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Les hackers s’attaquent aux supermarchés européens : la nourriture devient une cible

(Rome, 2 novembre 2026). Les Hackers s’attaquent non seulement aux données, mais ils menacent désormais nos assiettes. De nouvelles attaques dans six pays de l’UE sabotent en effet les systèmes de réfrigération, perturbant les chaînes d’approvisionnement et faisant planer le risque de ruptures en rayon. Désormais, la cyber-sécurité s’impose comme un enjeu stratégique pour la sécurité alimentaire

La Belgique, la Suède, l’Irlande, l’Estonie, les Pays-Bas, la Finlande et le Luxembourg ont été victimes d’une cyberattaque ciblant les systèmes de réfrigération d’importantes chaînes de supermarchés. En quelques heures, cette situation a contraint des centaines de points de vente en Europe à fermer temporairement et à jeter des tonnes de nourriture, engendrant de lourdes répercussions économiques, rapporte Sara Dellabella de l’agence italienne «AGI».

Des réfrigérateurs transformés en armes contre la chaîne alimentaire

«Et si la prochaine crise alimentaire européenne commençait derrière les portes d’un supermarché, sans pénurie agricole ni catastrophe climatique, mais à la suite d’une cyberattaque» ? S’interroge un expert italien. Ce type d’attaques soulève une question essentielle : s’agit-il d’actes opportunistes exploitant des failles informatiques, ou d’une nouvelle forme de sabotage visant un secteur vital pour les sociétés européennes ?

Dans un contexte de tensions géopolitiques accrues, les infrastructures civiles peuvent présenter un intérêt stratégique pour des acteurs étatiques ou des groupes agissant avec leur soutien.

La guerre hybride consiste à combiner différents moyens de pression (entre autres, cyberattaques, opérations d’influence, sabotage et désinformation) pour affaiblir un adversaire sans nécessairement déclencher un affrontement militaire ouvert. L’alimentation pourrait constituer une cible dans une telle stratégie. Perturber la distribution, occasionner des pertes économiques et entretenir un sentiment d’insécurité, permettrait potentiellement d’exercer une pression sur une société tout en compliquant l’identification des responsables.

En Belgique, 40 points de vente sabotés

En Belgique, une quarantaine de magasins Delhaize ont été touchés, tandis que Carrefour a aussi signalé des sabotages dans 15 de ses magasins. Selon l’AFP, les enseignes Colruyt et Intermarché, déjà ciblées il y a quelques semaines, ont elles aussi rencontré des problèmes techniques.

Au Luxembourg, les dégâts se limitent à quelques magasins Delhaize. En Suède, l’un des premiers pays à avoir donné l’alerte ce matin, c’est l’enseigne ICA, l’une des plus grandes chaînes du pays, avec environ 33 % de parts de marché, qui a été frappée par l’attaque. L’entreprise a rapporté que plusieurs de ses magasins ont été visés par une cyberattaque durant la nuit, les pirates ayant modifié à distance les réglages des réfrigérateurs et congélateurs pour faire monter la température jusqu’à 50 degrés Celsius.

Des cyberattaques également en Suède et aux Pays-Bas

Selon des informations communiquées au quotidien suédois «Aftonbladet», plusieurs établissements de la chaîne Coop ont également été affectés. En Irlande, les systèmes de 13 supermarchés «SuperValu» ont été compromis. Aux Pays-Bas, en revanche, selon la chaine publique «NOS», ce ne sont pas les grandes enseignes de la distribution qui ont été touchées, mais surtout de petites entreprises et des commerces de proximité.

