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Moyen-Orient : un troisième porte-avions US met le cap sur le Golfe. Trump envisage des frappes après le vote de novembre

(Rome, 02 octobre 2026). Washington renforce encore sa présence militaire au Moyen-Orient tandis que les tensions avec Téhéran restent élevées. L’envoi de l’USS Theodore Roosevelt (qui a quitté San Diego avec 2.000 Marines à son bord) dans la zone, intervient à l’approche des élections de mi-mandat américaines, tandis que Donald Trump, rejette le plan iranien, envisage nouvelles sanctions et laisse ouverte la possibilité de nouvelles frappes contre l’Iran après le scrutin du 3 novembre

Plusieurs images d’une même semaine

Un pétrolier en feu dans le détroit d’Ormuz, touché jeudi par un projectile dont l’origine n’a été revendiquée par personne. Un pont d’envol qui s’éloigne du quai de San Diego, dimanche, la proue tournée vers l’ouest et un président qui, jeudi soir, promet la «victoire» aux ouvriers d’une usine de camions à Denton, au Texas. Trois images d’une même semaine, sept mois après le début de la guerre avec l’Iran, tel que rapporté par le portail «Notizie Geopolitiche.net».

Un renfort massif dans les eaux iraniennes

Washington dépêche un troisième porte-avions dans les eaux entourant l’Iran. C’est ce qu’a confirmé un responsable américain à la chaine Al-Jazeera : le groupe aéronaval de l’USS Theodore Roosevelt a quitté la Californie dimanche, suivi le lendemain par la force amphibie de l’«USS Makin Island», avec plus de 2.000 Marines à bord. D’ici la fin du mois de novembre, trois porte-avions et deux groupes amphibies seront déployés autour de l’Iran, mobilisant des milliers d’hommes et des dizaines de chasseurs F-35 supplémentaires, qui viendront s’ajouter aux quelque 50.000 militaires déjà présents dans la zone. Parallèlement, Donald Trump a rejeté le plan de paix présenté par Téhéran à l’ONU et a déclaré, dans un entretien accordé à l’hebdomadaire «Time», que l’action militaire pourrait reprendre après les élections de mi-mandat du 3 novembre si aucun accord satisfaisant n’est conclu.

Un simple renforcement ou le prélude à une offensive ?

«Le déploiement du Roosevelt ne signifie pas, à lui seul, qu’une offensive est décidée», estime un expert militaire régional. «Le déploiement d’un porte-avions ne permet à Washington qu’accroître ses capacités aériennes et de disposer de davantage d’options militaires, mais il peut également servir à renforcer la dissuasion, protéger les forces américaines et sécuriser les voies maritimes», ajoute notre source.

Pour leur part, les responsables iraniens ne cessent de menacer : ils préparent déjà une riposte plus importante en cas de nouvelles attaques américaines. Ils envisagent notamment d’élargir le champ des représailles à des pays et des installations soutenant Washington au-delà du Moyen-Orient. Ces menaces pourraient ainsi exposer davantage les bases américaines, les alliés de Washington dans le Golfe, les infrastructures énergétiques et, surtout, le trafic maritime.

Un dispositif déjà imposant

Le dispositif était déjà imposant. Dans le Golfe, opèrent l’«USS George H.W.  Bush», arrivé en avril, et l’«USS George Washington», qui a relevé l’«Abraham Lincoln» à la mi-août ; dans la mer d’Arabie croise le groupe amphibie de l’«USS Boxer» avec son unité expéditionnaire de Marines. Avec le «Roosevelt» et le «Makin Island» (plus de 7.000 marins et 2.000 Marines au total), l’effectif embarqué dépasse les 20.000 hommes, avec des centaines d’aéronefs et une vingtaine de navires : les trois premiers porte-avions réunis depuis avril dernier. Le Pentagone a par ailleurs prolongé la présence des batteries de défense aérienne et de la 82e division aéroportée. Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a qualifié ces forces de «prêtes à partir». De plus, des sources au sein du Pentagone et de la Maison Blanche ont fait savoir qu’aucun dispositif ne serait retiré, même en cas d’accord.

