapacité à protéger la capitale.

Une guerre qui touche aussi les médias

L’offensive affecte également le tissu civil et médiatique. L’élimination de Mohammad Cherri, cadre de la chaîne du Hezbollah, Al-Manar, illustre comment la guerre vise non seulement les cibles militaires, mais aussi les personnes liées à la propagande du conflit, rendant de plus en plus floue la frontière entre cibles militaires et politiques. L’absence d’avertissement préalable lors des attaques urbaines amplifie le traumatisme de la population, déjà fragilisée par des déplacements massifs et des conditions d’extrême vulnérabilité.

Le Litani, ligne stratégique et fracture territoriale

Au sud, le fleuve Litani joue un rôle stratégique en servant de ligne de démarcation. La destruction des ponts entrave les mouvements des miliciens du «Parti de Dieu», Hezbollah, et affecte le quotidien des civils, limitant les transports, l’approvisionnement et les voies d’évacuation. Parallèlement, les attaques contre les infrastructures, comme les stations-service, visent à affaiblir le réseau logistique et à accroître la pression sur l’ensemble de la société libanaise.

Le spectre d’une nouvelle occupation

Dans le même temps, la crainte d’une nouvelle occupation du sud grandit. Les opérations militaires, les ordres d’évacuation et l’intensification des incursions rappellent les scénarios vécus entre 1982 et 2000, alimentant les craintes d’une présence israélienne durable.

Un conflit inscrit dans une dynamique régionale

Le conflit s’inscrit dans un contexte régional plus large, le Liban étant devenu un théâtre d’affrontements entre Israël et l’axe pro-iranien.

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Chaque attaque contre Beyrouth prend ainsi une dimension qui dépasse les frontières nationales, tandis que le prix payé par le pays s’alourdit rapidement en termes de victimes, de déplacés et de destructions.

Un pays pris dans une spirale de guerre

La stratégie israélienne cible sévèrement le Hezbollah, mais risque d’entraîner le Liban tout entier dans une crise profonde et durable.

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L’État libanais, de plus en plus marginalisé et incapable d’agir, se retrouve pris au piège dans une spirale de guerre qui mine sa stabilité et sa cohésion.

Vers une guerre étendue et durable ?

La logique de dissuasion semble désormais dépassée. Les bombardements des centres urbains, la destruction des infrastructures et l’impact sur la population laissent présager une escalade du conflit en une guerre étendue, où le territoire et la société libanaise deviennent des éléments centraux de l’affrontement.

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Le risque est celui d’une fracture durable, le Sud se retrouvant pris entre la dévastation, l’isolement et un conflit voué à s’enliser.

Des tensions internes exacerbées

Parallèlement, les déplacements massifs de populations, notamment chiites vers des régions à majorité chrétienne, font émerger de nouvelles tensions internes. L’accueil de ces déplacés, déjà fragiles, pourrait être mis à l’épreuve par des incompréhensions, voire des provocations de la part de ces derniers, risquant d’alimenter un climat de méfiance et de désordre au sein d’un pays déjà profondément fragmenté.

Le spectre d’une escalade majeure

Le risque de l’intervention terrestre israélienne apparaît de plus en plus concret. Dans ce contexte, le refus persistant de Hezbollah de déposer les armes le place en confrontation non seulement avec Tsahal, mais aussi avec les autorités libanaises, accentuant son positionnement en marge du cadre étatique. Cette dynamique renforce les arguments en faveur d’une intensification du conflit.

Un État libanais affaibli et marginalisé

Enfin, la crise met en lumière l’incapacité persistante de l’État libanais à exercer pleinement son autorité.

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L’influence de Hezbollah au sein des institutions affaiblit leur crédibilité et limite leur capacité d’action, laissant le pays exposé à des dynamiques qui le dépassent. Dans ce contexte, le Liban apparaît plus que jamais vulnérable, pris entre pressions extérieures et fractures internes.

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