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Le mystère des explosions sur la base aérienne en Crimée

(Rome, Paris, 10 août 2022). Hier, une série de puissantes explosions ont frappé la base aérienne russe de Saki, située dans la région de Novofedorovka en Crimée. Les panaches de fumée étaient visibles à des kilomètres à la ronde et les premières images montrant les dégâts sur l’installation militaire proviennent de sources diverses, comme rapporté par Paolo Mauri du journal italien «Il Giornale/Inside Over».

A lire : Ukraine-Russie: plusieurs explosions près d’une base aérienne russe en Crimée

Le ministère russe de la Défense, dans un communiqué retransmis par l’agence «TASS», indique que « le 9 août, vers 15h20, sur le territoire de l’aéroport de Saki près de la localité de Novofedorovka, plusieurs munitions aéronautiques ont explosé dans une zone de stockage délimitée ». L’explosion n’a pas fait de victimes, selon les déclarations officielles, et les équipements aéronautiques n’ont pas été endommagés. « Des mesures ont été prises pour maitriser l’incendie et découvrir les causes de l’explosion. Selon un rapport, l’incendie n’a pas eu d’impact sur la zone de stockage de munitions enclavée dans l’aéroport », a poursuivi le ministère.

Une grande partie de ce qui s’est passé à la base aérienne en Crimée occupée reste floue. Certains responsables ukrainiens ont affirmé qu’il s’agissait d’une attaque, certains parmi eux affirmant qu’elle avait été perpétrée par des armes à longue portée non spécifiées, développées au niveau national. Les chaînes officielles de Kiev, en revanche, ne reconnaissent toutefois pas la paternité de l’action, non sans ironiser ouvertement sur ce qui s’est passé : le ministère ukrainien de la Défense a en effet écrit, dans une courte note sur les réseaux sociaux, qu’«il ne peut établir la cause de l’incendie, mais rappelle une fois de plus les règles de sécurité-incendie et l’interdiction de fumer dans des lieux non spécifiés ».

Le même scénario que nous avons vu dans d’autres attaques sur le territoire russe se répète, tels que ceux qui ont eu lieu près de Belgorod ou dans d’autres régions à la frontière avec l’Ukraine. Il semble que Kiev adopte une stratégie de profile bas, lorsqu’il parvient à frapper des cibles en Russie, pour des raisons probablement liées à l’activité de propagande dont il dispose visant à maintenir le statut de pays agressé, évitant ainsi de revendiquer officiellement des actions agressives hors de ses frontières, peut-être aussi pour ne pas contrarier l’opinion publique occidentale pour des raisons liées à la fourniture d’armements et à leur utilisation.

Le « brouillard de la guerre » tombe également sur cet épisode, ouvrant un énième « mystère » sur les causes réelles, mais nous pouvons essayer d’établir des hypothèses en tenant compte ce que nous savons, ajoute Paolo Mauri. La lecture nous rappelle que Victor Andrusiv, qui a démissionné de son poste de conseiller du ministre ukrainien de l’Intérieur en juillet pour des raisons peu claires, a spécifiquement précisé que l’armée de Kiev disposait déjà de missiles d’une portée comprise entre 200 et 300 kilomètres. Andrusiv avait précédemment appelé publiquement à des attaques à longue portée visant le pont du détroit de Kertch reliant la Russie à la Crimée occupée.

Toutefois, les explosions de la base pourraient également avoir été causées par des attaques menées par des chasseurs-bombardiers, par des drones de différents types, des missiles à courte portée lancés clandestinement depuis l’intérieur de la Crimée ou au large de ses côtes par des unités légères qui ont été récemment fournies par les États-Unis, voire attribuable à des actions de sabotage, ou il pourrait s’agir d’un simple accident comme le prétend Moscou.

Ce qui est certain, en revanche, c’est que la version russe manque de crédibilité, car des images apparaissent montrant des dégâts sur un avion stationné sur la base : au moins un chasseur-bombardier Su-24 est en effet entièrement détruit, et des sources ukrainiennes rapportent que le nombre total s’élève à neuf. Même la manière dont les explosions se sont produites, non séquentielles et éloignées les unes des autres, ne correspond pas à la version selon laquelle un incendie dans un dépôt de munitions s’est propagé aux structures voisines, suggérant une attaque menée avec un certain type d’arme.

