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Iran : pour la sixième nuit, les États-Unis frappent des infrastructures civiles. Téhéran riposte en visant des bases américaines

(Rome, 17 juillet 2026). L’affrontement entre Washington et Téhéran franchit un nouveau seuil. Pour la sixième nuit consécutive, les américains ont mené des frappes en Iran, visant selon les autorités iraniennes plusieurs infrastructures civiles. En riposte, le Corps des gardiens de la révolution islamique affirme avoir attaqué des bases militaires américaines dans la région

Une nouvelle escalade militaire dans le Golfe

La guerre entre les États-Unis et l’Iran est entrée dans sa phase la plus violente. Pour la sixième nuit consécutive, l’US Air Force a lancé des attaques massives sur le territoire iranien, frappant des objectifs qui vont bien au-delà des installations militaires. Selon l’agence iranienne IRNA, les frappes aériennes menées dans la nuit de jeudi à vendredi ont visé plusieurs infrastructures civiles dans différentes provinces, faisant au moins huit morts et vingt blessés. Parmi les cibles visées figurent des centrales électriques, une gare ferroviaire dans le port de Bandar Abbas et plusieurs ponts dans la province d’Hormozgan ; l’attaque contre l’un de ces ponts a tué trois personnes et en a blessé neuf autres.

Le Commandement central des États-Unis (CENTCOM), écrit Roberto Vivaldelli dans le portail italien «Inside Over», a confirmé cette escalade, précisant que les opérations visent à «affaiblir davantage les capacités militaires iraniennes».

Les frappes ont pris pour cible des infrastructures stratégiques

Les médias locaux ont diffusé des images des frappes visant les ponts, tandis que les agences de presse font également état d’une attaque contre l’aéroport d’Iranshahr, dans le sud-est du pays. Cette situation concrétise les menaces du président Trump, qui, à maintes reprises, avait averti qu’il comptait détruire les ponts et les centrales électriques de la République d’Iran.

Le bilan global depuis le début des hostilités, survenu après l’échec des pourparlers de paix en Suisse, ne cesse de s’alourdir. L’Agence France-Presse, citant des sources à Téhéran, fait état de 38 morts et de plus de 400 blessés rien que depuis le 22 juin, jour où les deux délégations s’étaient réunies pour lancer un processus de négociation de 60 jours.

Téhéran revendique des frappes contre des bases américaines dans la région : Syrie et Koweït

La riposte de Téhéran a été rapide. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a revendiqué une attaque contre une base militaire américaine au Koweït, frappant un radar de défense antimissile, plusieurs dépôts d’armes ainsi que deux lanceurs HIMARS. Mais ce n’est pas tout : selon l’agence «Tasnim», le CGRI a également pris pour cible un centre de commandement des forces spéciales américaines à la base d’Al-Tanf, en Syrie, en représailles à la mort de soldats iraniens à Iranshahr, affirmant avoir détruit un système radar ainsi que plusieurs hélicoptères des forces spéciales et tué de nombreux soldats américains. Toutefois, cette affirmation reste à vérifier, dans la mesure où les forces américaines se sont retirées d’Al-Tanf en février 2026 et ont cédé la base à l’Armée syrienne.

Le détroit d’Ormuz au cœur des tensions

Quoi qu’il en soit, cette guerre s’invite dans le conflit économique et la stratégie asymétrique de l’Iran. Le CGRI a réitéré que tant que les attaques américaines se poursuivraient, «aucun pétrole ni gaz ne serait exporté par le détroit d’Ormuz». Cette déclaration a déjà eu un impact sur les marchés, entraînant une chute de la production et un arrêt total des exportations d’hydrocarbures.

Vers une régionalisation du conflit

Le conflit semble désormais prendre les dimensions d’une confrontation régionale de plus en plus vaste et alarmante. La Jordanie a confirmé avoir intercepté et abattu trois missiles iraniens se dirigeant vers son territoire, sans faire de victimes. Cela témoigne d’une extension rapide des tensions, entraînant dans leur sillage les alliés respectifs des deux camps. «Nous nous dirigeons rapidement vers des scénarios cauchemardesques qui, jusqu’ici, avaient été évités», a commenté Trita Parsi sur la plateforme X, analyste au «Quincy Institute for Responsible Statecraft», réagissant à une dépêche de Reuters indiquant que Téhéran avait demandé aux rebelles yéménites Houthis de se préparer à bloquer la route pétrolière de la mer Rouge si les États-Unis continuaient de frapper les infrastructures énergétiques du pays. «Même si une désescalade ne peut être obtenue à court terme, il faut éviter toute escalade supplémentaire. C’est essentiel», a-t-il ajouté. Un avertissement qui, malheureusement, risque de ne pas être entendu.

