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Les mercenaires russes au Mali et au-delà. L’embarras de la France et de l’UE

(Rome, Paris, 28 janvier 2022). L’attitude d’Emmanuel Macron face à la crise ukrainienne est très prudente. Sa tentative de médiation visant Vladimir Poutine et sa proposition d’une rencontre entre des délégations diplomatiques de France, d’Allemagne, de Russie et d’Ukraine ont déplu à Joe Biden et ont animé la diplomatie internationale. Selon le décryptage de Marco Valle dans le journal italien «Il Giornale/Inside Over», le président français a ainsi été contraint de rassurer ses alliés sur la fermeté de Paris tout en insistant sur le maintien des canaux ouverts avec Moscou et en réitérant (plus par courtoisie qu’autre chose…) la nécessité d’un rôle pour l’Union européenne. Une série de gestes qui confirment l’exception française et rappellent le dialogue franco-soviétique, mal accueilli par Washington, vécu par Charles de Gaulle pendant la guerre froide.

Mais pour Emmanuel Macron, il n’y a pas que le problème ukrainien. Outre l’accent mis sur les relations commerciales et énergétiques (5,2 milliards d’euros en 2020 et plus de 500 entreprises opérant sur le marché russe), le gouvernement français est également attentif (et très préoccupé) à l’expansion de Moscou dans l’ancienne «région» française, Afrique saharienne, «l’arrière-cour» depuis soixante ans.

Une confrontation souterraine qui a débuté en 2017 lorsque le président de la République centrafricaine (ancienne colonie française) Faustin Archange Touadéra a rencontré le ministre russe des Affaires étrangères Sergej Lavrov. Dans la foulée, Moscou a demandé au Conseil de sécurité de l’ONU une dérogation à l’embargo sur les armes, en vigueur depuis 2013 en Afrique centrale, afin de pouvoir faire don d’armements et lancer un programme d’entraînement des Forces armées centrafricaines (FACA). Après une négociation complexe, des fusils d’assaut, des mitrailleuses et des lance-roquettes RPG sont arrivés pour deux bataillons des FACA entraînés par les 175 conseillers militaires russes à la base de Bérengo, à 60 kilomètres à l’ouest de la capitale Bangui ; une première étape. Puis la garde présidentielle a été renforcée par une section des forces spéciales de Moscou et le 21 août 2018 un accord militaire est entré en vigueur. En contrepartie, Bangui a accordé à deux sociétés russes – Lobaye Invest et Sewa Security Service – l’exploitation des champs de Ndassim, Birao, Bouar et Bria. Le Kremlin se réjouit de ce cadeau puisque les entreprises appartiennent à Evgueni Prigogine, plus connu comme « le chef de Poutine » et le financier (bien qu’il le nie) des combattants étrangers du groupe Wagner, une structure militaire toujours en activité dans le Donbass, en Syrie, en Libye et au Mozambique.

Les hommes du groupe Wagner sont désormais descendus en force au Mali à la demande ouverte de la junte militaire au pouvoir après le coup d’Etat de mai dernier. Une présence encombrante puisque depuis 2014 les troupes françaises, engagées dans l’opération Barkhane, et à partir de 2020, au sein de la task force européenne Takuba (à laquelle l’Italie participe avec 200 hommes des forces spéciales), opèrent dans le pays contre la menace terroriste intégriste. Une contribution que la junte putschiste installée à Bamako – très intolérante au poids de la France et non reconnaissante envers l’Union européenne – voudrait réduire sinon totalement annuler pour s’appuyer sur les mercenaires russes et leurs parrains moscovites. D’où une série croissante de « mépris » du gouvernement malien à l’égard des contingents étrangers indésirables qui ont culminé lundi dernier par la demande péremptoire au gouvernement danois de retirer ses 90 soldats dans les plus brefs délais. Un geste qui a une nouvelle fois pris Paris au dépourvu, déjà inquiet par le désengagement annoncé de la Suède, pas du tout content de voir ses hommes « cohabiter » avec ceux de Wagner, et qui fragilise encore son emprise sur tout le Sahel.

Le lundi 24, une autre gifle est arrivée du Burkina Faso (encore une autre ancienne colonie), théâtre d’un coup d’État fortement anti-français, et là aussi, la main de Moscou est suspectée, ajoute M. Valle. Ce n’est pas un hasard si le putsch a été salué avec enthousiasme par le sulfureux Evgueni Prigogine qui a applaudi « la nouvelle décolonisation africaine » sur le réseau social russe VK. Pour le « chef de Poutine », la faute incombe entièrement à « l’Occident qui opprime ces Etats en supprimant leurs priorités, en imposant des valeurs étrangères aux Africains ».

Et Marco Valle d’ajouter que M. Macron, quand et s’il rencontre le tsar Vladimir, ne manquera certainement pas de sujets à aborder et de points sur lesquels (peut-être) s’accorder.

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