(Rome, 8 mars 2026). Selon des images satellites analysées par The Washington Post, deux cargos liés à la compagnie iranienne «Islamic Republic of Iran Shipping Lines» ont quitté un port chimique du sud de la Chine en direction de l’Iran. Les données de suivi maritime suggèrent qu’ils pourraient transporter des substances chimiques utilisées dans la fabrication de carburants pour missiles, ce qui relance les inquiétudes occidentales autour du programme balistique iranien dans un contexte de fortes tensions au Moyen-Orient
Deux cargos liés à une compagnie maritime d’Etat iranienne ont quitté un port chimique du sud de la Chine ces derniers jours, à destination de l’Iran. C’est ce que suggèrent les images satellites analysées et publiées par le Washington Post, soulevant des interrogations quant à la nature de leur cargaison. Ces navires semblent appartenir à la flotte de la Compagnie maritime de la République islamique d’Iran (IRISL), une entreprise soumise à des sanctions des États-Unis, de l’Union européenne et du Royaume-Uni pour son rôle présumé dans le soutien logistique des programmes militaires de Téhéran. Voici ce que nous savons de cette affaire mystérieuse, écrit Federico Giuliani dans le quotidien italien «Il Giornale».
Des navires iraniens partis d’un port chinois
Selon le journal américain, les mouvements des navires et leur départ d’un important terminal chimique laissent penser qu’ils pourraient transporter des matières sensibles utilisées dans la production de carburant pour missiles.
L’imagerie satellite et les données de suivi des voies maritimes indiquent que les navires ont quitté le port de «Gaolan», situé dans la ville côtière de Zhuhai, après avoir passé plusieurs jours à quai dans une zone destinée au stockage de produits chimiques industriels. Ce port constitue une plaque tournante connue pour la manutention de produits utilisés dans l’industrie des propergols.
Des informations détaillées indiquent que les deux navires, identifiés comme le «Shabdis» et le «Barzin», ont chargé leur cargaison au terminal chimique du port de Gaolan. Le Washington Post (WP) a examiné les données de suivi des navires, l’imagerie satellite et des documents du département du Trésor américain afin de reconstituer leurs déplacements. Plusieurs experts estiment probable que la cargaison comprenait du perchlorate de sodium, une substance utilisée pour produire du perchlorate d’ammonium, un composant clé des propergols solides destinés aux fusées et aux missiles balistiques.
L’ombre des produits chimiques
L’analyse du tirant d’eau des navires (autrement dit la profondeur à laquelle leurs coques s’enfoncent) indique que les deux navires ont chargé une quantité importante de marchandises avant de quitter le port. Le port de Gaolan abrite par ailleurs certains des plus grands terminaux de stockage de produits chimiques liquides du sud de la Chine et a déjà été impliqué dans le transfert de matériaux vers l’Iran.
La présence de navires d’IRISL dans ce port n’est d’ailleurs pas un cas isolé : au moins une douzaine de navires de la même compagnie auraient fait escale au même terminal depuis le début de l’année, chargeant souvent une cargaison similaire avant de se diriger vers les ports iraniens. Si cette cargaison était effectivement composée de précurseurs destinés au carburant pour missiles, ce transfert pourrait contribuer à soutenir le programme de missiles balistiques iranien, à un moment où les frappes aériennes américaines et israéliennes ont touché les dépôts et les infrastructures militaires du pays.
De son côté, la Chine a rejeté à plusieurs reprises les accusations américaines selon lesquelles elle soutiendrait directement le programme de missiles iranien, affirmant que ces échanges commerciaux concernent des produits civils ou à double usage.
Toutefois, des substances comme le perchlorate de sodium ont des applications civiles limitées, principalement dans les feux d’artifice et certaines productions industrielles, leur utilisation principale restant celle de propergols. Pendant ce temps, les données AIS indiquent que les navires poursuivent leur route vers des ports iraniens stratégiques situés dans le détroit d’Ormuz, une zone abritant d’importantes bases navales et infrastructures militaires.
Une cargaison sous haute surveillance
«Alors que les deux navires poursuivent leur route vers des ports stratégiques iraniens situés près du détroit d’Ormuz, l’affaire illustre une nouvelle fois les zones grises du commerce de substances à double usage dans un contexte de rivalités géopolitiques accrues», estime en expert militaire régional. Si la présence de produits liés aux carburants de missiles était confirmée, cela renforcerait les capacités balistiques de l’Iran au moment même où les tensions militaires avec Israël et les États-Unis restent élevées. Entre soupçons occidentaux et démentis de la Chine, le voyage discret de ces cargos pourrait ainsi devenir un nouvel épisode révélateur des équilibres stratégiques fragiles au Moyen-Orient.