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L’énigme de la double manœuvre russe : des drones survolent le Charles-de-Gaulle et des pétroliers suspects

(Rome, 27 février 2026). En quelques heures, deux épisodes distincts ont ravivé les tensions entre Moscou et les capitales européennes : des pétroliers liés à la «flotte fantôme» russe défiant les sanctions dans la Manche et un drone suspect s’approchant du porte-avions français Charles de Gaulle en escale en Suède. Entre pressions maritimes et provocations aériennes, la Russie semble multiplier les actions hybrides aux portes de l’Europe, testant la vigilance de l’OTAN sans franchir le seuil de l’affrontement direct

Ces derniers jours, les tensions entre Moscou et l’Occident se sont intensifiées sur deux fronts distincts mais convergents : le front maritime dans la Manche et le front militaire dans la Baltique. En quelques heures, d’une part, les contrôles des pétroliers liés à la «flotte fantôme» russe transitant entre le Royaume-Uni et la France se sont multipliés ; de l’autre, un drone attribué à Moscou a survolé le porte-avions français Charles de Gaulle lors d’une escale opérationnelle en Suède. Ces deux incidents, survenus à si peu d’intervalle, renforcent la perception d’une pression hybride de plus en plus manifeste aux frontières de l’Europe, écrit Francesca Salvatore dans le quotidien italien «Il Giornale».

La flotte fantôme dans la Manche

Au cours de la semaine écoulée, les autorités britanniques ont intensifié la surveillance de plusieurs pétroliers liés au réseau informel connu sous le nom de «flotte fantôme», qui sillonnent la Manche, l’un des carrefours maritimes les plus fréquentés au monde.

Selon les reconstitutions, entre le 20 et le 25 février, plusieurs navires suspects, dont un pétrolier identifié sous le nom de «Boracay», ont été surveillés en raison d’irrégularités présumées dans leurs registres et les systèmes de suivi. Des arrêts intermittents des systèmes AIS, des changements de cap incohérents avec les plans de navigation et des passages à proximité d’infrastructures sensibles ont été signalés à plusieurs reprises.

Ce phénomène s’inscrit dans le cadre des sanctions imposées à la Russie depuis 2022 : quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, Moscou continue d’utiliser un réseau de navires à propriété opaque et sous pavillon de complaisance afin de maintenir actives ses exportations de pétrole brut vers des marchés tiers. Londres et ses partenaires européens ont renforcé leurs contrôles de sécurité fin février, coïncidant avec une augmentation des transits suspects le long de la Manche.

À bord du navire, en outre, se trouvaient deux agents russes employés par «Moran Security Group», fondée en 2009 par d’anciens officiers du FSB. Selon l’AFP, l’un d’eux est un ancien policier et ancien membre du groupe Wagner.

Leur rôle ? Surveiller l’équipage et le capitaine, et recueillir des renseignements durant le voyage du navire.

L’épisode du porte-avions Charles de Gaulle

Hier tard, un incident distinct a impliqué la Marine nationale française et le porte-avions Charles de Gaulle, amarré dans le port de Malmö, en Suède, dans le cadre d’activités opérationnelles et de coopération en Europe du Nord. Le navire embarque habituellement plusieurs milliers de marins et de personnels militaires, ainsi qu’une trentaine d’avions de combat. Les médias suédois ont rapporté qu’un drone russe s’était approché du porte-avions français après avoir décollé d’un navire russe voisin et se serait dirigé vers le bâtiment lors de son escale.

Les autorités suédoises ont précisé que l’appareil n’appartenait ni aux forces armées suédoises ni aux forces armées françaises. L’approche aurait duré seulement quelques minutes, mais ce laps de temps a suffi pour déclencher des contre-mesures électroniques de brouillage du signal (jamming). Après l’intervention, le drone s’est éloigné et est sorti de portée de détection. On ignore toutefois si l’appareil s’est abîmé en mer ou s’il est retourné à son navire d’origine.

Cet épisode revêt une forte valeur symbolique : le Charles de Gaulle représente la pierre angulaire de la présence navale française et de l’OTAN. Paris avait, ces dernières semaines, entamé le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle et de ses frégates d’escorte entre l’Atlantique Nord et la mer Baltique en raison d’un contexte rendu instable par la Russie et par les menaces américaines concernant le Groenland. Hier, le navire a fait escale en Suède pour quelques jours.

Une pression croissante à l’ombre de Genève

La chronologie suggère une phase de tensions concentrée sur quelques semaines. D’une part, le maintien des routes énergétiques russes via des navires officiellement civils mais suspects ; de l’autre, des activités aériennes non revendiquée à proximité de plateformes militaires occidentales.

Il ne s’agit pas d’affrontements ouverts, mais d’actions situées dans une zone grise : le transport maritime commercial défie le régime de sanctions, des drones testant les temps de réaction et les capacités d’interception. Dans les deux cas, le facteur temporel est crucial : des incidents rapprochés renforcent la perception d’une coordination, ou du moins d’une escalade progressive.

Les capitales européennes s’efforcent de renforcer davantage la coopération entre leurs forces navales, aériennes et de renseignement. L’objectif est de prévenir tout incident : un avion abattu, une collision ou une erreur d’appréciation pourraient transformer les incidents limités de ces dernières semaines en une crise diplomatique majeure.

À l’heure où les canaux diplomatiques peinent à produire des avancées, notamment dans les enceintes internationales comme Genève, cette pression ressemble à un message politique autant que sécuritaire. En mer comme dans les airs, la Russie teste les seuils de tolérance européens, multiplie les provocations calculées et cherche à démontrer sa capacité de nuisance permanente. Le risque, désormais, est non seulement la démonstration de force, mais l’incident de trop, celui qui, par erreur ou par surenchère, transformerait cette guerre grise en crise ouverte.
Enfin, plusieurs experts affirment que Moscou privilégie des actions ambiguës, difficiles à attribuer et juridiquement floues, qui usent les nerfs de ses adversaires tout en évitant l’escalade militaire ouverte.

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