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La loyauté du Hezbollah à l’Iran : le Liban face à un dilemme politique crucial

(Rome, 05 mars 2026). Pris entre la pression du Hezbollah, l’influence de l’Iran et la réaction militaire d’Israël, le Liban se retrouve une nouvelle fois dans un tournant politique décisif. La reprise des attaques du mouvement chiite ravive la question centrale de la souveraineté de l’État libanais et du monopole des armes par l’armée nationale. Face au risque d’escalade militaire et aux tensions internes, le gouvernement doit désormais choisir entre affirmer son autorité au risque d’une confrontation avec le Hezbollah ou accepter la persistance d’un acteur armé influencé et commandé par Téhéran

Le Liban se trouve à nouveau à la croisée des chemins, celle qui le tourmente depuis des années. La question fondamentale, être un état doté d’une armée et du monopole de la force, a été longtemps éludée, de nombreux acteurs politiques ayant intérêt à bénéficier du soutien parlementaire du Hezbollah, soutien qui s’est avéré décisif lors de l’élection du précédent président de la République. Le gouvernement actuel doit désormais trancher, et ce dilemme s’annonce terrible, selon l’analyse de Riccardo Cristiano dans «Formiche.net».

Ces dernières heures ont replongé le Liban dans le passé. Le Hezbollah a en effet décidé de reprendre ses attaques contre le nord d’Israël. Ces attaques ont été nombreuses, compte tenu de l’intensité et de la puissance dont dispose aujourd’hui le Hezbollah, considérablement affaibli. Il a cependant agi ouvertement, comme jusqu’à la guerre de 2024. A l’époque, après des bombardements dévastateurs et l’exode de centaines de milliers de réfugiés, un cessez-le-feu fut conclu, accepté par le Hezbollah. Ceci contraignit le Parti de Dieu à désarmer et Israël à se retirer du Liban.

Durant les mois qui suivirent, la situation fut la suivante :

  • L’armée libanaise s’empara d’une partie de l’arsenal restant du Hezbollah ;
  • L’armée israélienne ne s’était pas complètement retirée et frappait les militants encore armés ;
  • Le Hezbollah ne réagit pas.

Après l’élimination de Khamenei, la situation changea. Le Hezbollah choisit de démontrer sa loyauté à l’Iran en reprenant ses actions armées.

Cette décision a provoqué une riposte israélienne brutale, avec des bombardements continus et une nouvelle vague de réfugiés du Sud-Liban, au moins 30.000 personnes en quelques heures seulement. Cette fois, cependant, nombre d’entre eux exprimèrent non pas leur loyauté envers le parti qu’ils avaient toujours soutenu, mais leur colère et un mécontentement croissant. Pour le Hezbollah, la décision était prise, et sa position fut exprimée publiquement peu après : le temps de la patience est révolu, «nous devions agir pour défendre le Liban».

Selon de nombreux analystes libanais, le Parti de Dieu cherchait en réalité une occupation israélienne du Sud-Liban, car celle-ci lui permettrait de justifier à nouveau le maintien de ses armes au nom de la «résistance. Cependant, cette fois-ci, une telle occupation ne bénéficierait plus du soutien total de la communauté chiite. De nombreux réfugiés interrogés par la presse locale ont exprimé leur désaccord. Ce phénomène reste incertain, mais il mérite d’être souligné.

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La ligne de confrontation est désormais avec le gouvernement et le président de la République, qui depuis début 2025 tentent de désarmer le Hezbollah afin de démontrer que le Liban existe réellement comme État et qu’il contrôle les armes sur son territoire. Cette stratégie devait être appliquée progressivement pour éviter une confrontation directe avec le Hezbollah, qui aurait pu provoquer une nouvelle guerre interne.

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Aujourd’hui, face au changement de position du Hezbollah, qui reprend des actions militaires, le gouvernement a déclaré illégales toutes ses actions armées et a ordonné à l’armée de désarmer le parti de Khomeiny, y compris par la force. Douze miliciens ont été arrêtés à un point de contrôle militaire. Cependant, le chef de l’armée hésite à aller plus loin, faisant part de ses craintes au président de la République.

