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Iran : Washington redessine sa stratégie face à Téhéran. Ports, raffineries et infrastructures clés

(Rome, 27 janvier 2026). Une carte diffusée dans les cercles stratégiques américains détaille les infrastructures clés du régime iranien susceptibles d’être ciblées en cas d’escalade militaire : centres du pouvoir à Téhéran, raffineries, ports pétroliers et installations énergétiques majeures. Objectif affiché : asphyxier les ressources du régime, limiter le financement de ses alliés régionaux et affaiblir sa capacité de répression interne, alors que le déploiement militaire américain et allié au Moyen-Orient s’intensifie

Au cœur du débat géopolitique se trouve une carte circulant parmi les think tanks américains, produite par la «Foundation for Defense of Democracies» (FDD) : «Possible Targets in Iran : Regime Infrastructure» (Cibles possibles en Iran : infrastructures du régime). En tête de liste figure Téhéran même : la résidence officielle du Guide suprême Ali Khamenei (Bet-e Rahbari), le mausolée de Rouhollah Khomeiny (symbole idéologique intouchable), le ministère de la Défense et le quartier général du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) à Tharallah, chargé de la sécurité intérieure et de la répression des protestations. Plus au nord, se trouve le quartier général de Khatam-al Anbiya, le bras ingénierie et contractuel du CGRI, ainsi que le siège du ministère du Renseignement. Plus au sud, on atteint le cœur économique : les raffineries de pétrole. Abadan, la plus grande raffinerie du pays, produit 17 millions de litres d’essence par jour et couvre une grande partie des besoins domestiques ; Ispahan, la deuxième en capacité ; Bandar Abbas, qui génère 35 % de l’essence consommée dans le pays ; Shahrzad Arak et la raffinerie de Téhéran. Viennent ensuite les ports et terminaux : le terminal pétrolier de Kharg, principal hub pour les exportations de brut avec une capacité de stockage de plus de 20 millions de barils ; le port Chahid Rajaeï, qui gère 50 % du commerce extérieur iranien ; les ports Imam Khomeini et Mahchahr, reliés au réseau ferroviaire pour le transport de produits pétroliers et pétrochimiques ; Chabahar, le seul port océanique du pays. Enfin, le champ gazier de South Pars, un gigantesque gisement partagé avec le Qatar, véritable pilier de l’énergie iranienne, écrit Roberto Arditti dans le journal «Il Tempo».

Ces cibles ne sont pas choisies au hasard : les frapper asphyxierait les revenus du régime, limiterait le financement de ses mandataires (Hezbollah, Houthis, milices irakiennes) et affaiblirait sa capacité de répression intérieure. Face à cette carte des dommages potentiels, se dresse le dispositif militaire allié. Les États-Unis dominent avec plus de 482 aéronefs : 57 avions ravitailleurs, 418 avions de chasse et d’attaque, des plateformes ISR et des systèmes de détection et de surveillance aérienne (AEW). Leur flotte comprend un groupe aéronaval «Carrier Strike Group» (CSG) composé de porte-avions, de neuf destroyers, de deux sous-marins et de plus de 16 autres bâtiments. Le Royaume-Uni ajoute 11 Typhoons et un avion ravitailleur «Voyager». Israël déploie un arsenal impressionnant : 173 F-16C/I, 66 F-15, 45 avions furtifs F-35I, sept Boeing 707 et six avions ravitailleurs KC-130H.

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Ce déploiement s’est intensifié ces dernières heures. Le groupe aéronaval USS Abraham Lincoln, initialement en mer de Chine méridionale, traverse le golfe d’Oman et le golfe Persique et devrait arriver dans les prochains jours. Des bombardiers B-52 Stratofortress de la Force opérationnelle de bombardiers ont atterri sur la base aérienne d’Al-Oudeid au Qatar, la plus grande base américaine au Moyen-Orient. Des escadrons de F-15E Strike Eagle ont été transférés vers des théâtres d’opérations régionaux afin de renforcer les capacités de frappe à longue portée.

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Les bases alliées sont cruciales : Al-Oudeid (Qatar) sert de plateforme logistique et aérienne ; la base aérienne Prince Sultan en Arabie saoudite assure la défense aérienne et le soutien ; les bases aux Émirats arabes unis sont dédiées au renseignement et aux opérations ; et la base aérienne de Mouwaffaq Salti en Jordanie constitue une plateforme stable pour les lancements avancés. Bahreïn abrite la Cinquième flotte américaine ; le Koweït et Oman fournissent un accès portuaire et logistique. Selon des sources israéliennes, la Jordanie et les Émirats arabes unis fourniront un soutien en matière de renseignement, de logistique et un soutien de missiles en cas d’action.

Parallèlement, le trafic aérien civil subit des perturbations : KLM a suspendu les survols et ses vols vers Israël, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et d’autres destinations ; Lufthansa, Swiss et Austrian Airlines ont annulé leurs vols vers Téhéran, Tel Aviv, Amman et Dubaï jusqu’à fin mars. United Airlines et Air Canada ont suspendu leurs vols vers Israël ; Air France a repris ses vols vers Dubaï, mais reste vigilante ; Emirates a supprimé ses liaisons avec l’Irak, la Jordanie, le Liban et l’Iran. Donald Trump a qualifié cette force de «armada» en route vers l’Iran, soulignant qu’elle était «prête à intervenir pour protéger les manifestants», tout en espérant ne pas avoir à y recourir.

Reste toutefois la question centrale de l’après-frappes. Si Téhéran persiste à refuser des pourparlers susceptibles d’éviter à l’Iran un scénario de chaos comparable à l’Irak post-Saddam, le vide politique qui pourrait s’ouvrir pose un dilemme majeur : qui serait en mesure de prendre les rênes du pays, et avec quelle légitimité ? L’affaiblissement brutal des structures du régime ne garantit ni une transition ordonnée ni l’émergence d’une alternative consensuelle, faisant planer le risque d’une fragmentation interne durable aux conséquences régionales imprévisibles, comme le rapportent plusieurs analystes.

Parallèlement, le sort des mandataires régionaux de Téhéran apparaît de plus en plus incertain, en particulier celui du Hezbollah. La posture de son leader Naïm Qassem et ses récentes déclarations défiant ouvertement le président Joseph Aoun et, au-delà, une large partie du peuple libanais, accentuent l’isolement politique du mouvement. En cas de recul stratégique de Téhéran, ces acteurs pourraient se retrouver privés de soutien financier, militaire et symbolique, exposés à des pressions internes croissantes et à une remise en cause de leur rôle au sein de sociétés déjà fragilisées. L’avenir de l’axe iranien ne se jouera donc pas uniquement sur le terrain militaire, mais aussi dans sa capacité à survivre politiquement à une recomposition régionale accélérée.

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