L'actualité du Proche et Moyen-Orient et Afrique du Nord

Trump et Poutine s’entretiennent au téléphone : Moscou évoque un accord avec Kiev envisagé le 9 mai et salue le cessez-le-feu en Iran

(Rome, 29 avril 2026). Selon le conseiller du président russe Youri Ouchakov, lors d’un entretien téléphonique de plus de 90 minutes avec Donald Trump, Vladimir Poutine a affirmé qu’un accord avec Kiev pour mettre fin à la guerre en Ukraine serait proche et s’est dit prêt à envisager une trêve autour du 9 mai, Jour de la Victoire en Russie. Les deux dirigeants ont également évoqué la situation en Iran et les risques d’une escalade militaire au Moyen-Orient

Le président russe Vladimir Poutine s’est entretenu par téléphone avec son homologue américain Donald Trump et a déclaré être prêt à annoncer une trêve aux alentours du Jour de la Victoire, le 9 mai, selon l’agence TASS. Poutine aurait également assuré Trump qu’un accord visant à résoudre le conflit en Ukraine était imminent. Selon le conseiller présidentiel russe Youri Ouchakov, l’échange, qui a duré plus de 90 minutes, a été «amical, franc et concret», rapporte l’agence italienne «AGI».

Poutine à Trump : un accord pour mettre fin à la guerre serait proche

Lors de l’entretien, le président russe a assuré «que les objectifs de l’opération militaire spéciale seront atteints, mais que la Russie privilégierait la voie de la négociation», a déclaré Ouchakov. Poutine a présenté au président américain la situation «dans la zone de l’opération militaire spéciale, où les troupes russes encerclent l’ennemi», a ajouté le conseiller du Kremlin, accusant les Ukrainiens d’utiliser des «méthodes purement terroristes dans leurs attaques contre des cibles civiles». Le président russe a également indiqué à son homologue que Moscou avait remis à l’Ukraine plus de 20.000 corps de soldats tombés au combat, tandis que la Russie n’aurait récupéré qu’un peu plus de 500 corps de Kiev.

Donald Trump : «c’est moi qui ai proposé la trêve avec Kiev»

Trump a affirmé avoir lui-même suggéré à Vladimir Poutine une trêve en Ukraine à l’occasion du Jour de la Victoire, le 9 mai. «J’ai longuement parlé avec le président Poutine», a déclaré Trump lors de sa rencontre avec l’équipage d’Artemis II à la Maison-Blanche. «Je lui ai suggéré d’instaurer un cessez-le-feu temporaire, et je pense qu’il en est capable». «L’a-t-il déjà annoncé ? » a demandé Trump, avant d’ajouter : «Même s’il ne s’agissait que d’une courte trêve, il y a tellement de morts… ».

«Avant de m’aider, je veux que votre guerre prenne fin», aurait-il déclaré au président russe au sujet de l’Ukraine. Selon lui, «Poutine était prêt à un accord depuis longtemps, mais quelqu’un l’en a empêché».

Le tsar condamne l’attaque contre Trump et salue le cessez-le-feu en Iran

Vladimir Poutine a exprimé à Donald Trump des «paroles de soutien» après l’attentat dont il a été victime, attentat qu’il a «fermement condamnée». Il a également salué le cessez-le-feu en Iran mettant en garde le président américain contre les risques d’une prolongation du conflit, notamment par une éventuelle invasion terrestre.

«Poutine considère que la décision de Donald Trump de prolonger le cessez-le-feu avec l’Iran est judicieuse, car elle devrait ouvrir la voie à des négociations et contribuer à stabiliser la situation», a déclaré Ouchakov. Quant à l’avenir, «les conséquences seraient extrêmement graves si les États-Unis et Israël recouraient à nouveau à la force au Moyen-Orient», a expliqué Ouchakov, citant le président russe. «Une opération terrestre contre l’Iran serait totalement inacceptable et dangereuse», a finalement averti Poutine.

