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La crise économique au Liban : enjeux complexes et multiformes ; accent sur la monnaie nationale et la préservation de sa stabilité face à la dévaluation par rapport au dollar

(Roma, 16 juin 2026). (Exclusif). La rédaction a reçu une contribution de Mme Mira Khoury reflétant son point de vue sur la situation économique au Liban. Nous publions sa contribution dans son intégralité (malgré certaines erreurs), et précisons qu’elle n’engage que l’auteure

Le président de la République, Joseph Aoun, a réussi à restaurer la confiance commerciale de l’Arabie Saoudite envers le Liban, ce qui représente un espoir pour commencer à percer le mur de l’effondrement économique, dont les causes se sont accumulées au fil des ans. Cependant, la préoccupation principale des Libanais reste la stabilité de la monnaie nationale face au dollar américain. Actuellement, celle-ci conserve sa stabilité non pas grâce à une croissance économique, mais en raison d’une coordination entre la politique financière et monétaire.

Depuis 2019, date de l’effondrement économique au Liban, aucune solution sérieuse n’a été proposée pour traiter la crise, qui comporte plusieurs dimensions. Une partie de cette crise est économique, tant en termes de vision que de rôle, tandis qu’une autre partie concerne les problèmes administratifs et techniques ainsi que la crise des dépôts des épargnants dans les banques. Cela a conduit le Liban à faire face à une réalité marquée par des problèmes majeurs, avec des désaccords sur la nature et la classification des crises, surtout avec l’entrée du Fonds monétaire international et les discussions autour de leur nature, qu’elles soient systémiques ou non.

Le désaccord actuel concerne également la façon de répartir les pertes au Liban et comment l’économie s’est transformée en une économie monétaire à la suite de l’effondrement du système bancaire et de la Banque centrale, ainsi que, en amont, de l’effondrement de l’État. Cela souligne le rôle de l’État dans la gestion et les lois pour préserver la réalité financière et monétaire. De ce fait, nous nous retrouvons aujourd’hui devant une phase d’une crise multifactorielle, et la réalité au Liban indique que le pays dépend essentiellement des revenus des expatriés.

Quant au taux de change du dollar, qui est une préoccupation quotidienne pour les Libanais, il reste stable, s’établissant actuellement à environ 89 500 livres libanaises pour un dollar américain. Les analystes économiques indépendants mettent en garde contre le fait que ce calme est géré de manière artificielle et précise, et non en raison d’une véritable croissance économique. Des entités non gouvernementales travaillent, aux côtés du gouvernement, avec des efforts considérables pour maintenir cette stabilité, y compris le gouvernement libanais.

Cette stabilité monétaire, que certains qualifient d’artificielle, est un besoin essentiel et soutient l’économie nationale ainsi que le pouvoir d’achat du citoyen libanais. C’est une priorité pour le ministre des Finances, Yassine Jaber, qui réaffirme quotidiennement son engagement à protéger la monnaie nationale «parce que l’État est engagé dans ce combat actif avec un budget plus rigoureux et une coordination sans précédent entre le ministère des Finances et la Banque centrale».

Les analystes économiques soulignent que la stabilité monétaire, qui résiste encore malgré toutes les conditions qui ont agité le pays, y compris les guerres de 2024 et le conflit actuel qui dure depuis plus de 100 jours, n’est pas le résultat d’une croissance économique, mais bien celui d’une coordination entre la politique financière et monétaire, c’est-à-dire entre le ministère des Finances, le gouvernement et la Banque centrale, qui opèrent selon un mécanisme établi par la Banque centrale en partenariat avec l’institution «Salim Khalil» et plusieurs banques commerciales, dans le but de maintenir la stabilité monétaire et d’appliquer tous les critères internationaux de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, ce qui a permis et continue de donner une protection directe à la Banque centrale contre tout argent suspect.

Parallèlement, les analystes estiment que la Banque centrale épuise ses réserves limitées en devises, étouffe la liquidité dans le secteur privé, impose des mesures de conformité très strictes et compte sur des avoirs financiers temporaires revalorisés. Les analystes indépendants concluent qu’aucune de ces manœuvres défensives ne peut remplacer une restructuration complète du secteur bancaire, une véritable croissance du produit intérieur brut, un règlement légal des dettes, ou une réelle stabilité politique.

Selon les données officielles de la Banque centrale libanaise rapportées par les institutions financières libanaises, les actifs des réserves étrangères s’élevaient à environ 12,07 milliards de dollars à la mi-février, puis, à la fin du même mois, les registres de la Banque centrale libanaise ont montré une baisse à 11,88 milliards de dollars. À la mi-mars, les chiffres officiels ont révélé une nouvelle baisse à 11,66 milliards de dollars, ce qui signifie que près de 408 millions de dollars ont disparu en seulement 30 jours. Fin avril, les bilans de la Banque centrale indiquaient que les réserves avaient encore chuté pour atteindre environ 11,43 milliards de dollars.

Alors que les experts financiers signalent que le retrait des réserves en temps de guerre est une mesure courante, la crise structurelle au Liban rend cette tendance très risquée. Les réserves restées sont minimes et ont un impact politique négatif, et la durabilité de la politique de la Banque centrale au Liban à long terme fonctionne comme un bandage économique. L’étouffement de la liquidité locale exerce une pression extrême sur l’économie productive et les entreprises font face à des crises de crédit aiguës et à des retards de paiement, tandis que les ménages ordinaires sont privés d’accès à des prêts commerciaux ou à leurs économies bloquées.

Le Liban endure encore les conséquences de guerres depuis trois ans, et avant cela, l’énorme explosion du port de Beyrouth. Ainsi, le système économique fait face aux plus grands défis et difficultés depuis la création du Liban en 1945. Les faits, comme le soulignent des analystes économiques indépendants, indiquent que le début de la reprise dépendra du retour à l’importation, lequel pourrait atteindre entre 20 milliards de dollars et 23 milliards de dollars par an, avec des exportations d’environ 3 milliards de dollars.

Les Libanais espèrent aujourd’hui avec la nouvelle ère et la démarche du président de la République Joseph Aoun pour rétablir les investissements. Le premier signe pourrait être l’ouverture de l’Arabie Saoudite au Liban en revenant sur le marché économique à travers les opérations d’importation et d’exportation. La crise économique au Liban est complexe et le contexte politique y joue un rôle majeur. Les solutions commencent par la restauration de la confiance dans le système monétaire représenté par les banques, le retour des fonds des déposants, et la détermination du rôle économique à venir au Liban avec la stabilité de la situation politique, militaire et sécuritaire, tant au Liban que dans la région, ainsi que par la recherche de solutions à la problématique des lois fragiles.

Par Mira Khoury

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