(Rome, 27 janvier 2026). Le déploiement du porte-avions américain USS Abraham Lincoln au Moyen-Orient ravive les tensions avec l’Iran. Tandis que Washington affirme vouloir renforcer la sécurité régionale, plusieurs analystes estiment que Téhéran dispose de capacités asymétriques (notamment dans le domaine des drones explosifs) susceptibles de menacer les unités navales américaines et de compliquer toute option militaire contre la République islamique. La presse israélienne titre : «un rapport sur les préparatifs d’une attaque américaine contre l’Iran serait sur la table du gouvernement Netanyahu»
Le porte-avions USS Abraham Lincoln et son groupe aéronaval sont arrivés au Moyen-Orient. L’information a été confirmée il y a quelques heures par le Commandement central des États-Unis (CENTCOM), qui a précisé dans une publication sur le réseau social X que ce déploiement vise à «promouvoir la sécurité et la stabilité régionales». Cependant, comme l’ont souligné de nombreux observateurs, l’arrivée du porte-avions au Moyen-Orient pourrait marquer le début officiel du compte à rebours avant une attaque contre le régime iranien. Ce dernier a réprimé dans le sang, ces dernières semaines, les manifestations dans le pays, déclenchées par le fort déclin économique de la République islamique, faisant des milliers de morts, comme le rapporte Valerio Chiapparino dans le quotidien «Il Giornale».
Pour Washington, toutes les options sont envisagées. Jeudi, à bord d’Air Force One, Donald Trump a déclaré que les États-Unis déplaçaient une flotte considérable vers l’Iran et qu’il serait peut-être inutile de l’utiliser. Selon la presse israélienne, un rapport sur les préparatifs d’une attaque américaine contre l’Iran aurait été soumis au gouvernement israélien, tandis que certains analystes estiment que la Maison Blanche pourrait opter pour un blocus naval plutôt qu’une intervention militaire. De telles initiatives pourraient sonner le glas du régime des ayatollahs, lequel serait néanmoins capable d’infliger de lourds dommages à la machine de guerre déployée par le Pentagone au Moyen-Orient.
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Selon Cameron Chell, PDG de la société canadienne de drones «Draganfly», les unités navales américaines à haute valeur stratégique, notamment le groupe aéronaval Lincoln, seraient effectivement confrontées à une menace crédible constituée par des essaims de drones iraniens. «Les capacités de l’Iran dans le domaine des drones valent des dizaines de milliards de dollars», a déclaré Chell à Fox News Digital. Le PDG de «Draganfly» a expliqué qu’«en associant des charges explosives à bas coût à des plateformes de lancement peu onéreuses (essentiellement des aéronefs télé-pilotés), l’Iran a développé une menace asymétrique efficace contre des systèmes militaires hautement sophistiqués».
Si Téhéran lançait un grand nombre de drones, il pourrait saturer et submerger les défenses américaines, a déclaré Chell, soulignant que «les systèmes de défense modernes n’ont pas été conçus à l’origine pour contrer ce type d’attaque par saturation» et que la force du régime islamique réside dans ses systèmes aériens sans pilote à bas coût, notamment «les drones d’attaque à usage unique conçus pour voler vers une cible et exploser». L’alerte de l’expert est clair : «Pour les navires de surface américains opérant près de l’Iran, les navires de guerre constituent des cibles prioritaires», a déclaré Chell, réaffirmant que «les moyens américains dans la région sont imposants, relativement lents et facilement identifiables par radar, ce qui en fait des cibles privilégiées».
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Parallèlement, à Téhéran, le porte-parole du ministère de la Défense, le général Reza Talaei-Nik, a déclaré qu’une éventuelle attaque contre la République islamique «se heurterait à une riposte plus douloureuse et plus décisive que par le passé». Faisant référence aux États-Unis et à Israël, Talaei-Nik a ajouté que les menaces émanant de Washington et de Tel-Aviv imposent à l’Iran de «maintenir un état de préparation total et sans faille».
Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmail Baghaei, a également affirmé que «les pays de la région sont parfaitement conscients que toute atteinte à la sécurité régionale n’aura pas de répercussions uniquement sur l’Iran». Avant d’ajouter : «l’insécurité est contagieuse».
Dans un contexte régional marqué par une volatilité extrême, toute montée aux extrêmes entre Washington et Téhéran s’inscrirait désormais dans une équation stratégique bien plus large que le seul face-à-face bilatéral. Si l’Iran mise sur ses capacités asymétriques (drones, missiles et réseaux de mandataires) pour dissuader une intervention directe, la réalité opérationnelle du moment impose des contraintes majeures à l’ensemble des acteurs.
Selon plusieurs experts régionaux, Pékin et Moscou, tout en affichant un soutien politique à la République islamique, demeurent attentifs à la préservation de leurs propres intérêts stratégiques et économiques, et pourraient se montrer réticents à cautionner une escalade incontrôlée susceptible de déstabiliser durablement les routes énergétiques et les équilibres régionaux.
Dans ce cas, les mandataires iraniens (des Houthis au Yémen au Hezbollah libanais) constituent à la fois un levier de pression et un facteur de vulnérabilité pour Téhéran. Leur activation à grande échelle risquerait d’élargir le conflit à plusieurs théâtres simultanément, tout en exposant ces acteurs à des ripostes militaires sévères susceptibles d’éroder leur machine militaire. À l’heure où le Moyen-Orient semble évoluer au bord d’un seuil critique, la gestion de l’escalade, plus que l’option militaire elle-même, apparaît ainsi comme le véritable enjeu stratégique, tant pour l’Iran que pour ses adversaires et partenaires internationaux.