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Pendant ce temps, la riposte israélienne a été extrêmement dure, se traduisant par des frappes aériennes sur les zones d’implantation du Hezbollah. Une zone tampon a ensuite été établie en territoire libanais, sous contrôle israélien. Quelles en seront les conséquences ? Quelles seront les suites ?

Le véritable nœud politique

Le point le plus délicat concerne les actions que l’armée libanaise devra entreprendre. Le nouveau gouvernement libanais, formé début 2025, repose sur une idée centrale : ramener toute action militaire sous le contrôle de l’armée nationale. Contrôler les armes sur le territoire signifie exister réellement comme État. Mais le Hezbollah, qui pendant des années a de fait privé l’État du contrôle de la politique de défense nationale, rompt désormais frontalement avec cette vision. L’idée de transformer le Hezbollah en simple parti libanais est en train d’échouer. Il reste un mouvement qui répond à Téhéran. Cela pose un problème politique majeur pour le gouvernement, non seulement pour ses alliances internationales, mais aussi pour sa propre survie.

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Le projet de faire du Liban un pays véritablement souverain, maître de sa politique nationale et internationale, est aujourd’hui remis en question. Le contrôle des armes est essentiel pour tout État qui veut affirmer sa souveraineté. Mais s’engager dans une confrontation ouverte avec le Hezbollah n’est pas facile, compte tenu de la puissance militaire des deux camps. Dans ce contexte, le mécontentement chiite exprimé dans la rue pourrait jouer un rôle. Mais ce phénomène reste incertain : est-il profond ? réel ? Le Hezbollah parviendra-t-il à le contenir, à le réprimer d’une manière ou d’une autre ? Et il faut aussi évaluer combien d’influence les Gardiens de la Révolution iraniens exercent encore sur la direction actuelle du Hezbollah.

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Le Liban se retrouve donc une fois de plus à la croisée des chemins. La question fondamentale (être un État doté d’une armée) a longtemps été évitée par de nombreux acteurs politiques (à l’exception d’un parti souverainiste, Ndlr) qui bénéficiaient du soutien parlementaire du Hezbollah, soutien qui s’est avéré décisif lors de l’élection du précédent président de la République. Aujourd’hui, le gouvernement doit décider quoi faire. Et c’est un dilemme extrêmement dangereux.

Choisir une confrontation pourrait entraîner un risque de guerre interne. Mais le gouvernement peut-il accepter que le Hezbollah agisse militairement sans reconnaître l’autorité de l’État ? L’espace de dialogue qui s’était instauré semble avoir disparu. De nombreux commentateurs libanais rappellent que le Hezbollah compte sur l’occupation israélienne du Sud pour se présenter à nouveau comme un mouvement de «résistance». Les voix de la dissidence chiite se font entendre dans la rue, mais pour l’heure, aucune entité politique ne les représente.

L’État libanais face à l’épreuve de souveraineté

L’épisode actuel révèle une nouvelle fois la fragilité structurelle de l’État libanais. Incapable d’imposer son monopole sur la force armée, le pouvoir politique reste paralysé face à la question centrale du désarmement du Hezbollah. L’hésitation du commandement militaire à appliquer pleinement les décisions gouvernementales illustre cette impasse : l’armée, censée incarner l’autorité nationale, apparaît réticente à franchir le seuil d’une confrontation qui consacrerait pourtant la souveraineté de l’État.

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Dans ce contexte, la position du leader Samir Geagea apparaît rétrospectivement comme l’une des plus cohérentes sur le plan stratégique. En défendant depuis des années la nécessité d’un monopole étatique des armes et d’une séparation claire entre la politique nationale et les agendas régionaux, le leader des Forces libanaises avait anticipé le dilemme auquel le Liban est aujourd’hui confronté.

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