(Rome, 23 mars 2026). Alors qu’ils s’y opposaient initialement, plusieurs pays du Golfe soutiennent désormais la poursuite du conflit contre l’Iran. Entre revirement stratégique, crainte sécuritaire et tensions régionales accrues, cette évolution marque un tournant majeur dans l’équilibre du Moyen-Orient
Un revirement spectaculaire des pays du Golfe
Initialement opposés, la plupart des pays du Golfe souhaitent désormais la poursuite de la guerre contre l’Iran. Cette position est révélée par le «Times of Israel», qui cite quatre hauts responsables représentant leurs pays respectifs : les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, Bahreïn et le Qatar, écrit Andrea Riccardi dans «Il Tempo».
Dans un long rapport, le journal israélien explique que si ces pays avaient, dans un premier temps, expressément mis en garde Donald Trump contre le lancement d’une guerre contre l’Iran. Désormais, la majorité d’entre eux exhorte Washington à continuer de frapper le régime des ayatollahs.
Malgré une certaine frustration quant à la manière dont les États-Unis et Israël mènent cette guerre, les pays du Golfe espèrent que Téhéran sortira de cette guerre avec une puissance militaire suffisamment affaiblie pour ne plus constituer une menace pour l’ensemble de la zone. Les autorités soulignent également que, bien que le président américain ait exprimé à plusieurs reprises sa surprise face à la réaction iranienne, notamment en frappant des sites civils, les pays du Golfe s’attendaient en réalité à la réaction de la République islamique, raison pour laquelle ils s’étaient initialement opposés au lancement de l’opération conjointe américano-israélienne.
Une riposte iranienne généralisée
L’Iran a en effet immédiatement réagi en visant non seulement Tel-Aviv et les bases américaines dans la région, mais aussi en lançant des attaques répétées contre les six pays membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) : Bahreïn, le Koweït, Oman, le Qatar, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Ces attaques ont fait plusieurs morts et perturbé la production de pétrole et de gaz, ainsi que les stations de dessalement d’eau de mer, tout en provoquant un effondrement du tourisme, des secteurs économiques essentiels pour la région. Téhéran, expliquent les autorités, pensait que ces attaques inciteraient les pays du Golfe à faire pression sur Trump en faveur d’un cessez-le-feu, mais au contraire, cette initiative a produit l’effet inverse. Conscients des dangers que représente le maintien de l’Iran comme menace armée régionale, les pays du Golfe espèrent désormais que le régime sortira de ce conflit profondément affaibli.
L’exception omanaise et les enjeux diplomatiques
Le seul opposant quasi-total à la poursuite de la guerre est Oman, médiateur de longue date entre Washington et Téhéran. «Les intérêts nationaux de l’Iran comme des États-Unis résident dans une fin des hostilités au plus vite», écrivait la semaine dernière le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr Albussaidi, dans «The Economist». Quant à l’hypothèse selon laquelle le conflit pourrait accélérer la normalisation des relations avec Israël et l’extension des accords d’Abraham aux pays arabes, tant les responsables des Émirats arabes unis que ceux de Bahreïn ont rejeté cette thèse, tout en admettant que la guerre contribuera à renforcer les liens avec Tel-Aviv.
«Le revirement des pays du Golfe constitue un véritable coup de théâtre diplomatique. En passant d’une posture prudente, voire opposée à l’escalade, à un soutien implicite à l’affaiblissement durable de l’Iran, ces pays redéfinissent leurs priorités stratégiques», rapportent plusieurs analystes. La crainte d’une puissance iranienne intacte semble désormais l’emporter sur les risques immédiats liés au conflit.
Vers une «OTAN Arabe» ?
Cette évolution pourrait accélérer une dynamique déjà latente : celle d’une coopération militaire renforcée entre les monarchies du Golfe, avec l’appui des États-Unis. L’idée d’une «OTAN Arabe», régulièrement évoquée ces derniers temps, retrouve ainsi une nouvelle actualité. Face à une menace perçue comme commune, les pays de la région pourraient être tentés de structurer une alliance de défense plus intégrée, capable de mutualiser leurs moyens et de coordonner leurs réponses.
Toutefois, des divergences persistent, comme le montre la position singulière d’Oman, attaché à un rôle de médiateur. Entre logique de confrontation et impératif de stabilité, l’avenir de la région dépendra de la capacité de ces États à concilier sécurité collective et désescalade diplomatique.