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Israël durcit sa position en Syrie et au Yémen : une mise en garde à Ankara et Téhéran

(Rome, 29 août 2025). Israël étend son champ de bataille au-delà de Gaza. En frappant simultanément en Syrie et au Yémen, Tel-Aviv envoie un signal clair à ses rivaux régionaux : Ankara et Téhéran. Raids aériens, opérations terrestres inédites et éliminations ciblées, redéfinissent les lignes rouges dans un Moyen-Orient au bord d’un nouvel embrasement. Dans tout cela, l’objectif est clair : briser l’influence iranienne et avertir la Turquie. La guerre de l’ombre change d’échelle

Entre la Syrie et le Yémen, Israël a porté l’enjeu de ses opérations militaires hors de Palestine à un niveau inédit depuis la fin de la guerre de douze jours avec l’Iran.

Hier, la Syrie et le Yémen ont été le théâtre d’attaques massives menées par Tsahal, visant à consolider la projection de Tel-Aviv au Moyen-Orient. Dans le pays voisin, des avions de chasse et des missiles israéliens ont frappé aux abords de Damas, et une opération terrestre sans précédent a eu lieu : des troupes héliportées ont visé une base militaire lors d’un raid d’une durée de deux heures sur le sol syrien, écrit Andrea Muratore dans «Inside Over».

Bombardements au Yémen et décapitation du gouvernement houthi

De lourdes frappes aériennes ont touché Sanaa, la capitale du Yémen contrôlée par les rebelles houthis, tuant Ahmed al-Rahawi, Premier ministre du gouvernement du groupe militant chiite mandataire de l’Iran, qui dispute le pouvoir dans la péninsule arabique avec le gouvernement internationalement reconnu.

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«Le journal Aden Al-Ghad ajoute que Rahawi a été tué avec certains de ses compagnons», note le Times of Israel, qui précise que «selon les rapports, il s’agirait d’une frappe qui a suivi une première attaque visant dix ministres houthis de haut rang, dont le ministre de la Défense Mohamed al-Atifi, alors qu’ils étaient réunis à l’extérieur de Sanaa pour écouter un discours du chef du groupe, Abdel Malak al-Houthi». A l’heure actuelle, on ignore le sort de Mohammad al-Ghamari, chef d’état-major des houthis, qui figurait parmi les cibles de Tsahal, bien que certaines sources (OSINT) évoquent sa mort et celle d’al-Atifi comme probables.

Cette opération marque un tournant, car elle représente un bond en avant dans les frappes israéliennes contre les derniers représentants de l’axe chiite pro-iranien capables d’exercer une dissuasion militaire crédible contre Tel-Aviv et ses alliés, de frapper le trafic maritime en mer Rouge et d’influencer les équilibres régionaux. De plus, depuis le début des raids anglo-américains en janvier 2024, il s’agit des coups les plus lourds infligés aux dirigeants houthis par les attaques menées par Londres, Washington et Tel-Aviv.

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Un message à Ankara et à Téhéran

Ces deux manœuvres, mises en parallèle, doivent être interprétées comme une projection militaire d’Israël au-delà du théâtre de Gaza, qui risque pour Tel-Aviv de se transformer en bourbier et en gouffre politique, et comme un message clair adressé à ses deux principaux rivaux régionaux : la Turquie et l’Iran. En frappant l’armée syrienne, Israël cherche à exercer une dissuasion militaire sur une force armée perçue comme une extension politique d’Ankara, avec laquelle une partie d’échecs régionale est en cours depuis la chute de Bachar el-Assad. En attaquant le Yémen, Israël renforce sa stratégie d’endiguer l’influence iranienne dans la région après la guerre de juin et relance sa stratégie d’élimination ciblée des dirigeants proches de Téhéran, démontrant ainsi des capacités sans précédent en matière de projection et d’identification de cibles.

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Dans un contexte de confrontation indirecte qui, après la guerre, prend la forme d’une guerre de l’ombre, Israël envoie un message : il est largement capable de mener des attaques ciblées et des opérations de décapitation, comme pour souligner sa capacité potentielle à achever le travail interrompu en juin, dans un conflit où la suprématie tactique s’est transformée en échec stratégique. Dans un contexte géopolitique critique, qui tend à un second affrontement entre Téhéran et Tel-Aviv, de telles manœuvres ouvrent la voie à préparer de vastes futures opérations.

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