Une épreuve existentielle pour la République islamique

Reste une question centrale : combien de temps la République islamique pourrait-elle résister à cette pression américaine ?
Comme le souligne Vali Nasr dans le «Financial Times», il s’agit pour Téhéran d’une bataille existentielle : «L’Iran», observe-t-il, «cherchera à absorber la pression militaire américaine tout en intensifiant ses attaques contre des objectifs militaires ainsi que contre les infrastructures énergétiques et civiles américaines dans le Golfe. Son objectif est de faire comprendre que la guerre ne se limitera pas au niveau choisi par les Américains. Parallèlement, Téhéran acceptera les inévitables difficultés économiques qu’entraînerait un nouveau blocus naval américain, convaincu que la pression exercée sur l’économie mondiale (par la fermeture du détroit d’Ormuz, et potentiellement aussi du détroit de Bab-el-Mandeb et de la mer Rouge) finira par contraindre Trump à céder le premier».

Ormuz et Bab el-Mandeb : une arme à double tranchant

La menace iranienne de fermer le détroit d’Ormuz, voire de perturber également le trafic maritime à Bab el-Mandeb, demeure au cœur de sa stratégie de dissuasion. Mais son efficacité fait débat.

Un analyste iranien en exil, estime qu’un tel scénario frapperait avant tout les économies dépendantes des approvisionnements énergétiques du Golfe, en particulier en Asie et en Europe. Les États-Unis, devenus l’un des premiers producteurs mondiaux d’hydrocarbures, seraient relativement moins exposés aux conséquences directes d’un tel blocus et pourraient même tirer avantage d’une hausse durable des prix de l’énergie. Et notre source d’ajouter : «Téhéran, en revanche, s’exposerait à un isolement économique encore plus marqué, au risque d’aggraver une situation intérieure déjà fragilisée par les sanctions internationales et les difficultés économiques».

L’affaiblissement de l’Iran ne signifie pas sa défaite

Si le CENTCOM affirme que sa campagne vise à «affaiblir» progressivement les capacités militaires iraniennes, cette stratégie atteint rapidement ses limites si elle ne s’accompagne pas d’une opération terrestre visant des positions économiques et stratégiques majeures, insiste notre interlocuteur.

À ses yeux, une campagne exclusivement aérienne, même prolongée, ne suffirait pas à modifier durablement le rapport de force. Il estime qu’une véritable rupture nécessiterait le contrôle de points névralgiques, notamment certaines îles situées à l’entrée du détroit d’Ormuz, dont Abou Moussa, la Grande Tomb et la Petite Tomb, occupées par l’Iran mais revendiquées par les Émirats arabes unis. Leur éventuelle neutralisation constituerait, toujours selon lui, un levier stratégique autrement plus déterminant que la seule destruction d’infrastructures sur le continent iranien.

Une guerre d’usure se profile aux équilibres incertains

Au-delà des communiqués militaires et des démonstrations de force, une question domine désormais les analyses stratégiques : laquelle des deux parties dispose réellement de la capacité d’imposer sa volonté à l’autre ?

Selon une autre source iranienne bien au fait, le rapport de force demeure fondamentalement déséquilibré. «Un nain ne pourra jamais résister durablement à un géant», résume-t-elle, estimant que, malgré sa capacité à infliger des coûts à ses adversaires, les iraniens ne disposent ni des ressources économiques, ni de la profondeur industrielle, ni des moyens militaires conventionnels lui permettant de soutenir indéfiniment une confrontation directe avec les Américains.

Qui cédera le premier ?

L’issue du bras de fer dépendra finalement moins de l’intensité des frappes que de la capacité de chacun à absorber leurs conséquences politiques, économiques et militaires. Téhéran mise sur une stratégie d’usure destinée à convaincre Washington que le coût du conflit deviendra insoutenable. Les États-Unis, quant à eux, semblent privilégier un affaiblissement progressif de l’appareil militaire iranien tout en évitant, à ce stade, un engagement terrestre de grande ampleur.
Dans ce contexte, une interrogation demeure : la République islamique pourrait-elle supporter plus longtemps la pression économique et militaire, ou Washington jugera-t-il que le coût d’une confrontation prolongée excède les bénéfices stratégiques attendus ? A l’heure actuelle, aucune des deux parties ne paraît disposée à faire le premier pas vers un compromis, laissant planer le risque d’une escalade dont les répercussions dépasseraient largement la zone.

Par Léa P.

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