Conclusion : une communication bien calculée par le Kremlin

Au-delà des annonces sur une possible trêve le 9 mai, l’entretien entre Vladimir Poutine et Donald Trump illustre surtout la stratégie de communication du Kremlin. Le président russe présente Moscou comme une puissance ouverte au dialogue, tout en poursuivant la guerre en Ukraine et en maintenant une rhétorique offensive contre Kiev.

  • Un échange sans l’Ukraine… mais au sujet de l’Ukraine

L’un des éléments les plus frappants de cet échange est que Vladimir Poutine discute directement du conflit ukrainien avec Donald Trump, alors même que le président de l’Ukraine est Volodymyr Zelensky. Cette mise en scène diplomatique renforce l’idée, régulièrement défendue par Moscou, que l’avenir du conflit pourrait se décider avant tout entre grandes puissances, reléguant Kiev à un rôle secondaire. Selon un expert européen, il s’agit d’une approche contestée par les autorités ukrainiennes, qui rappellent depuis le début de l’invasion qu’aucune négociation sur l’Ukraine ne peut avoir lieu sans l’Ukraine.

  • Les «dépouilles» évoquées, les enfants déportés passés sous silence

Vladimir Poutine a insisté sur les échanges de corps de soldats entre Moscou et Kiev, affirmant que la Russie avait restitué plus de 20.000 dépouilles à l’Ukraine.
Mais cette référence humanitaire occulte un autre sujet majeur du conflit : celui des enfants ukrainiens transférés vers la Russie ou vers des territoires occupés.

A lire : Olena Zelenska sur la TG2 : la Russie déporte nos enfants et, une fois adultes, les envoie au combat

Kiev, plusieurs ONG internationales et la Cour pénale internationale accusent Moscou d’avoir organisé des déportations forcées de mineurs ukrainiens depuis le début de la guerre.

Lire aussi : Ukraine-Russie : Kiev va créer un registre des enfants déportés sur le sol russe

Un dossier reste l’un des plus sensibles du conflit et a conduit la CPI à émettre en 2023 un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine pour transfert illégal d’enfants.

  • Une trêve en Iran saluée, une simple pause évoquée en Ukraine

Poutine a également soutenu le cessez-le-feu avec l’Iran, estimant qu’il devait «donner une chance aux négociations» et contribuer à la stabilité régionale. Cette position contraste avec son approche du conflit ukrainien. Concernant l’Ukraine, il n’a été question que d’une éventuelle trêve limitée autour du 9 mai, sans engagement clair vers un cessez-le-feu durable. Le contraste interroge plus d’un : «Moscou défend l’idée qu’un arrêt des combats est nécessaire au Moyen-Orient pour favoriser la diplomatie, mais continue en Ukraine une guerre déclenchée par la Russie elle-même en février 2022», précise un analyste italien.

  • Sur le risque d’escalade militaire : une véritable contradiction

Vladimir Poutine a enfin averti Donald Trump des «conséquences extrêmement néfastes» qu’aurait une reprise des opérations militaires contre l’Iran, notamment en cas d’intervention terrestre.
Cet échange intervient après une longue période sans contact public entre les deux dirigeants, le précédent entretien rendu public remontant au 9 mars, soit neuf jours après le début de la campagne militaire conjointe des États-Unis et d’Israël en Iran.

Lire aussi : Iran-Russie : relance de l’entente et pression accrue sur les États-Unis sur le dossier d’Ormuz

Là encore, la déclaration apparaît contradictoire au regard de la guerre menée par Moscou en Ukraine. Depuis plus de quatre ans, le conflit a provoqué des centaines de milliers de morts et déplacé des millions de personnes, tandis que les combats et bombardements se poursuivent sur plusieurs fronts.
En dénonçant le risque d’escalade ailleurs tout en poursuivant son offensive contre Kiev, le Kremlin expose une ligne diplomatique que ses adversaires jugent profondément incohérente.

Recevez notre newsletter et les alertes de Mena News


À lire sur le même thème