L'actualité du Proche et Moyen-Orient et Afrique du Nord

France : une étrange opération de renseignement dans la campagne bordelaise. Des espions chinois dans les vignobles

(Rome, 20 février 2026). Dans un paisible village viticole situé non loin de Bordeaux, ce qui ressemblait à un simple séjour touristique s’est transformé en affaire d’espionnage international. Deux ressortissants chinois, soupçonnés d’avoir installé un dispositif sophistiqué d’interception de communications satellitaires militaires, ont été arrêtés, révélant l’intérêt stratégique croissant des services étrangers pour le sud-ouest de la France

Camblanes-et-Meynac est une paisible commune française nichée au cœur des vignobles, à une quinzaine de kilomètres à l’est de Bordeaux, et réputée pour le tourisme œno-gastronomique. Les voyageurs choisissent souvent de passer quelques jours en Gironde pour découvrir la dynamique production viticole locale. C’est ce que semblaient également vouloir faire les deux Chinois qui, en janvier dernier, avaient loué une maison dans ce village pittoresque de 3.000 habitants via Airbnb, nous explique Federico Giuliani dans le portail italien «Inside Over».

La véritable raison de leur séjour à Camblanes-et-Meynac a cependant été révélée au grand jour lorsque le couple a décidé d’installer une grande antenne parabolique dans le jardin de la maison louée. Cet étrange appareil de deux mètres de diamètre pointant vers le ciel a non seulement éveillé les soupçons des habitants, mais a également provoqué des interruptions persistantes d’Internet.

Les habitants de Camblanes-et-Meynac ont rapidement fait le lien entre les perturbations techniques et le matériel informatique des «touristes» chinois, ce qui a poussé les autorités à enquêter sur ce qui semblait initialement être une simple installation de télécommunications illégale.

Des espions chinois dans les vignobles français

L’affaire a pris une nouvelle dimension le 31 janvier, lorsque des agents de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), le service de renseignement français chargé du contre-espionnage et de la lutte contre le terrorisme, ont perquisitionné la propriété louée. Les enquêteurs ont découvert à l’intérieur de la maison un système informatique sophistiqué, relié aux paraboles satellitaires, des dispositifs spécifiquement configurés pour capter et intercepter les transmissions de données satellitaires.

Comme l’ont rapporté les médias locaux, le parquet de Paris a confirmé que l’installation permettait l’interception illégale de liaisons descendantes satellitaires, y compris des échanges entre des entités militaires jugées vitales pour la sécurité nationale française. L’Agence nationale des radiofréquences (ANRF) a également signalé des interférences de fréquences ainsi que la possession illégale de dispositifs techniques destinés à l’acquisition de données informatiques, justifiant ainsi les coupures d’internet qui ont affecté les habitants de Camblanes-et-Meynac.

Conséquence : les deux Chinois, soupçonnés d’être des espions agissant pour le compte de leur gouvernement, ont été placés en détention provisoire, tandis que deux autres personnes, également d’origine chinoise, font l’objet d’un contrôle judiciaire. L’enquête, précise Radio France Internationale (RFI), porte sur la «transmission d’informations à une puissance étrangère» susceptible de porter atteinte aux intérêts nationaux, un délit passible de 15 ans de prison, ajoute le portail italien.

Une menace directe pour la sécurité nationale

«L’affaire de Camblanes-et-Meynac rappelle que l’espionnage moderne ne se joue plus uniquement dans les capitales ou à proximité des bases militaires, mais aussi dans des territoires en apparence ordinaires», précisent plusieurs experts militaires. En ciblant des infrastructures satellitaires, des communications militaires et des réseaux stratégiques, ces opérations clandestines s’attaquent au cœur même de la souveraineté de la France. L’interception de données sensibles peut compromettre des opérations de défense, exposer des technologies critiques et fragiliser la capacité de l’État à protéger ses intérêts vitaux, ajoutent les experts.

À la recherche d’informations sensibles

Mais qu’y a-t-il de si précieux à Camblanes-et-Meynac ? Les services de renseignement français n’ont guère de doute : ce village est devenu l’un des épicentres de l’espionnage international.
Par ailleurs, l’opération récemment démantelée était, selon les informations, une opération sophistiquée des services de renseignement chinois visant à intercepter des communications satellitaires militaires sensibles ainsi que des données provenant du réseau Starlink d’Elon Musk. Pour rappel, les Chinois arrêtés étaient arrivés en France munis de visas de travail réguliers les identifiant comme ingénieurs dans une entreprise spécialisée dans les communications sans fil.

Un enjeu qui dépasse les frontières françaises

Le danger ne concerne toutefois pas uniquement Paris. Selon les analystes, les systèmes de télécommunications, les réseaux satellitaires et les industries de défense fonctionnent aujourd’hui à l’échelle internationale, en étroite coopération avec les partenaires européens et transatlantiques. Toute fuite d’informations peut donc affecter l’ensemble des pays alliés, notamment ceux engagés au sein de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, où le partage de renseignements et de capacités militaires repose sur la confiance et la sécurité des échanges.

Les projecteurs sont désormais braqués sur le Sud-Ouest de l’Hexagone, de plus en plus ciblé par l’espionnage chinois et celui d’autres pays en raison de sa proximité avec des installations de défense, d’aéronautique et de télécommunications. La liste des objectifs sensibles est particulièrement longue. On y trouve le téléport d’Issus-Aussaguel, qui communique avec les satellites utilisés par l’armée et les services de renseignement français, une base aérienne à Bordeaux-Mérignac, ainsi que des industries de défense comme Airbus, Thales et Dassault Aviation.

Les précédents ne manquent pas. L’été dernier, un ingénieur chinois de 51 ans a été arrêté à Boulogne-sur-Gesse, à environ 65 kilomètres au sud-ouest de Toulouse : il avait installé une antenne parabolique afin d’intercepter les signaux provenant de la station d’Issus-Aussaguel.

En décembre, un chercheur en mathématiques de l’Institut de mécanique et d’ingénierie de l’université de Bordeaux a fait l’objet d’une enquête judiciaire pour «avoir fourni des informations à une puissance étrangère» après avoir prétendument permis à des membres d’une délégation chinoise à pénétrer dans une zone (réservée) réglementée.
«Derrière l’image paisible des vignobles bordelais, c’est désormais un champ de bataille invisible qui se dessine, un front où se joue, loin des regards, la sécurité collective des démocraties occidentales», indique une source bien au fait.

Vers une nouvelle guerre invisible ?

Ces épisodes illustrent l’émergence d’une «guerre grise», discrète mais permanente, où la technologie remplace les armes conventionnelles. Antennes, satellites, cyberattaques et captation de signaux deviennent des outils d’influence et de puissance stratégique. Face à cette menace diffuse, les services de contre-espionnage, la surveillance des infrastructures critiques et la coopération internationale apparaissent plus que jamais indispensables.

Recevez notre newsletter et les alertes de Mena News


À lire sur le même thème