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Le Liban, à l’heure des choix

(Rome, Paris, 24 mars 2021). Plusieurs jours après notre analyse (cliquez sur ce lien), Valeurs Actuelles dit la même chose avec des pincettes.

La France se doit d’épauler, avec humilité mais fermeté, les Libanais dans leur volonté de redressement national, exhorte le député LR Julien Aubert. Tribune.

S’il est un pays pour lequel la France a une responsabilité particulière, c’est le Liban. Né de la volonté française au moment du mandat de la Société des Nations (SDN), le pays du Cèdre a toujours revendiqué sa francophilie. Il est aujourd’hui confronté à une crise existentielle, et il apparaît indispensable que la France, avec humilité mais fermeté, épaule les Libanais dans leur volonté de redressement national.

Pour cela, quatre idées forces me semblent devoir conduire l’action diplomatique de la France. La première est de ne pas faire du Liban un sujet connexe, une variable d’ajustement d’un accord plus global au niveau du Proche et du Moyen-Orient. Je pense notamment au sujet du nucléaire iranien, pour lequel les pays occidentaux attendent des signaux positifs de Téhéran. La contrepartie ne saurait être par exemple de laisser les mains libres à ce pays via le Hezbollah au Liban. Je pense aussi au problème du maintien de Bachar el-Assad en Syrie, qui ne saurait être lié au douloureux problème des déplacés syriens sur le sol libanais : il faut œuvrer à encourager les retours au pays à l’intérieur du territoire syrien, sachant que les naissances déclarées d’enfants syriens sont presque égales en nombre aux naissances d’enfants libanais.

La seconde est de préserver l’unité nationale en mettant tout en œuvre pour empêcher une partition qui signerait la fin d’un Liban autonome. Cette idée, propagée par certains partis chrétiens hostiles au Hezbollah, ne peut pas être non plus la solution aux problèmes actuels. Au contraire, il faut travailler à l’émergence du Liban de demain. Au niveau national, l’expertise française pourrait être mobilisée pour accompagner la réflexion constitutionnelle libanaise et l’élaboration d’un statut civil commun à l’ensemble des communautés. Au niveau local, les collectivités locales ont un rôle à jouer, en nouant des liens privilégiés avec leurs homologues libanais. Il en va de même pour les établissements scolaires et universitaires français.

La troisième est de rechercher une solution politique qui associe les leaders communautaires traditionnels mais parfois vieillissants, mais aussi les forces vives de la Nation, sans que la diaspora puisse même partiellement prétendre jouer ce rôle. Cela passe par aider le Liban à se débarrasser du fléau de la corruption endémique. La France peut œuvrer discrètement à une solution intermédiaire en incitant certains caciques à quitter la vie politique en échange de remboursements partiels des fonds détournés. Elle peut surtout accompagner les associations de lutte contre la corruption dans leurs demandes d’enquêtes internationales engagées pour lutter contre les biens mal acquis de certains responsables libanais. Elle peut enfin lier certaines des aides internationales à un audit complet des comptes de la banque centrale du Liban.

La quatrième est d’accompagner économiquement un Liban que la crise financière a gravement fragilisé. Cela passe par l’ouverture de crédits pour certaines entreprises libanaises, notamment le secteur agro-alimentaire et dans le domaine des services du savoir, tout en rassurant les investisseurs et sociétés d’assurance de crédits françaises engagées au Liban. En termes d’aides octroyées par l’Agence française de développement (AFD), il conviendrait de renforcer notre politique en passant à des subventions plutôt que des prêts, notamment au secteur agricole libanais.

C’est au milieu des crises que les liens d’amitié sont mis rudement à l’épreuve. La disparition du Liban serait un choc géopolitique majeur dans l’arc méditerranéen et le coût pour la sécurité régionale bien supérieur à une action préventive. Agissons.

Julien Aubert-député LR

(Valeurs Actuelles)

(NDLR : rappelons que le chef de file des souverainistes, Samir Geagea, avait proposé dès septembre 2019, un gouvernement de technocrates. Dès le début du Hirak, ses ministres ont démissionné du gouvernement et il a appelé à la démission des députés de toutes les formations souverainistes, en vain. Le chef des Forces Libanaises, considéré comme le dernier obstacle contre la dislocation du Liban et le sauveur du pays, estime que l’unique solution qui peut sortir le Liban de sa crise passe par la refondation du système politique à travers des élections législatives anticipées). 

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