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Iran : l’or, une réponse économique aux sanctions

(Rome, 12 décembre 2025). L’annonce de la découverte d’un vaste gisement aurifère à Chadan dépasse la seule dimension minière. Elle s’inscrit dans la stratégie de l’Iran visant à amortir l’impact des sanctions, à réduire sa dépendance au dollar et à utiliser l’or comme outil de résilience financière. Mais entre contraintes technologiques, incertitudes sur la rentabilité réelle et isolement international, cette ruée vers l’or révèle autant les limites que les ambitions de l’économie iranienne

La découverte d’un gigantesque gisement d’or dans la mine de Chadan n’est pas qu’une simple nouvelle économique : c’est plutôt un signal politique. L’Iran, écrasé par des années de sanctions, cherche de nouveaux moyens pour réduire sa dépendance au dollar et de renforcer sa résilience économique, de plus en plus fragile. Cette annonce intervient alors que Téhéran, isolé sur le plan financier, multiplie ses achats d’or sur le marché international et tente de faire du secteur minier un pilier alternatif à ses exportations de pétrole, étouffées par le régime des sanctions imposé par les États-Unis, écrit Giuseppe Gagliano dans le portail «Inside Over».

Les chiffres publiés par les agences iraniennes sont impressionnants : plus de 61 millions de tonnes de minerai contenant de l’or, entre oxydes et sulfures. Une quantité considérable, mais qu’il convient d’interpréter avec prudence. Il s’agit en effet de minerai brut, loin d’être prêt à être fondu ou vendu. Sans connaître la concentration en grammes par tonne, il est impossible d’estimer la quantité de métal précieux réellement récupérable. Et il ne s’agit pas d’un simple détail : la différence entre un filon riche et un filon pauvre peut transformer une découverte capitale en une promesse incertaine.

Le facteur politique, cependant, se situe ailleurs. L’Iran souhaite montrer qu’il dispose de ressources internes suffisantes pour supporter les pressions économiques imposées par les sanctions. Dans un pays où l’hyperinflation érode quotidiennement le pouvoir d’achat et où le rial continue de chuter (un dollar avoisine les 1,17 million de rials au marché noir), l’or devient une valeur refuge, une garantie psychologique et un outil d’auto-défense financière. Il n’est pas surprenant que la Banque centrale iranienne figure parmi les premières au monde pour les achats ces dernières années, même si les autorités évitent de fournir des chiffres précis sur leurs réserves : une opacité qui fait partie intégrante de la stratégie de survie.

Un analyste indique qu’«au-delà des annonces et des promesses minières, la stratégie iranienne révèle une contradiction de plus en plus visible. Alors que l’effondrement du rial et la crise sociale fragilisent une population déjà éprouvée par l’inflation et la perte de pouvoir d’achat, Téhéran continue de mobiliser des ressources financières pour soutenir ses alliés régionaux, au premier rang desquels le Hezbollah. Ce choix politique souligne la primauté accordée à la projection d’influence extérieure sur les urgences économiques internes, au risque d’accentuer le fossé entre l’État et la société».

L’importance de l’or doit être replacée dans un contexte plus large. L’Iran ambitionne d’intégrer le secteur minier dans sa géopolitique des sanctions, transformant mines et fonderies en sources de devises fortes, plus difficiles à tracer et à frapper que le pétrole. La mine de Zarshouran, la plus grande du pays, est déjà un élément clé de cette stratégie, et Chadan pourrait le devenir, si les chiffres sont confirmés et les investissements nécessaires réalisés. Cependant, une contrainte structurelle se pose : l’Iran a besoin de technologies, de machines et de capitaux, et tous ces secteurs sont fortement impactés par les sanctions.

Dans ce contexte, l’enthousiasme de Téhéran risque de se heurter à la réalité. L’extraction de l’or à partir de sulfures est un processus complexe, coûteux et souvent polluant. Sans accès à des installations modernes et à des réactifs performants, les délais et les coûts s’envolent, réduisant la rentabilité du gisement. S’ajoute à cela la concurrence internationale : la Russie et la Chine, partenaires politiques de Téhéran, pourraient profiter de la situation pour obtenir des conditions avantageuses en s’insérant dans la filière minière iranienne en échange d’un soutien économique ou diplomatique.

Parallèlement, sur le plan national, l’or a acquis une fonction à la fois sociale et économique. Face à la hausse des prix à la consommation et à l’effondrement du rial, de nombreuses familles investissent ce qu’elles peuvent dans des pièces et des lingots, en quête d’un repère de stabilité. Les prix record ne découragent pas les achats, car la peur de tout perdre l’emporte sur le coût initial. L’annonce de la découverte de Chadan, dans ce contexte, sert aussi à véhiculer un message de confiance interne, une façon de dire à la population que l’État maîtrise au moins une partie de l’avenir économique.

La vérité, cependant, est qu’aucun gisement d’or ne peut à lui seul inverser la dynamique d’un système économique étouffé par des années d’isolement, de corruption, d’inefficacité et de fuite des cerveaux. L’Iran peut accumuler des lingots dans les coffres de la Banque centrale, il peut faire la une des journaux avec des titres triomphants, mais tant que le nœud des sanctions ne sera pas traité sur le plan diplomatique, le précieux métal restera une béquille, et non une solution structurelle.

Chadan est donc un symbole : celui d’une richesse potentielle, d’une difficulté bien réelle et de la nécessité pour Téhéran de réinventer son économie dans un monde qui continue de l’encercler. Un monde où l’or est non seulement un actif minier, mais une arme financière dans une guerre économique qui se joue loin des fronts traditionnels.

L’annonce de la découverte du gisement de Chadan peut aussi être lue comme un signal stratégique adressé à Washington, et en particulier à Donald Trump. En mettant en avant l’or comme levier économique et financier, Téhéran cherche à déplacer le terrain de confrontation vers celui des ressources, des transactions et des négociations possibles. Plus qu’une simple communication économique, Chadan ressemble ainsi à un hameçon diplomatique : une tentative d’attirer les États-Unis vers une reprise du dialogue, en suggérant que l’Iran dispose d’atouts négociables dans un futur marchandage sur les sanctions.

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