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Ukraine : avec son annonce électorale, Zelensky adresse un message sans équivoque à Washington

(Rome, 11 février 2026). Sous couvert de continuité démocratique, l’Ukraine transforme l’échéance électorale en outil de négociation. L’annonce d’un scrutin présidentiel assorti d’un référendum sur la paix s’inscrit dans une logique de positionnement vis-à-vis de Washington, alors que l’aide américaine et le calendrier politique américain redéfinissent les marges de manœuvre ukrainiennes

Des élections présidentielles en mai, combinées à un référendum sur un éventuel accord de paix avec la Fédération de Russie. Selon des rumeurs rapportées par le Financial Times, le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’apprêterait à annoncer officiellement le 24 février ce double rendez-vous électoral, date hautement symbolique marquant le quatrième anniversaire du lancement de l’invasion massive du pays par les forces russes. A ce stade, le problème est d’abord juridique. La Constitution ukrainienne interdit toute consultation tant que le pays est en état de guerre. Par conséquent, le Parlement ukrainien devrait consacrer les mois de mars et d’avril à l’adoption des amendements législatifs nécessaires afin de rendre le vote possible malgré le conflit en cours, écrit Lorenzo Piccioli dans le portail italien «Formiche.net».

Ces difficultés soulignent une fois de plus que la démarche de Zelensky vise avant tout à démontrer la bonne volonté de Kiev vis-à-vis des positions de Donald Trump. Ce dernier semble désormais déterminé à parvenir à un accord de paix entre les deux parties belligérantes d’ici juin (clôturant ainsi la question ukrainienne plusieurs mois avant les élections américaines de mi-mandat), quitte à recourir à des pressions politiques et économiques afin de forcer la main de l’une ou l’autre des parties en cas de réticence. Cette approche n’est pas sans rappeler celle employée avec Kiev concernant les garanties de sécurité, que l’administration américaine a récemment utilisées comme moyen de pression dans les discussions en cours avec Kiev, alors qu’elles étaient encore présentées comme acquises quelques semaines auparavant.

«Six mois de préparation des élections ne représentent pas un luxe, mais un strict minimum», a déclaré Olha Aivazovska, présidente du Conseil d’administration d’Opora, un think tank basé à Kiev qui conseille les autorités en matière de gouvernance démocratique, de législation électorale et de réforme parlementaire. Organiser des élections alors que des centaines de milliers de soldats sont déployés sur le front et que des millions d’Ukrainiens sont déplacés pourrait compromettre la légitimité du scrutin. Toutefois, la rapidité avec laquelle ces élections sont organisées revêt également une importance politique : Zelensky entend ainsi faire comprendre à la Maison Blanche que sa proposition n’a rien de théorique, mais qu’elle est au contraire extrêmement concrète et immédiatement opérationnelle.

À condition, cependant, que les conditions de sécurité soient réunies. Peu après la publication de l’article du Financial Times, la présidence ukrainienne a clairement indiqué qu’«aucune annonce ne sera faite tant que la sécurité ne sera pas garantie». Autrement dit, la tenue effective des élections dépendra de la capacité de Washington, par la voie diplomatique ou par d’autres moyens, à assurer la protection des citoyens ukrainiens face aux attaques russes.

Une séquence électorale sous contrainte américaine

«À défaut d’un accord rapide, le président américain pourrait durcir son approche »? s’interroge un analyste italien. «Les leviers ne manquent pas : conditionnement de l’aide militaire et financière à Kiev, pressions diplomatiques accrues sur les Européens pour partager le fardeau (militaro-financier), mais aussi tentative d’imposer à Moscou un coût stratégique plus élevé. Cela pourrait passer par un renforcement ciblé des sanctions, une consolidation du flanc oriental de l’OTAN, voire la menace d’une augmentation qualitative des livraisons d’armes à l’Ukraine afin de contraindre le Kremlin à négocier depuis une position moins confortable», précise notre source.

Washington maître du tempo

En déclenchant cette séquence électorale, Kiev parle autant à ses alliés qu’à ses électeurs. Pour Donald Trump, l’enjeu est d’abord domestique : clore, ou au moins stabiliser, le front ukrainien avant les élections américaines de mi-mandat. Un conflit qui s’éternise nourrirait les critiques sur le coût du soutien à Kiev et affaiblirait son récit politique d’efficacité diplomatique.

Faute d’accord rapide, la Maison-Blanche pourrait accentuer une stratégie de pression tous azimuts : aide militaire conditionnée, exigences accrues envers les Européens, sanctions renforcées contre Moscou et menace d’un soutien armé plus massif à l’Ukraine pour forcer le Kremlin à négocier. Une diplomatie coercitive, fondée sur le rapport de force plus que sur la médiation.

La question la plus importante : l’Iran

Si, d’ici aux élections ukrainiennes, la confrontation avec Téhéran (qu’elle soit nucléaire, régionale ou liée au soutien militaire iranien à Moscou) demeure irrésolue, Washington pourrait être tenté de hiérarchiser ses priorités stratégiques. Dans ce scénario, l’Ukraine risquerait de passer au second plan au profit du Moyen-Orient, théâtre jugé plus directement lié aux intérêts sécuritaires américains et à la stabilité énergétique mondiale. Trump pourrait alors chercher à geler le conflit ukrainien plutôt qu’à le résoudre pleinement, privilégiant un cessez-le-feu imparfait ou un compromis minimal, afin de libérer des ressources politiques et militaires pour contenir le pays des mollahs.

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