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L’objectif stratégique de Volodymyr Zelensky dans le Golfe : des drones et de nouveaux alliés

(Rome, 31 mars 2026). Dans un contexte de recomposition des équilibres au Moyen-Orient et de guerre prolongée face à la Russie, Kiev cherche à élargir ses alliances en direction des monarchies du Golfe. À travers une diplomatie axée sur les technologies militaires (notamment les drones) et les enjeux énergétiques, Volodymyr Zelensky tente de bâtir un partenariat stratégique fondé sur des intérêts convergents, tout en capitalisant sur le rapprochement perçu entre Moscou et Téhéran pour renforcer sa position sur la scène internationale

Un partenariat de défense d’une durée de dix ans avec trois pays du Golfe (le Qatar, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite) est en cours, alors que le conflit au Moyen-Orient ne montre aucun signe d’apaisement. L’Ukraine, écrit Francesco De Palo dans son décryptage dans le portail italien «Formiche.net», étend son influence géopolitique à la péninsule arabique et relie la question des drones et de l’industrie ukrainienne à la situation au Moyen-Orient, cherchant à tirer profit politiquement de la perception de la Russie, son ennemi, comme alliée de l’Iran.

Ce que Zelensky propose aux pays du Golfe

Lors de sa visite en Arabie saoudite, le président ukrainien a mis en avant l’expertise de son pays en matière de drones dans le cadre des discussions sur la sécurité. Il s’agit d’un savoir-faire éprouvé sur le terrain, en échange duquel, il recevra un soutien en matière de défense aérienne. Parmi les parties intéressées figure «Kvertus», une entreprise ukrainienne spécialisée dans les systèmes de guerre électronique anti-drones. Son PDG, Yaroslav Filimonov, a déclaré que la société avait reçu des demandes d’informations de la part de l’Arabie saoudite et du Koweït. «TAF Industries» a suivi une démarche similaire.

C’est aussi pour cette raison que le secrétaire du Conseil de sécurité ukrainien, Roustem Oumerov, est resté au Moyen-Orient et, selon le président ukrainien, d’autres rencontres avec divers représentants de la péninsule arabique sont à l’ordre du jour. La protection des populations et des infrastructures civiles : telle est la priorité soulignée par Zelensky, à l’issue de sa tournée au Moyen-Orient, qu’il a qualifiée d’une étape «très importante». Il fait référence à une coopération stratégique dans le secteur technico-militaire qui se traduira par une entraide mutuelle, notamment un soutien énergétique des pays du Golfe, d’une part, et la fourniture de drones, de l’autre. Entre les deux, les missiles de défense aérienne que les pays du Golfe utilisent pour abattre les drones iraniens et qui pourraient, le cas échéant, être utilisés par Kiev, engagée à repousser les attaques quotidiennes de missiles russes.

Le détroit d’Ormuz comme la mer Noire

Il existe un autre point commun dans le dialogue entre Kiev et la péninsule arabique : la crise dans le détroit d’Ormuz, qui présente certaines similitudes avec la crise céréalière qu’a connue l’Ukraine en mer Noire. Ce fut dans les premiers mois suivant l’invasion de l’Ukraine, lorsque le «goulot d’étranglement» affectant les exportations du blé menaçait d’impacter les pays importateurs, principalement ceux d’Afrique du Nord. Zelensky a ainsi mis en avant les avantages de l’expérience ukrainienne dans ce domaine, lorsque les forces ukrainiennes sont parvenues à débloquer «de manière très efficace» le corridor de la mer Noire. Cependant, dans le cas présent, il convient de prendre en compte le facteur important que représente le Yémen dans l’ensemble du conflit, étant donné que de nouvelles attaques sont lancées depuis ce pays. Zelensky a personnellement abordé ces thèmes avec le président des Émirats arabes unis, Mohamed Ben Zayed Al-Nahyan, avec l’émir du Qatar, Tamim Ben Hamad Al-Thani, le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman et le roi Abdallah II de Jordanie à Amman.

Sur le plan stratégique, affirment des sources régionales, «cette ouverture vers la péninsule arabique illustre une recomposition des alliances, où les lignes traditionnelles se brouillent au profit de partenariats pragmatiques». «Dans ce jeu d’équilibres, l’Ukraine tente non seulement de renforcer ses capacités de défense, mais aussi de tirer parti des rivalités régionales pour consolider son poids diplomatique face à une Russie perçue comme de plus en plus alignée avec l’Iran», ajoutent les mêmes sources.

Les scénarios

Au cours du seul mois dernier, l’Ukraine a dépêché plus de 220 experts pour fournir des conseils à plusieurs pays du Moyen-Orient sur la manière d’intercepter les attaques de drones iraniens. Lors de divers briefings avec des responsables saoudiens et l’état-major général saoudien, les experts ont partagé leur expérience pratique en matière de défense aérienne, acquise au cours de ces années de guerre contre la Russie.

Le président Zelensky a par ailleurs soulevé dans le Golfe la question des liens avec l’activisme russe en soutien à l’Iran, lorsqu’il a déclaré publiquement que la Russie avait pris des images satellites d’une base aérienne américaine dans les jours précédant une attaque iranienne. Il a en outre ajouté que ce serait une «erreur» si des missiles intercepteurs de fabrication américaine, destinés à l’Ukraine, étaient redirigés vers les pays du Golfe attaqués par l’Iran.

Enfin, et surtout, l’un des éléments stratégiques majeurs de cette visite est l’objectif de l’Ukraine d’obtenir également un avantage politique en renforçant la perception de la Russie, son ennemie, comme alliée de l’Iran.

Vers une redéfinition des équilibres stratégiques

Au-delà des accords techniques et des échanges capacitaires, la tournée de Volodymyr Zelensky dans le Golfe s’inscrit dans une stratégie plus large de repositionnement international de l’Ukraine. En s’appuyant sur la convergence d’intérêts sécuritaires, notamment face à la menace des drones et aux tensions régionales, Kiev cherche à s’intégrer dans des dynamiques extra-européennes et à diversifier ses soutiens.

Une initiative sous contrainte des grandes puissances

Dans ce contexte, plusieurs observateurs estiment que Kiev pourrait se heurter à une limite classique des conflits périphériques. «Lorsque les grandes puissances redéfinissent leurs priorités, les alliances secondaires deviennent-elles plus fragiles» ?, s’interrogent-ils.

D’autres analystes évoquent (sans en exagérer la portée mais sans l’écarter) une convergence ponctuelle d’intérêts entre Washington et Moscou sur certains dossiers énergétiques et sécuritaires. Une telle dynamique, déjà observée par le passé, constituerait un frein majeur aux ambitions du président Zelensky : elle limiterait ses marges de manœuvre et réduirait l’appétit de ses (nouveaux) partenaires pour un engagement trop marqué.

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