L’échéance du 3 novembre

Pourquoi précisément le mois de novembre ? Parce que les Américains renouvellent le Congrès le 3 novembre. Selon le «Wall Street Journal», Donald Trump aurait confié à ses collaborateurs s’attendre à une reprise des raids ce mois-là. Au magazine «Time», il a ajouté qu’il ne croyait pas qu’il ne soit «jamais possible d’avoir la paix» avec l’Iran. À Denton, dans l’usine de Peterbilt Motors, il s’est montré plus direct : l’Iran «est prêt à céder», la victoire surviendra «juste après les élections, peut-être même avant», «je fais en sorte que l’Iran s’effondre très vite». Quant à l’interlocuteur : «Nous ne savons pas avec qui de diable traiter. Personne ne veut être président». À ce stade, les navires et le scrutin partagent la même échéance.

Une échéance désormais explicitement liée au scrutin !

Donald Trump lie ainsi l’issue de la guerre au calendrier électoral américain. Il a déjà évoqué par le passé l’idée qu’un changement du régime iranien pourrait être souhaitable. Mais les déclarations actuelles ne permettent pas de conclure qu’un plan opérationnel américain de transition politique soit arrêté. Ce que l’on peut établir, en revanche, c’est la combinaison de trois éléments : une guerre qui dure depuis plusieurs mois ; un renforcement militaire américain considérable ; et des déclarations présidentielles envisageant explicitement une nouvelle intensification avant ou après les élections. «C’est cette combinaison qui rend crédible une nouvelle offensive majeure. Elle ne permet pas, en revanche à elle seule, de prédire la chute du régime», affirme une source iranienne en exil.

Le plan de Téhéran

La proposition iranienne a été présentée à l’Assemblée générale des Nations unies par le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi : la réouverture du détroit d’Ormuz et la reprise des négociations sur le nucléaire sous sept jours, en échange de la levée du blocus naval américain, du déblocage d’environ 12 milliards de dollars de fonds gelés, de la suspension des sanctions pétrolières et d’une trêve régionale étendue au Liban et au Yémen. Le Qatar joue les intermédiaires : la réponse américaine a été remise à Doha dans la soirée du 30 septembre. Mais Trump avait déjà tranché le samedi 26 : «Ils veulent conclure un accord et je pense que c’est une bonne chose. Moi aussi, j’en voudrais un. Mais cet accord-là ne serait pas acceptable». L’Iran négocie, a-t-il affirmé, parce qu’il «perd lamentablement». L’ambassadeur américain auprès de l’ONU, Mike Waltz, a expliqué à NBC que les fonds et les sanctions ne sont pas négociables : «Il ne s’agit pas seulement de sanctions des États-Unis, ce sont des sanctions mondiales», fondées sur sept résolutions du Conseil de sécurité.

La proposition iranienne arrive dans un rapport de forces profondément modifié

Le problème du régime actuel est que le rapport de force régional n’est plus celui d’avant la guerre. Washington ne semble plus vouloir seulement négocier le retour à une situation antérieure ; il cherche à faire de la négociation elle-même un instrument de transformation du rapport de force régional. Trump ayant rejeté l’offre iranienne tout en laissant ouverte la possibilité de nouvelles frappes, le risque est que la diplomatie ne serve plus à sortir de l’escalade, mais à préparer le prochain rapport de force.

L’étau des sanctions se resserre

Le 1er octobre, le Trésor américain a encore durci le ton. Dans le collimateur : les industries automobile et ferroviaire. Sont visés deux constructeurs couvrant plus de 90 % du marché intérieur iranien, le principal fabricant de motos du pays, deux compagnies ferroviaires ainsi que deux aciéries chinoises accusées de travailler pour le compte d’un entrepreneur irano-dominicain basé à Hong Kong. Pour le Trésor, ces deux secteurs constituent «certains des derniers éléments significatifs» de l’infrastructure industrielle iranienne et sont «profondément imbriqués» avec les Pasdaran, les Gardiens de la révolution. L’opération porte même un nom : «Economic Outcast» (le paria économique). Parallèlement, le service de lutte contre le blanchiment d’argent du Trésor a proposé d’interdire tout transfert de fonds via A7, un réseau bancaire parallèle lié à la Russie et désigné comme organisation criminelle transnationale.

Avec le déclenchement de ces sanctions, Washington cherche à fermer progressivement les voies de contournement : si le pétrole ne peut plus sortir normalement par la mer, il faut également empêcher le régime de réorganiser ses circuits de transport et de financement à l’intérieur du pays.

