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Iran : Tulsi Gabbard contredit Donald Trump, «Téhéran ne visait pas l’enrichissement de l’uranium»

(Rome, 18 mars 2026). À Washington, une audition au Sénat met en lumière un profond décalage entre les déclarations de Donald Trump et les évaluations du renseignement américain. La directrice du renseignement national, Tulsi Gabbard, affirme que l’Iran, bien qu’affaibli par les frappes de juin 2025, n’a pas relancé son programme nucléaire. Des propos qui fragilisent la justification officielle de l’offensive américaine et relancent le débat sur la réalité de la menace iranienne. «Le régime est affaibli, mais intact et pourrait développer un missile balistique intercontinental d’ici 2035»

Une fracture politique à Washington

L’Iran a été frappé, mais ne s’est pas effondré. Et surtout, selon les services de renseignement américains, il n’a pas repris son programme nucléaire après les attaques de juin 2025. Ce raisonnement, avancé lors de l’audition au Sénat par la directrice du renseignement national, Tulsi Gabbard, révèle une importante fracture politique à Washington, remettant en question le discours de la Maison Blanche et de Donald Trump pour justifier l’opération «Epic Fury» menée contre l’Iran, en coordination avec Israël, tel que rapporté par le journal «Il Fatto Quotidiano».

Un régime affaibli mais toujours debout

Devant les sénateurs, Tulsi Gabbard a dressé un constat clair : «L’Iran devra reconstruire son armée s’il survit à la guerre». Cette déclaration résume l’évaluation des services de renseignement américains : la République islamique a été durement touchée, mais ses structures politiques restent intactes. «Le gouvernement de Téhéran est intact», a-t-elle précisé, bien qu’«il soit considérablement affaibli par les attaques contre ses dirigeants et ses capacités militaires».

Ces déclarations corrigent, voire contredisent, l’interprétation du président américain quant à l’évolution de la guerre. Lors d’un événement dans le Kentucky le 11 mars, Trump a déclaré : «Nous avons gagné la guerre contre l’Iran en une heure». Pourtant, dans des communications officielles entre le 16 et le 17 mars, le magnat a affirmé que le régime de Téhéran avait été «détruit».

Le dossier nucléaire au centre des tensions

Le point le plus sensible de l’audition concerne toutefois la question nucléaire. Gabbard a déclaré qu’après l’opération «Midnight Hammer» menée en juin 2025, «le programme d’enrichissement nucléaire iranien avait été détruit» et, plus important encore, qu’«aucune tentative de reconstruction de leurs installations n’a été entreprise depuis». Cette évaluation contredit directement la justification invoquée par Trump pour lancer l’opération «Epic Fury».

Des déclarations controversées de Trump

Le locataire de la Maison Blanche avait en effet justifié l’escalade en affirmant que Téhéran rétablissait rapidement ses capacités stratégiques. Le mercredi 4 mars, lors de la signature du «pacte pour la protection des contribuables» à la Maison Blanche, Donald Trump a déclaré que l’Iran était à deux semaines de se doter de l’arme nucléaire. «Si nous n’avions pas frappé dans les deux semaines, ils auraient eu l’arme nucléaire», a-t-il affirmé. Et Trump d’ajouter : «Quand des fous possèdent l’arme nucléaire, des choses terribles se produisent», présentant ainsi l’intervention comme nécessaire pour empêcher une reprise immédiate des capacités militaires iraniennes. Ces propos apparaissent aujourd’hui pour le moins controversés, à la lumière des évaluations des services de renseignement.

Un passage omis lors de l’audition

Gabbard n’a toutefois pas lu devant le Sénat le passage indiquant que l’Iran n’avait pas tenté de relancer ses programmes d’enrichissement. Lorsque le sénateur démocrate Mark Warner, qui disposait du texte intégral, a fait remarquer ce point, en lui demandant si elle avait «omis le paragraphe parce que le président avait évoqué une menace imminente de la part de l’Iran», la directrice du renseignement national a répondu : «Non, je me suis simplement rendu compte que je m’étais attardée et j’ai donc sauté certains passages».

Une menace qui persiste à long terme

Tulsi Gabbard a néanmoins insisté que la menace iranienne n’avait pas disparu. Selon les évaluations citées lors de l’audition, Téhéran pourrait développer un missile balistique intercontinental d’ici 2035. Cette estimation figurait déjà dans de précédents rapports de la «Defense Intelligence Agency», mais elle devra être actualisée à la lumière des dégâts causés par les opérations militaires américaines et israéliennes.

Une contradiction révélatrice et un écho historique

L’audition de Tulsi Gabbard met en évidence une contradiction majeure avec les déclarations de Donald Trump : là où le président évoque une menace imminente et justifie l’intervention par l’urgence nucléaire, le renseignement américain décrit un programme interrompu et non relancé.

Selon les analystes, cette divergence s’explique en partie par des logiques différentes : d’une part, une rhétorique politique visant à légitimer une opération militaire et à mobiliser l’opinion publique ; de l’autre, une analyse plus prudente, fondée sur des données de terrain et soumise aux incertitudes propres au renseignement. Elle révèle aussi les tensions classiques entre pouvoir exécutif et institutions d’expertise, particulièrement en période de crise internationale.

Cette situation n’est pas sans rappeler le précédent de la guerre en Irak, lancée en 2003 par George W. Bush contre Saddam Hussein. À l’époque, l’intervention avait été justifiée par l’existence supposée d’armes de destruction massive, qui ne furent jamais retrouvées. Comme aujourd’hui, le débat portait sur l’interprétation des renseignements pour appuyer une décision politique majeure.

En filigrane, ces parallèles soulignent un enjeu central : la crédibilité des motifs avancés pour entrer en guerre. Entre impératifs stratégiques, communication politique et réalité du renseignement, la frontière reste fragile et ses conséquences, potentiellement durables.

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