(Rome, 24 février 2026). Symptôme d’une crise politique persistante en Iran, la jeunesse universitaire reprend la rue malgré la répression. À Téhéran, les slogans visant directement les ayatollahs et le Guide suprême Ali Khamenei traduisent l’enracinement d’une contestation qui fragilise durablement la légitimité du régime et ravive les tensions au cœur même des institutions académiques. De Téhéran à la province, les universités se muent à nouveau en bastions de résistance face au pouvoir des ayatollahs
«Nos salles de classe sont vides car les tombes sont pleines». Ce slogan, devenu viral sur les réseaux sociaux et largement relayé à l’international, résume l’état d’esprit d’une partie de la jeunesse universitaire iranienne. Il accompagne la reprise des mobilisations étudiantes contre le régime des ayatollahs, malgré la répression particulièrement brutale menée ces derniers mois.
À Téhéran, écrit Angela Bruni dans «Il Tempo», les manifestations se poursuivent pour le troisième jour consécutif, coïncidant avec l’ouverture du nouveau semestre académique. Des rassemblements et des marches ont été organisés à l’intérieur même des campus, les étudiants scandant des slogans visant directement les autorités religieuses et la figure centrale du système politique, le Guide suprême Ali Khamenei. À l’université Al-Zahra, réservée aux femmes, des étudiantes ont organisé un sit-in en scandant : «nous n’avons pas sacrifié de martyrs pour faire des compromis ni glorifier un dirigeant meurtrier» et «n’ayez pas peur, n’ayez pas peur, nous sommes tous ensemble». Un rassemblement a eu lieu à l’Université Charif de Technologie en hommage aux victimes des manifestations de janvier, sous haute surveillance policière. Des commémorations similaires se sont déroulées à Téhéran, où les étudiants ont rendu hommage à Raha Behlouli Pour, étudiante tuée lors des manifestations de janvier. Parmi les slogans les plus scandés figuraient «Femme, vie, liberté», «Mort au dictateur» et «Si l’un tombe, mille se lèveront derrière lui», traduisant ainsi la continuité du cycle protestataire amorcé ces dernières temps et la radicalisation d’une partie de la jeunesse urbaine.
La contestation s’est également étendue à d’autres établissements prestigieux de la capitale, notamment l’Université de Technologie Amirkabir et l’Université Chahid Beheshti. Des protestations ont également été signalées dans une université de Machhad. Des heurts ont éclaté entre étudiants d’opposition et groupes pro-régime, dont des membres du Bassij étudiants, une milice loyale au pouvoir, régulièrement utilisée pour contenir la dissidence sur les campus. Le service de communication de l’Université Charif a annoncé que certains étudiants seraient exclus de l’établissement suite aux manifestations, sans préciser ni le nombre ni la durée des sanctions. Ces mobilisations marquent ainsi un regain des tensions dans les universités iraniennes à l’aube de la nouvelle année universitaire, dans un contexte marqué par les conséquences persistantes de la répression des manifestations de janvier, qui ont coûté la vie à de nombreuses personnes dans plusieurs villes du pays. Selon une source locale, «il s’agit d’un symptôme d’une crise politique persistante dans le pays où la jeunesse universitaire reprend la rue malgré la répression».
«Nos salles de classe sont vides car les tombes sont pleines», déclarent des étudiants de l’Université de Téhéran. «C’est pour eux, nos amis, nos camarades, nos compatriotes, tués sous nos yeux, que nous avons décidé de boycotter les cours». Selon l’«Human Rights Activists News Agency», au moins 7.000 personnes ont été tuées lors de la répression de janvier, et des enquêtes sont en cours concernant 11.700 autres décès. Des médecins à travers le pays estiment le bilan à plusieurs dizaines de milliers de morts. Au moins 53.000 personnes ont été arrêtées, dont des centaines d’étudiants. Des chiffres difficiles à vérifier indépendamment, mais qui illustrent l’ampleur de la crise politique et sociale traversée par le pays.
Les universités, un nouveau front de la contestation
En s’érigeant à nouveau en épicentre de la mobilisation, les campus iraniens confirment leur rôle historique de baromètre politique du pays. Malgré la surveillance sécuritaire, les exclusions et la présence de milices pro-régime comme le Basij, la contestation étudiante ne faiblit pas. «À Téhéran», affirme un analyste iranien exilé en Europe, «défier ouvertement le pouvoir des ayatollahs et la ligne imposée par le Guide suprême Ali Khamenei relève désormais moins de l’épisode protestataire que d’un affrontement politique durable». Pour le régime, l’enjeu dépasse le cadre universitaire : il s’agit d’empêcher que cette jeunesse, politisée par la répression et portée par les slogans «Femme, vie, liberté», ne transforme la colère sociale en mouvement structuré capable d’ébranler l’architecture même de la République islamique.