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Entre le piège de Thucydide, les PDG américains et les exigences de Pékin ; retour sur la rencontre entre Trump et Xi

(Rome, 14 mai 2026). Entre volonté affichée de coopération et rivalité stratégique persistante, la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping met en lumière deux visions opposées de l’équilibre mondial. Tandis que Pékin invoque le «piège de Thucydide» pour mettre en garde contre une confrontation entre puissances, Washington privilégie une approche fondée sur les échanges économiques et les intérêts commerciaux. Derrière les gestes diplomatiques, les tensions autour de Taïwan, du commerce international et des crises régionales restent au cœur des négociations

Les éléments clés pour comprendre la rencontre

Trois aspects importants sont à prendre en compte pour mieux analyser la rencontre entre Xi Jinping et Donald Trump. Le premier concerne la nécessité commune, pour les deux leaders, de parvenir à une stabilité dans les relations bilatérales entre leurs pays respectifs. Le deuxième porte sur la manière d’atteindre cet objectif, écrit Federico Giuliani dans son analyse dans le portail «Inside Over».

D’un côté, Xi a justifié la nécessité d’une compréhension mutuelle au nom de la protection du monde entier, presque comme s’il s’agissait d’une mission historique. De l’autre, Trump, dans un esprit ouvertement mercantile, a mis en avant le commerce, soulignant qu’il était venu à Pékin accompagné d’une délégation d’affaires de premier plan composée des dirigeants des plus grandes entreprises américaines. Le discours de Trump, «je suis ici aujourd’hui pour vous rendre hommage, à vous et à la Chine», contrastait fortement avec le besoin urgent de Xi de «travailler ensemble pour relever les défis mondiaux et instaurer une plus grande stabilité dans le monde».

Le «piège de Thucydide» comme avertissement

Quoi qu’il en soit, et nous en arrivons au troisième point, le dirigeant chinois est parfaitement conscient que la voie du dialogue est semé d’embûches. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il a ouvertement brandi le «piège de Thucydide», cette théorie selon laquelle, à travers l’histoire, les puissances établies se sont souvent heurtées aux puissances émergentes pour tenter de contenir leur ascension. Il s’agit d’un avertissement à Trump et à son équipe de négociation, même s’il était formulé dans un contexte d’ouvertures apparentes.

Trump, Xi et la quête d’une stabilité perdue

«C’est un honneur d’être ici avec vous. C’est un honneur d’être votre ami», a déclaré Trump, promettant que «les relations entre la Chine et les États-Unis seront meilleures que jamais».

Le ton de Xi était tout autre, et plus grave. Dans son discours d’ouverture, il a exprimé l’espoir d’éviter un conflit, tout en affirmant que l’histoire et le monde entier s’interrogent «sur la capacité des deux pays à surmonter le «piège de Thucydide et à forger un nouveau modèle de relations entre grandes puissances».

Utilisant son vocabulaire habituellement complexe et un style radicalement différent de celui de Trump, Xi a résumé la position souvent défendue par Pékin : «La coopération profite aux deux parties, tandis que la confrontation leur nuit. La Chine et les États-Unis doivent être des partenaires plutôt que des rivaux, œuvrant ensemble à la réussite et à la prospérité commune, et traçant ainsi la voie à suivre pour les relations entre grandes puissances dans cette nouvelle ère».

Deux visions opposées de la stabilité

Pour parvenir à la stabilité tant souhaitée (et recherchée), Xi et Trump proposent cependant des solutions différentes : Xi espère y parvenir en réglant définitivement la question de Taïwan, considérée comme le sujet le plus délicat entre les deux pays, tandis que Trump prône une paix fondée sur les affaires et le commerce, une approche qui s’est avérée, jusqu’à présent, peu concluante dans les zones de crise où elle a été appliquée. C’est précisément cette divergence manifeste que les équipes de négociation devront discuter en profondeur et à huis clos.

Objectifs communs (peu nombreux), mais de (nombreuses) divergences

L’attitude de Xi Jinping envers les États-Unis a été parfaitement illustrée par un soldat chinois en service à l’aéroport de Pékin. Alors que l’Air Force One du président américain atterrissait sur le tarmac de l’aéroport international de Pékin, un soldat chinois, à quelques mètres de là, se tenait immobile durant toute la manœuvre.

L’image, devenue virale, est la métaphore parfaite de la posture de la Chine face à la première puissance mondiale (incarnée par l’imposant avion présidentiel de Trump). Une posture disciplinée, sûre d’elle et nullement impressionnée par la superpuissance américaine.

Les dossiers sensibles sur la table

En somme, la Chine et les États-Unis aspirent à la stabilité, mais doivent d’abord résoudre certains problèmes épineux. Parmi les sujets à aborder dans les prochaines heures figurent des questions sensibles telles que la guerre en Iran (il est peu probable que Pékin fasse pression sur Téhéran comme le souhaiterait Trump), les tensions commerciales et les relations entre Washington et Taïwan.

La Maison-Blanche a toutefois insisté sur le fait que Trump n’aurait pas entrepris ce voyage sans espérer obtenir des résultats concrets avant son départ, laissant entendre que des annonces pourraient être faites prochainement, vraisemblablement sur le plan commercial (tel que l’engagement de la Chine à acheter du soja, du bœuf et des avions américains). Ce serait déjà une base importante pour commencer à apaiser les tensions internationales.

  • Une stabilité encore fragile

Pour conclure, un analyste européen affirme que malgré les déclarations conciliantes et les gestes de courtoisie diplomatique, la rencontre Xi-Trump confirme que les relations sino-américaines restent marquées par une profonde méfiance stratégique. Les deux puissances partagent un même objectif (éviter l’escalade et préserver une certaine stabilité mondiale) mais divergent profondément sur les moyens d’y parvenir. Et notre source d’ajouter : la rencontre entre les deux dirigeants s’est déroulée dans un contexte international particulièrement tendu, marqué par les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, notamment autour de Iran et d’Israël.

  • Des conflits qui compliquent le dialogue

Les deux leaders ont affiché une volonté commune d’éviter une escalade régionale, en particulier autour du détroit d’Ormuz, considéré comme stratégique pour l’approvisionnement énergétique mondial. Washington et Pékin ont également réaffirmé leur opposition à un Iran doté de l’arme nucléaire. Pour la presse européenne, derrière ces convergences limitées, les divergences demeurent profondes. En outre, selon différentes sources, Washington aurait envisagé (voire préparé) des frappes contre certaines infrastructures iraniennes en cas d’échec des négociations sur la sécurité maritime et le programme nucléaire de Iran.

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Les États-Unis ont en effet renforcé leur présence militaire autour du détroit d’Ormuz, cette zone stratégique par laquelle transite une part majeure du pétrole mondial. L’administration Trump a notamment cherché à constituer une coalition internationale afin de sécuriser la navigation dans la région.

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Par ailleurs, certaines sources européennes font état déjà d’opérations militaires conjointes américano-israéliennes contre des cibles iraniennes, notamment en cas d’échec de discussions diplomatiques.

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