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Pour contourner le détroit d’Ormuz, Dubaï prépare un nouveau port

(Rome, 20 juillet 2026). Face aux risques croissants pesant sur le détroit d’Ormuz, principal point de passage du commerce maritime dans le Golfe, DP World accélère sa stratégie de diversification. Le géant portuaire de Dubaï prévoit de développer un nouveau complexe portuaire à Al-Foujaïra, sur la côte orientale des Émirats arabes unis, afin de sécuriser ses flux logistiques, de réduire la dépendance au port de Jebel Ali, de contourner le détroit d’Ormuz et de renforcer la résilience de l’économie émiratie face aux tensions régionales

Dans un contexte géopolitique marqué par des tensions persistantes avec l’Iran, DP World entreprend l’une de ses initiatives les plus ambitieuses de ces dernières années.

Le géant portuaire basé à Dubaï, écrit Marco Orioles dans «Start Magazine», a en effet lancé un projet de développement d’un nouveau port polyvalent et d’un terminal à conteneurs de nouvelle génération sur la côte est des Émirats arabes unis, plus précisément à Al-Foujaïra, en bordure du golfe d’Oman.

Comme le souligne le «Financial Times» dans un article analysant cette nouvelle, l’objectif est double : soulager la plateforme établie de Jabal Ali, véritable fleuron de Dubaï depuis des décennies et créer une voie alternative permettant de contourner entièrement le détroit d’Ormuz, un passage devenu extrêmement risqué.

Au-delà d’une réponse d’urgence à la crise actuelle, cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large du gouvernement émirati visant à rendre l’économie nationale plus résiliente et moins vulnérable aux turbulences régionales.

Un environnement géopolitique sous tension

Depuis le déclenchement du conflit opposant l’Iran, les États-Unis et Israël fin février, le détroit d’Ormuz n’offre plus les garanties de sécurité qui avaient favorisé son intense activité maritime durant des décennies.

Le trafic maritime, qui affichait une moyenne de 135 passages par jour avant la guerre, a brutalement chuté, peinant à dépasser les 40 passages, même après la trêve provisoire signée entre Washington et Téhéran le 17 juin.

Les conséquences du conflit se sont fait sentir immédiatement aux Émirats arabes unis. Un incendie survenu à Jabal Ali, provoqué par des débris issus de l’interception d’un missile, a mis en évidence la vulnérabilité d’un système logistique trop concentré sur un seul hub.

Dans ce climat d’incertitude prolongée, la diversification des infrastructures portuaires est devenue non seulement souhaitable, mais essentielle pour garantir la continuité des opérations commerciales.

Les ambitions de DP World à Foujaïra

Selon des sources bien informées, DP World mène actuellement des discussions avancées avec les autorités gouvernementales pour développer un nouveau port multifonctionnel sur la côte d’Al-Foujaïra, doté d’un terminal à conteneurs de dernière génération. Ces installations permettront aux conteneurs d’entrer et de sortir directement par le golfe d’Oman, d’où ils pourront être acheminés par camion vers Dubaï, Abou Dhabi et d’autres marchés du Golfe.

L’investissement initial devrait se chiffrer à plusieurs centaines de millions de dollars, avec une montée en puissance progressive en fonction des besoins futurs. Le calendrier de mise en œuvre semble ambitieux : un haut responsable du groupe a indiqué que le nouveau port pourrait être opérationnel en seulement un an et demi.
DP World a confirmé l’existence de «projets de diversification en cours» sans en dévoiler les détails opérationnels, tandis qu’un autre haut responsable a toutefois souligné la nature stratégique préventive de cette initiative : «Nous avons un plan en place et sommes très actifs sur la côte orientale. Il s’agit d’une mesure de précaution au cas où la situation viendrait à se détériorer».

Jabal Ali demeure le pilier du dispositif

Malgré ces nouveaux projets, Jabal Ali restera le cœur battant de l’empire portuaire de DP World et de l’économie de Dubaï.