L’Estonie figure également parmi les victimes de ces manipulations à distance des systèmes de réfrigération. Jann Mutso, responsable chez «Kitman Coldtech», une entreprise qui fabrique et distribue des technologies de réfrigération, a déclaré au média estonien «ERR» que l’un de ses clients avait été attaqué et que d’autres incidents avaient eu lieu. «Je ne connais pas encore les détails précis, mais d’autres clients en Estonie ont aussi été touchés, pas seulement les nôtres. C’est très récent, cela s’est produit ce matin», a affirmé Mutso. Mariann Jarvela, responsable de la communication chez «Selver», a confirmé qu’un point de vente du groupe avait été visé par les hackers. La Finlande semble, elle aussi, être dans le collimateur des pirates informatiques. Hier soir, des anomalies de température ont été constatées dans les installations frigorifiques de certains magasins «K-store», a indiqué Petri Kayhko, responsable de la sécurité chez «Kesko», dans un courriel adressé au journal «HS». Kesko enquête actuellement sur les causes du problème ; une intervention via le réseau ne peut être exclue à ce stade, at-t-il ajouté.

Des précédents dans l’Hexagone

Ce scénario rappelle fortement les événements survenus il y a un mois au sein de grandes chaînes de distribution en France, où des incidents avaient également eu des répercussions en Belgique et aux Pays-Bas. Dans la nuit du 11 au 12 octobre, une cyberattaque a en effet touché plusieurs centaines de supermarchés en France. Des systèmes de réfrigération ont été manipulés à distance, provoquant une hausse anormale des températures, la détérioration de denrées alimentaires et, dans certains magasins, des dégâts matériels importants. Ce nouveau type de sabotage est encore plus insidieux que les violations de données, car il affecte directement les citoyens, quel que soit leur milieu social, transformant les denrées alimentaires en un instrument de conflit et de tension sociale.

La grande distribution dans le viseur des pirates

Il ne s’agit toutefois pas d’un phénomène isolé. Ces dernières années, la grande distribution est devenue une cible de plus en plus fréquente pour des groupes criminels et des acteurs hostiles, conscients de l’impact immédiat qu’une interruption de l’approvisionnement alimentaire peut avoir sur la population. Auparavant, certaines chaînes européennes avaient déjà été contraintes de suspendre temporairement leurs ventes en ligne, leurs paiements électroniques et leurs activités logistiques en raison d’intrusions dans leurs systèmes informatiques.

La nouveauté, dans les attaques les plus récentes, réside toutefois dans le passage de la compromission de données à l’altération d’infrastructures physiques, allant des entrepôts aux systèmes de réfrigération. Une évolution qui suscite des inquiétudes quant à la sécurité des chaînes d’approvisionnement alimentaire européennes et à la protection des infrastructures civiles critiques.

Quand une faille menace des centaines d’équipements centralisés

Le système de réfrigération centralisé, longtemps privilégié pour sa performance énergétique et sa facilité de gestion, pourrait aujourd’hui révéler une faiblesse majeure : sa dépendance à des dispositifs de commande numériques capables de piloter simultanément de nombreux équipements. Dans un contexte marqué par les cyberattaques et les risques de sabotage, cette architecture soulève une question essentielle : faut-il continuer à centraliser le contrôle du froid alimentaire dans des systèmes susceptibles de devenir des points de défaillance uniques ?

Ce risque est particulièrement préoccupant lorsque les équipements frigorifiques sont reliés à des systèmes de supervision accessibles à distance. Une compromission des commandes, des identifiants d’accès ou du logiciel de gestion peut permettre à un intrus de modifier des paramètres essentiels, voire de perturber le fonctionnement normal de l’installation.

Pour les spécialistes en la matière, la sécurité d’un supermarché ne dépend plus uniquement de la protection de ses locaux, de ses réserves ou de ses équipements internes, mais elle dépend aussi de la capacité à empêcher qu’une intrusion informatique ne se transforme en incident opérationnel. «Face à ces risques, certains acteurs nationaux pourraient préconiser l’abandon des systèmes centralisés au profit d’installations indépendantes», ajoute l’expert italien. Et de conclure que l’«idée repose sur un principe simple : éviter qu’une seule compromission puisse affecter simultanément une grande partie des équipements frigorifiques».

Par Léa P. (Roma)

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