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Iran : Téhéran révèle que des «pays européens discutent avec les Pasdarans» afin d’assurer le transit des navires à Ormuz

(Rome, 16 mai 2026). Alors que les tensions restent vives autour du stratégique détroit d’Ormuz et des négociations entre Téhéran et Washington, l’Iran affirme que plusieurs pays européens discutent avec les Pasdarans pour garantir le passage de leurs navires. Entre-temps, le président iranien Massoud Pezeshkian interpelle le pape Léon XIV dans une lettre accusant les États-Unis et Israël de «crimes de guerre» et dénonçant une volonté occidentale d’affaiblir l’Iran

Selon la télévision d’État iranienne, plusieurs pays européens seraient en train de négocier avec les Gardiens de la révolution (Pasdaran) afin d’obtenir le passage des navires dans le détroit d’Ormuz. La chaine n’a cependant pas précisé de quels pays il s’agissait, mais a révélé que «suite au passage de navires en provenance de pays d’Asie de l’Est, notamment de Chine, du Japon et du Pakistan, nous avons reçu aujourd’hui des informations indiquant que des Européens ont aussi entamé des négociations avec la marine des Gardiens de la révolution afin d’obtenir une autorisation de transit», rapporte Daniela Comirato sur la chaine «TG LA7».

Pezechkian écrit au Pape Léon XIV

Quant à l’impasse dans les négociations avec les États-Unis pour mettre fin à la guerre, Massoud Pezeshkian a effectué une démarche surprenante. Le président iranien a en effet adressé une lettre au Pape Léon XIV, exhortant les nations à s’opposer aux exigences américaines, qu’il juge inacceptables.

L’agence de presse Mehr rapporte que, dans sa lettre au Pape, le président Pezeshkian a exposé au Souverain Pontife comment l’«agression israélo-américaine» lancée le 28 février a conduit à l’assassinat de l’ayatollah Ali Khamenei, de hauts responsables politiques et militaires, et de 3.468 citoyens, et a causé d’importants dégâts aux écoles, universités, hôpitaux, lieux de culte et infrastructures. Pezeshkian a qualifié ces actes de «crimes de guerre».

Les critiques contre Donald Trump

Citant des passages du Coran et de la Bible condamnant l’arrogance, Pezeshkian a salué la position «morale, logique et juste» du Pape concernant cette attaque et a déclaré que l’intention du président américain Donald Trump de «détruire la civilisation historique iranienne» révélait une illusion de puissance absolue. Pezeshkian a enfin souligné que les différentes communautés religieuses d’Iran coexistaient pacifiquement depuis des siècles et que l’Iran n’avait jamais menacé ses voisins.

  • Une communication iranienne à prendre avec prudence

Les déclarations iraniennes sur de supposées négociations entre plusieurs pays européens et les Pasdarans autour du détroit d’Ormuz soulèvent de nombreuses interrogations. À un moment particulièrement sensible (entre les déplacements diplomatiques de Donald Trump en Asie et les préparatifs américains et israéliens en vue d’une possible reprise des frappes) Téhéran peut aussi chercher à envoyer un message politique et stratégique. En laissant entendre que l’Europe traiterait directement avec les Gardiens de la Révolution, le régime iranien tente d’afficher une forme de reconnaissance internationale et de légitimité régionale, alors même que la pression militaire et diplomatique reste forte.

  • Une dénonciation sélective des violences

Dans sa lettre adressée au Pape Léon XIV, le président iranien présente l’Iran comme victime d’une «agression» extérieure et accuse Washington et Israël de «crimes de guerre». Mais cette lecture omet le rôle joué depuis des décennies par les Pasdaran et les groupes alliés de Téhéran (notamment le Hezbollah et les Houthis) dans plusieurs conflits du Moyen-Orient. De la Syrie au Liban, en passant par l’Irak ou le Yémen, l’influence militaire iranienne s’est souvent traduite par des déstabilisations régionales, des actions armées indirectes et un soutien à des mouvements accusés de violences contre des civils. Pour de nombreux observateurs régionaux, «ces responsabilités rendent difficile toute comparaison entre le discours victimaire du régime iranien et la réalité de son action régionale».

  • Des déclarations contredites par les menaces contre Israël

Lorsque Massoud Pezeshkian affirme que l’Iran «n’a jamais menacé ses voisins», cette affirmation apparaît également contestable au regard des déclarations répétées de dirigeants iraniens et de leurs alliés régionaux. Le guide suprême Ali Khamenei, tout comme Hassan Nasrallah, ont à plusieurs reprises tenu des propos hostiles envers Israël, évoquant sa disparition ou sa destruction.

A lire : L’Iran promet de détruire Israël, mais lui accorde un sursis (vidéo)

Certaines déclarations relayées par les médias régionaux faisaient même référence à une capacité de destruction extrêmement rapide de l’État hébreu, («en seulement 7 minutes», selon Nasrallah). Ces prises de position alimentent depuis des années les inquiétudes sécuritaires israéliennes et contribuent à maintenir un climat de confrontation permanente dans la région.

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