Développé et agrandi au fil des décennies, le port est bien plus qu’un simple terminal à conteneurs majeur, il a traité 15,6 millions d’EVP l’année dernière ; c’est un véritable écosystème complet comprenant une vaste zone franche, des entrepôts, des installations industrielles et des services logistiques intégrés. Grâce à cette infrastructure, Dubaï s’est imposé comme une plateforme mondiale de réexportation, notamment pour les échanges entre la Chine et l’Afrique. Raison pour laquelle les responsables du groupe insistent d’ailleurs sur le fait que le développement d’Al-Foujaïra ne remettra nullement en cause le rôle du port historique. «Jabal Ali restera Jabal Ali. Il ne sera jamais réduit», affirme un haut dirigeant.

L’objectif est plutôt de créer une capacité complémentaire capable d’absorber une partie du trafic en période de crise, sans pour autant compromettre le rôle central de ce hub. Toutefois, des experts du secteur, tels que «Lars Jensen» de «Vespucci Maritime», estiment néanmoins que l’impact sur les infrastructures de Dubaï sera «significatif et permanent».

Un impact économique déjà perceptible

Selon les estimations de Moody’s, les bénéfices de DP World devraient reculer de 6,6 milliards de dollars en 2025 à environ 5,9 milliards cette année sous l’effet de la crise.
Depuis le début du conflit, l’entreprise a déjà redirigé une partie de ses flux vers ses installations existantes d’Al-Foujaïra et de Khor Fakkan, désormais fortement saturées.

À cela s’ajoute le fait que, quelques semaines seulement avant le déclenchement des hostilités, DP World a dû se séparer de son président-directeur général de longue date, Sultan Ahmed ben Soulayem, en raison de ses liens avec Jeffrey Epstein.

Ce conflit représente ainsi un nouveau défi majeur pour un groupe qui, au cours des vingt dernières années, s’était imposé comme l’un des acteurs les plus dynamiques du secteur portuaire et logistique mondial.

Une stratégie nationale de sécurisation

Les projets de DP World s’inscrivent dans la stratégie globale des Émirats arabes unis visant à renforcer leur économie face à d’éventuelles hostilités futures avec l’Iran.
Abou Dhabi, par exemple, utilise déjà Al-Foujaïra pour exporter une partie de son pétrole brut et entend accroître encore ces flux afin de limiter sa dépendance au détroit d’Ormuz.

Dans la même zone, «Gulftainer», une entreprise basée à Charja, intensifie également ses efforts, ayant récemment annoncé un plan d’investissement de 2 milliards de dollars destiné à augmenter la capacité du terminal de Khor Fakkan.

Al-Foujaïra, l’un des sept émirats qui composent les Émirats arabes unis, consolide ainsi son rôle stratégique dans les secteurs de l’énergie et de la logistique des conteneurs.

Vers un nouvel équilibre logistique dans le Golfe

Au-delà du seul projet d’Al-Fujaïra, c’est l’avenir même du détroit d’Ormuz qui est en jeu. La crise, qu’elle ait constitué un objectif assumé de Téhéran ou une conséquence indirecte de l’escalade militaire, a démontré qu’un acteur régional était désormais en mesure de remettre en cause, ne serait-ce que temporairement, la libre circulation sur l’une des routes maritimes les plus stratégiques au monde. Pour les armateurs et les opérateurs portuaires, cette prise de conscience est sans doute irréversible.

Les experts du transport maritime estiment que cette évolution dépasse largement le cadre d’une réponse conjoncturelle.
Plus largement, nombre d’analystes considèrent que la diversification des points d’accès au Golfe d’Oman s’impose désormais comme une exigence stratégique.
Enfin, tant que le risque d’une fermeture ou d’une perturbation d’Ormuz persistera, les acteurs économiques continueront à investir dans des itinéraires alternatifs.

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