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ANALYSE / Le Liban et sa descente en enfer: les Libanais ont le choix entre « mourir de faim » ou « mourir persécutés »

(Roma-19 juin 2020). Rien ne va plus au Liban. Après le discours télévisé de Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, le 16 juin, relatif à l’entrée en vigueur de la loi américaine « The Caesar Syria Civilian Protection Act« , dite la loi César du nom de l’officier syrien déserteur avec plus de 55.000 photographies de prisonniers suppliciés, le Liban a connu une nouvelle flambée de violence. Tout simplement parce que les services de renseignement, aux ordres du Hezbollah, ont arrêté des militants qui ont publié des vidéos sur les réseaux sociaux, hostiles à la politique suicidaire du Hezbollah.

Ce jeudi, après l’arrestation du militant Michel Chamoun, des centaines de personnes ont manifesté devant le Sérail de Jounieh et coupé l’autoroute, au nord de Beyrouth, pour réclamer sa libération immédiate et inconditionnelle. Chamoun a eu le courage de dire tout haut ce que pense la majorité des Libanais tout bas: « si Hassan Nasrallah aime tant l’Iran, il n’a qu’à aller y vivre. S’il veut mourir pour l’Iran, c’est son problème, mais il n’a pas le droit d’entraîner les Libanais dans la mort…« . Que du bon sens mais qui ne plait pas aux dirigeants, qui pénalisent désormais toute critique qui vise le Président Michel Aoun ou le Guide suprême Hassan Nasrallah. Heureusement, sous la pression de la rue, Chamoun a finalement été relâché ce jeudi soir, mais la tension reste très vive, et les critiques de plus en plus acerbes.

Ces divergences entre Libanais quant à la relation avec les régimes sanguinaires – le dictatorial en Syrie et le théocratique en Iran – mettent le Liban devant un choix crucial: continuer sa soumission au Hezbollah et subir les sanctions occidentales dans le cadre de la loi César; ou se rebeller contre l’ordre du parti de Dieu et replonger dans le chaos. C’est le scénario que préconise le dictateur syrien Bachar Al-Assad et que met à exécution Hassan Nasrallah. A tour de rôle, ils ont menacé de « tuer tout individu qui ose réclamer le retrait du Hezbollah de Syrie, son désarmement, l’application de la Résolution 1559 du Conseil de sécurité de l’ONU, ou qui soutient les sanctions américaines ». Bachar Al-Assad désigne nommément les souverainistes « chrétiens et sunnites, vendus à l’impérialisme », dit-il. Ces derniers sont appelés à la plus grande vigilance. Si Saad Hariri songerait à prendre ses distances et à s’exiler en France, Walid Joumblatt semble privilégier son retrait dans la montagne du Chouf. Quant au premier pilier de l’alliance souverainiste, Samir Geagea, il demeure dans sa résidence de Meerab, avec les précautions qui s’imposent.

L’effondrement inéluctable

En attendant que tous les ingrédients soient réunis pour trouver une solution à cette crise existentielle, ou au contraire pour déclencher les hostilités, le Liban continue sa descente aux enfers, avec l’effondrement de sa monnaie face aux devises. Les dollars sont convoyés en Syrie par le Hezbollah, tout comme les carburants et la farine, les principaux produits de grande consommation subventionnés. Ce trafic se traduit par des pénuries (pain, électricité, médicaments…), des hausses des prix et une paupérisation galopante. Le résultat mécanique s’exprime à travers la relance des manifestations.

Pendant ce temps, les négociations avec le FMI sont au point mort, car le Liban refuse d’engager les réformes indispensables à sa survie et réclamées par l’institution internationale. Pour ne rien arranger, le conseiller du ministère des Finances, Henri Chaoul, également membre de l’équipe représentant le Liban aux négociations avec le FMI, a démissionné en raison de « l’absence de réelle volonté (de la part des responsables libanais) de mettre en œuvre des réformes ». Chaoul précise que « sans réformes profondes et douloureuses, nous nous embarquerions dans une décennie (ou deux) perdue et marquée par un environnement social chaotique et une hausse de la pauvreté qui augmente déjà à un rythme alarmant », dénonçant « une obstination à noyer le peuple dans des informations trompeuses et à bloquer tous les efforts pour aller dans la bonne direction ».

Ce témoignage vaut son poids en or. Car pour la première fois, il dénonce « les gens au pouvoir » qui ne semblent pas comprendre que chaque jour de retard est un jour perdu, un prix lourdement supporté par les citoyens d’aujourd’hui, puis par les générations futures ». Et d’ajouter que « chaque jour qui passe sans s’attaquer aux causes profondes de la crise et à la mise en œuvre des bonnes solutions augmente le risque d’implosion économique : les salariés perdent leur emploi, les entreprises ferment leurs portes, la dépréciation de la livre libanaise s’accélère, l’hyper-inflation, le non-fonctionnement des secteurs vitaux, tels que les hôpitaux et l’éducation, l’absence de soutien au secteur privé, aux services, à l’agriculture et à l’industrie manufacturière : l’espoir de reprise s’estompe ». En somme, rien de nouveau sous le soleil, puisqu’il s’agit exactement des problèmes dénoncés par les manifestants depuis le 17 octobre, mais que le pouvoir refuse d’écouter.

D’ailleurs, c’est en effet ce que Chaoul confirme dans sa conclusion: « Je me suis rendu compte qu’il n’y a pas de réelle volonté de mettre en œuvre des réformes ou une restructuration du secteur bancaire, y compris de la Banque centrale. En conséquence, j’ai choisi de me retirer de l’équipe consultative. Je ne serai pas témoin de cette inaction préjudiciable, convaincu que tout ce qui n’est pas une solution à part entière mettra en péril tout espoir de réparer notre système en décomposition ».

Ce témoignage de l’intérieur de l’équipe dirigeante atteste que celle-ci a sciemment laissé la situation pourrir, et le Liban se décomposer sous les agissements du Hezbollah et de ses alliés, de ses agents ou de ses obligés, dont Michel Aoun, Gebran Bassil (et les nouveaux partisans du Courant Patriotique Libre, car les militants authentiques, en désaccord avec la politique suicidaire de Michel Aoun, sont en rupture avec le parti) et les formations opportunistes qui ont troqué leur âme contre des ministères ou des postes de la fonction publique. Leur objectif est d’accélérer l’effondrement du Liban et son exclusion de son environnement arabe et occidental, afin de justifier son rattachement à l’axe de Résistance et de réaliser le rêve du Hezbollah d’étendre la République islamique d’Iran sur le Liban.

Il est temps que les Libanais prennent leur sort en main et de décider s’ils veulent poursuivre leur soumission au Hezbollah et mourir de faim, ou s’ils se révoltent et réveillent le conflit dormant? Après tout, si la faim tue sans distinction, les chances de survie d’un conflit sont plus grandes. Au moins, les survivants auront le droit à l’honneur. Winston Churchill avait résumé une situation similaire face au nazisme: « Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre ».

Magdi W.

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