L'actualité du Proche et Moyen-Orient et Afrique du Nord

Chargé de traquer les dissidents, qui est Esmail Khatib, le ministre du Renseignement et disciple de Khamenei ?

(Rome, 18 mars 2026). Le ministre iranien du Renseignement, Esmail Khatib, proche d’Ali Khamenei et figure clé de l’appareil sécuritaire, a été tué lors d’un raid israélien à Téhéran. Sa mort, un temps évoquée fin février puis démentie, semble cette fois confirmée, selon des sources officielles iraniennes

Esmail Khatib, ministre iranien du Renseignement, est la nouvelle cible éliminée par l’armée de l’air israélienne à Téhéran. Dans la nuit, un raid, confirmé par la télévision d’État, a visé le ministre, considéré comme l’un des plus proches alliés de l’ancien Guide suprême Ali Khamenei. Khatib a été tué et, avec lui, quatre responsables du renseignement iraniens auraient également été frappés, écrit Nello Del Gatto dans le quotidien italien «La Stampa».

Khatib, un religieux de haut rang, possédait déjà une expérience de plusieurs décennies au sein de l’appareil du renseignement civil iranien lorsqu’il a été nommé ministre du Renseignement et de la Sécurité en 2021. Il avait occupé des postes importants au sein du ministère et du département de contre-espionnage du pouvoir judiciaire. Très connu parmi les révolutionnaires iraniens, ayant étudié au séminaire de Qom sous la direction des disciples du fondateur de la République islamique, l’ayatollah Khomeiny. L’ancien ayatollah et Guide suprême Ali Khamenei comptait parmi ses professeurs, et sa nomination à ce poste sensible témoigne de la proximité de leurs relations.

Esmail Khatib s’engagea dans le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) au début de la guerre Iran-Irak en 1980, où il intégra l’unité de renseignement et d’opérations des Pasdaran. Grièvement blessé au combat, il quitta le front pour intégrer le ministère, principal service de renseignement de l’époque. Il dirigea l’unité chargée d’enquêter sur Mehdi Hachémi, commandant du Bureau du Mouvement de libération des gardiens de la révolution, et fut par la suite assassiné pour trahison. Cet incident influença également la succession de Khomeiny. Sa relation avec l’ancien Guide suprême Ali Khamenei, qui l’avait déjà voulu au ministère, lui a permis d’en prendre la tête en 2010, supervisant l’organisme chargé de la protection des installations et du personnel du cercle restreint de Khamenei. Deux ans plus tard, il devint également directeur du Centre de protection du renseignement de la magistrature, l’une des agences de renseignement de la République islamique qui, en théorie, supervise le personnel du pouvoir judiciaire.

Il a été nommé ministre du Renseignement et de la Sécurité en août 2021 sous la présidence d’Ebrahim Raïssi, poste qu’il occupait jusqu’au raid.

Sa mort a fait l’objet de rumeurs après un raid israélien mené le 28 février à Téhéran, une information qui s’était ensuite révélée infondée.

Une décapitation progressive du pouvoir iranien ?

La disparition d’Esmail Khatib s’inscrit dans une dynamique plus large d’élimination ciblée des figures clés de l’appareil sécuritaire iranien, fragilisant progressivement les rouages du pouvoir. «En s’attaquant à des profils aussi centraux (à la fois proches du guide suprême et intégrés de longue date dans les structures du renseignement) ces opérations visent non seulement des individus, mais aussi la continuité même de la chaîne de commandement», affirme une source iranienne bien au fait.

Reste une inconnue majeure : jusqu’où ce processus peut-il déstabiliser le régime ? Si la République islamique a historiquement démontré une forte capacité de résilience, fondée sur la redondance de ses structures et la loyauté idéologique de ses cadres, la multiplication des pertes au sommet pourrait à terme désorganiser la prise de décision et affaiblir la coordination entre ses différentes branches sécuritaires.

Dans ce contexte, la question de la relève devient cruciale. Qui, au sein du système, est encore en mesure d’assurer la continuité opérationnelle ? Et surtout, ces remplaçants disposeront-ils de l’expérience, des réseaux et de la proximité politique nécessaires pour maintenir l’équilibre interne du pouvoir ? À mesure que les figures historiques disparaissent, c’est l’architecture même du régime qui semble mise à l’épreuve.

Un leadership déboussolé ?

Reste encore une interrogation de fond : ce leadership, privé de certaines de ses figures clés, peut-il encore agir avec cohérence et autorité ? Ou assiste-t-on à l’émergence d’un pouvoir plus fragmenté, contraint de se réorganiser dans l’urgence, au risque d’y perdre en efficacité et en contrôle ?

Recevez notre newsletter et les alertes de Mena News


À lire sur le même thème