Ormuz et le prix du brut

Pendant ce temps, le détroit reste une zone de tir. Jeudi, le service de la marine britannique chargé de recueillir les alertes des navires marchands a signalé qu’un pétrolier avait été touché en transit par un projectile non identifié, provoquant un incendie à bord : «L’équipage est sain et sauf ; l’ampleur des dégâts et l’impact environnemental ne sont pas encore connus». Le mardi 29 septembre, trois autres navires (un pétrolier, un méthanier et une troisième unité) avaient déjà été touchés, là encore sans revendication ni attribution de responsabilité. Jeudi, le cours du Brent a grimpé de plus de 4 dollars pour s’établir entre 100 et 105 dollars le baril, soit environ 50 % de plus que les 72 dollars enregistrés fin février, au moment où le détroit avait été effectivement fermé. Trump revendique un contrôle «pratiquement total» du passage. Le 5 septembre, le commandement américain pour le Moyen-Orient avait détruit des pétroliers liés aux Pasdaran après le tir de missiles balistiques contre des navires américains ; son commandant, l’amiral Brad Cooper, avait averti : «Si vous tirez sur deux de nos navires, nous vous ferons payer un prix économique encore plus élevé».

Téhéran joue la carte de la défiance

A l’heure actuelle, aucune réaction ne vient de Téhéran concernant le départ du porte-avions «Roosevelt». Le président Massoud Pezeshkian a déclaré à Al-Jazeera : «Nous n’avons aucune confiance dans la partie américaine et nous ignorons sur quelle base un accord pourrait être trouvé» ; il a nié que l’Iran soit responsable de la fermeture d’Ormuz («ce sont les États-Unis qui ont bloqué les routes devant nous») et a assuré que le détroit rouvrirait si les négociations mettaient fin à la guerre. Sur NBC, Araghchi a affirmé que son pays était «pleinement prêt» à reprendre les combats, avant d’adopter un ton différent sur la plateforme X : «Nous ne sommes pas venus à New York pour vendre une guerre». «Nous sommes venus pour bâtir la paix».

L’équation d’Araghchi est politiquement forte, mais elle devra être confrontée aux décisions concrètes de Téhéran : les conditions d’ouverture du détroit, le nucléaire, les inspections, le soutien aux groupes armés régionaux, les garanties exigées des États-Unis et la capacité à accepter un compromis. Nombreux sont les analystes qui s’interrogent : «Et si, derrière la confrontation sur le nucléaire et le détroit d’Ormuz, se jouait en réalité une bataille pour savoir quel Iran émergera de cette guerre : un Iran contraint de renoncer à une partie de son influence régionale, ou un Iran qui, malgré l’affaiblissement de ses mandataires et alliés et l’étau économique, parviendra à préserver l’essentiel de son appareil d’État et de ses capacités de nuisance» ?

Une guerre de leviers

Pour Abbas Aslani, analyste au Centre d’études stratégiques sur le Moyen-Orient de Téhéran, la question n’est plus de savoir s’il faut négocier, mais «qui abandonnera en premier son principal levier» : le blocus naval pour Washington, la fermeture du détroit pour l’Iran.
Richard Schmierer, ancien ambassadeur américain, voit Trump pris en étau entre un report au-delà du scrutin et le coût politique de concessions semblables à celles du protocole d’accord de juin, finalement avorté. La guerre a débuté le 28 février avec les attaques américaines et israéliennes.

Les Pasdaran s’adressent aux électeurs américains

De leur côté, les Pasdaran ont choisi un destinataire inhabituel : les électeurs américains. «L’administration Trump doit changer», ont-ils écrit dans un appel que le département d’État a qualifié de «propagande, et non de paix».

A lire : Iran : le pétrole sous la menace, les Pasdarans s’adressent au peuple américain

Le 1er octobre, ils ont salué le retrait américain d’Irak comme une «victoire historique» : «L’Amérique doit quitter la région». Près de 70 % des Américains, selon les sondages, estiment que cette guerre n’en valait pas la peine. Le 3 novembre, jour du scrutin, le «Roosevelt» devrait se trouver à mi-chemin entre le Pacifique et le Golfe.

Par Paolo S. (Roma)

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