(Roma, Paris, 06 juin 2022). L’alerte a été donnée par la famille qui pointe du doigt les services de renseignement de Téhéran. «Mon crime est de ne pas être indifférent», a écrit le journaliste sur sa page Facebook
Selon le site de la chaine italienne «Tgcom24», Mohammad Bagher Moradi, un journaliste iranien résidant en Turquie, est porté disparu depuis une semaine. La famille n’a pas l’ombre d’un doute : il a été kidnappé par les services secrets de Téhéran. Le bureau du procureur d’Ankara a ouvert une enquête après que le père a déposé une plainte. « Mon fils était un journaliste dissident, a-t-il déclaré au journal Hurriyet, les renseignements iraniens étaient sur sa piste, ce sont eux qui l’ont kidnappé », a dit son père. « Mon crime est de ne pas être indifférent », a écrit le journaliste sur sa page Facebook.
Qui est Moradi – Il y a neuf ans, Moradi s’était enfui en Turquie, où il vivait sous protection internationale : il avait quitté l’Iran alors qu’il était jugé pour des articles considérés opposés au régime de la république islamique.
La disparition – Le lundi 30 mai, il a quitté la maison en disant qu’il allait acheter du pain mais n’est jamais revenu. La famille a appelé à plusieurs reprises son numéro de téléphone, mais son téléphone portable était toujours injoignable et sa voiture a été retrouvée abandonnée à quelques kilomètres du lieu de sa résidence.
Le contexte – La Turquie est un pays où de nombreux dissidents de l’Iran voisin cherchent et trouvent refuge, mais l’enlèvement de Moradi n’est pas un cas isolé. Fréquemment, les services secrets d’Ankara ont souvent surpris des agents iraniens au travail pour kidnapper et ramener en Iran des dissidents ayant fui en Turquie.
Il y a seulement quelques mois, en mars, un citoyen iranien a été condamné par la justice turque à 30 ans de prison, avec 10 autres complices turcs, pour avoir tenté de kidnapper en octobre dernier, Mehrdad Abdarbashi, un pilote iranien qui s’était réfugié en Turquie en quête d’asile, après avoir refusé d’aller combattre en Syrie.
En février, les services de renseignement turcs ont arrêté 16 Iraniens soupçonnés d’opérer à Istanbul pour kidnapper des dissidents et les ramener dans leur pays d’origine. Toujours au cours du même mois, la Turquie a fait savoir qu’elle avait déjoué un plan de Téhéran visant à assassiner Yair Geller, un citoyen turco-israélien résidant à Istanbul qui serait tombé dans le collimateur des services iraniens ayant voulu sa mort en représailles au meurtre, attribué aux services du Mossad, du physicien nucléaire iranien Mohsen Fakhrizadeh en 2020.
Les activités des services iraniens en Turquie n’ont pas, à ce jour, donné lieu à des condamnations explicites de la part du gouvernement turc. Depuis l’élection l’an dernier du président iranien ultra-conservateur Ebrahim Raïssi, Ankara et Téhéran ont toujours évité la confrontation ouverte, mais ils restent deux pays distants sur de nombreux dossiers.
L’un d’entre eux est sans doute représenté par la Syrie, où la Turquie est présente au nord pour protéger les opposants au président Bachar al Assad, tandis que l’Iran est déployé en soutien à ce dernier, aux côtés de la Russie. Un autre élément potentiellement appelé à devenir critique, est représenté par le processus de normalisation des relations avec Israël (historiquement le principal objectif des critiques de la république islamique) que le chef de l’Etat turc Recep Tayyip Erdogan a initié ces derniers mois, après avoir reçu le président israélien Isaac Herzog en visite officielle à Ankara en mars.