On peut donc se demander quel type d’arme était potentiellement utilisé par les Ukrainiens, compte tenu de la distance de l’aéroport de Saki au territoire contrôlé par Kiev (environ 200 kilomètres). Il n’est pas possible que les vecteurs Tochka-U, des missiles balistiques à courte portée (SRBM) relativement imprécis et d’une portée d’environ 120 kilomètres, qui avaient été utilisés lors d’une précédente attaque sur l’aéroport de Millerovo au début du conflit, aient été utilisés. Certains spéculent que les Grim-2 (ou Hrim-2), des missiles balistiques équivalents aux Iskander-M russes sur lesquels l’Ukraine travaille depuis 2003, pourraient avoir été utilisés. Le missile est logé dans deux cartouches montées sur un véhicule «Tel» (Transporter Erector Launcher) à 5 axes et, selon la conception initiale, a une portée d’environ 280 kilomètres avec une ogive pesant 480 kilogrammes. Le lanceur est censé disposer d’un système de navigation inertielle (INS) assisté d’une liaison satellite (GPS), assorti d’une sorte de capacité de ralliement de terminal non spécifiée, facteur qui garantirait une excellente précision et donc capable de frapper efficacement la base aérienne. Selon d’autres sources, la portée maximale de ce lanceur serait de près de 500 kilomètres, un facteur étayé par l’interdiction d’exporter des systèmes d’une portée supérieure à 300 kilomètres qui est apparue suite à l’intérêt de l’Arabie saoudite. L’état actuel du développement de Grim-2 n’est pas clair. Les rapports indiquent que les prototypes ont été lancés lors des tests en 2016.

Un autre porteur fabriqué localement, utilisant le même TEL que le Grim-2, qui pourrait avoir été utilisé pour l’attaque, est un missile de croisière dérivé du Kh-55 de fabrication russe. Les détails disponibles sur le développement de cette arme, qui aurait également été étudiée pour des applications navales et aéronautiques, sont encore plus limités, mais nous savons que, théoriquement, elle devrait avoir une portée de 280 kilomètres avec un système de navigation inertielle assisté par GPS et être capable de charger plusieurs types d’ogives, y compris celles chargées de sous-munitions.

En revanche, l’attaque aurait pu être menée à l’aide de nouvelles munitions pour les Himars : la portée actuelle des roquettes fournies à l’Ukraine est de 70 kilomètres, avec les versions M-30 et M-31, mais le M-142 peut également lancer les ATACMS les plus performants, qui ont une portée de plus de 300 kilomètres. Nous savons que le Congrès américain a récemment exprimé son opinion positive bipartisane sur l’envoi de ces missiles en Ukraine, mais l’exécutif américain ne semble pas disposé à fournir une telle capacité pour le moment en raison du risque d’escalade et d’extension du conflit. Toutefois, la possibilité que les ATACMS soient déjà discrètement arrivés en Ukraine ne peut être exclue, raison pour laquelle l’attaque n’a pas été revendiquée par Kiev afin d’éviter tout embarras à Washington.

En revanche, il est difficile, mais pas impossible, que les missiles antinavires Neptun ou les Harpoons aient pu être utilisés. Le Harpoon dispose d’un système de navigation inertielle et dans les versions les plus récentes, il est assisté par GPS, ce qui offre une plus grande précision. Pour attaquer les navires, le GPS/INS est utilisé pour approcher la position où le navire devrait se trouver, moment auquel le radar actif du missile prend le relais pour trouver la cible. Pour une attaque terrestre, le système de guidage peut être utilisé pour naviguer et atteindre les coordonnées spécifiées.

Le Harpoon n’est cependant pas très adapté à une attaque terrestre : bien que l’ogive soit relativement grande, elle est optimisée pour frapper les navires, donc pour pénétrer leur coque, de plus il présente des caractéristiques de fragmentation pas parfaitement adaptées à une attaque terrestre (problèmes liés au rayon d’explosion). Son profil de vol, conçu pour être « en surface » ou survoler la mer, peut également ne pas être optimal pour les attaques au sol, car il ne lui permet pas de voler « derrière des obstacles » et de se dissimuler des radars adverses. De ce dernier point de vue, il semble toutefois que les forces ukrainiennes aient frappé les systèmes de missiles de défense aérienne russes S-300 présents dans la zone avec une frappe préventive effectuée avec les missiles Agm-88 Harm dont on a récemment découvert qu’ils étaient utilisés dans le conflit : si tel était le cas, les Harpoons auraient pu être facilement utilisés, ainsi que les Grim-2, à supposer que ces derniers soient opérationnels.

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